Pluie de missiles sur Kiev, attaque de drones au cœur de la Russie… Comment expliquer cette nouvelle escalade dans le conflit?
Plus de quatre ans après le début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, les frappes s'amplifient des deux côtés d'une ligne de front presque immobile. Si les Ukrainiens sont les premières victimes de cette escalade, l'ONU enregistre une hausse des pertes civiles russes.

Des sacs recouvrent les corps d'Ukrainiens tués par un bombardement russe sur un quai de gare, le 5 août 2026 à Kiev - Photo par MYKOLA TYMCHENKO / AFP
Plus de quatre ans après le début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, les frappes s'amplifient des deux côtés d'une ligne de front presque immobile. Si les Ukrainiens sont les premières victimes de cette escalade, l'ONU enregistre une hausse des pertes civiles russes.
Les Ukrainiens plus que jamais sous les bombes de l'armée russe. Trois personnes ont été tuées à leur domicile dans des bombardements au cours de la nuit de mercredi 5 à ce jeudi 6 août à Balaklia, une localité de la région de Kharkiv dans le nord-est de l'Ukraine.
La veille, ce sont 17 personnes qui ont trouvé la mort à Kiev et sa région dans l'une des frappes les plus meurtrières ayant visé la capitale ukrainienne depuis le début de l'année.
Selon l'armée de l'air ukrainienne, la Russie a tiré dans la nuit 115 drones de longue portée, mais surtout 28 missiles, dont une majorité de missiles balistiques Iskander et de missiles hypersoniques Zircon. Faute de défense antiaérienne suffisante, l'armée ukrainienne n'a pu en abattre aucun.
De plus en plus de missiles sur les villes ukrainiennes
Depuis plusieurs semaines, l'armée russe multiplie les tirs de missiles, beaucoup plus coûteux que les drones mais plus destructeurs et plus difficiles à intercepter pour les Ukrainiens.
En juillet, la Russie a lancé un nombre record de projectiles sur l'Ukraine. D'après une analyse par l'AFP des rapports quotidiens de l'armée de l'air ukrainienne, l'armée russe a utilisé 376 missiles pour frapper l'Ukraine au cours du mois écoulé, soit plus du double du nombre de missiles utilisés par Moscou en juin.
A contrario, la Russie a légèrement diminué son recours aux drones, avec 4.965 attaques au cours du mois de juillet, soit 14% de moins que le mois précédent.
"C'est une logique d'escalade mais aussi une logique d'efficacité", décrypte pour BFM Ulrich Bounat, spécialiste du conflit ukrainien et chercheur associé au think thank Euro Créativ.
Jusqu'ici, les Russes envoyaient surtout sur l'Ukraine des nuées de drones, notamment des Shahed 136 et des Geran-2. Mais Kiev s'est considérablement améliorée dans l'interception de ces appareils, poussant Moscou à revoir ses plans. "Les Ukrainiens interceptent maintenant jusqu'à 90% des drones russes. L'armée russe s'adapte en envoyant davantage de missiles et certains drones plus performants, comme les Geran-4", explique Ulrich Bounat.
Kiev sans défense
Si Kiev est protégée des drones, la capitale est à la merci des missiles. Une faille béante dans le système de défense anti-aérien ukrainien dont Moscou profite. "Des intercepteurs de missiles balistiques auraient pu sauver la vie de ceux qui sont morts aujourd'hui", a déploré mercredi Volodymyr Zelensky, jugeant "essentiel que nos partenaires comprennent que les retards dans leur livraison ou la réticence à fournir des systèmes antibalistiques conduisent précisément à de telles pertes humaines".
Selon le président ukrainien, le nombre de missiles intercepteurs fournis par les Occidentaux à l'Ukraine "a été divisé par trois par rapport à 2025".
Volodymyr Zelensky s'était rendu la semaine dernière à Washington pour tenter d'obtenir des missiles Patriot, une denrée devenue rare depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Le président américain a dans un premier temps annoncé son intention d'autoriser l'Ukraine à produire elle-même ces coûteux missiles avant de sembler revenir sur sa décision.
L'Ukraine souffre aussi de l'aide apportée à Moscou par la Corée du Nord. Selon le renseignement militaire ukrainien (GRU), le régime de Pyongyang a récemment déployé une unité de missiles balistiques dans l'oblast russe de Voronej, à la frontière ukrainienne.
Moscou frappe "tout sur son passage"
Les frappes russes qui ont touché Kiev dans la nuit de mercredi à jeudi visaient notamment des entrepôts ainsi que des entreprises de logistique et de distribution. Trois personnes ont ainsi été tuées au centre de tri de Nova Pochta, un opérateur postal privé ukrainien. Six employés ont également été tuées dans deux centres de distribution de Silpo, une chaîne de supermarchés.
Le ministère de la Défense russe a affirmé avoir frappé sept centres logistiques et d’approvisionnement dans la capitale ukrainienne et ses environs, assurant qu’ils servaient au stockage de biens à "double usage" (civil et militaire) et de composants permettant la fabrication de drones.
Après ces frappes, Serguiï Beskrestnov, un conseiller du président Zelensky, a estimé sur Telegram que "la guerre d'attrition" entre la Russie et l'Ukraine était désormais "entrée dans une nouvelle phase".
"L'ennemi attaque tout sur son passage: entrepôts de distribution, entrepôts alimentaires, plateformes logistiques, entreprises, entrepôts de matériaux de construction", a-t-il dénoncé.
Répondre à la montée en puissance de Kiev
Selon l'analyste Ulrich Bounat, les dernières frappes russes montrent que "Vladimir Poutine entend répondre à la montée en puissance de l'Ukraine, qui démontre chaque jour sa capacité à frapper de plus en plus fort, de plus en plus loin et de plus en plus souvent le territoire russe".
Cette nuit encore, l'Ukraine a envoyé des centaines de drones pour frapper des cibles situées au cœur de la Russie. Sur X, le président ukrainien a revendiqué l'attaque d'une raffinerie en Bachkirie, à plus de 1.300 km du front, et d'un autre site pétrolier dans la région de Iaroslavl, à 700 kilomètres des frontières ukrainiennes.
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Depuis quelques semaines, l'armée ukrainienne s'en prend aussi aux entrepôts de Wildberries, "l'Amazon russe". Selon Kiev, la plateforme de commerce en ligne stocke et expédie également des "composants de drones, des équipements de navigation et du matériel militaire".
Incapable de défendre son pays face à ces attaques ukrainiennes, "Vladimir Poutine était obligé de prendre une décision", estime l'analyste Ulrich Bounat. "Et celle qu'il a prise, c'est la surescalade. Dire aux Ukrainiens: 'plus vous frapperez fort, plus je répondrai fort'.
"C'est une fuite en avant de la part du président russe", ajoute sur BFMTV le général Jérôme Pellistrandi, consultant défense pour notre chaîne, pour qui les bombardements sur les villes ukrainiennes traduisent "l'incapacité des Russes à briser la ligne de front".
Plus de morts, y compris côté russe
L'escalade militaire entre Kiev et Moscou se répercute directement sur les populations civiles. Selon le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, entre janvier et juin, 1.396 civils ont été tués et 7.978 blessés en Ukraine. Un bilan qui représente une augmentation de 37 % par rapport à la même période en 2025 et près du double du niveau observé en 2024.
Rien qu’au mois de juin, 293 civils ont été tués et 1.990 blessés. La mission de surveillance des droits de l’homme de l’ONU en Ukraine indique qu’il s’agit du bilan mensuel le plus élevé depuis avril 2022, deux mois après le lancement de l’invasion russe.
L’ONU observe également une hausse des victimes civiles côté russe. Dans la nuit du 17 au 18 juillet, des attaques de drones visant notamment des centres logistiques de l’entreprise Wildberries dans les régions de Moscou et de Tambov ont ainsi fait 8 morts et 86 blessés.
Sur la base d’informations provenant des autorités locales russes, l’ONU affirme avoir recensé 250 civils tués et 1.596 blessés dans le pays au cours du premier semestre. "Cela représente une augmentation de 121%" par rapport à la même période de l’année dernière, a précisé Danielle Bell, de la mission de surveillance des droits de l’homme pour l’ONU en Ukraine.
Cette nouvelle donne ne surprend pas les observateurs de conflit, qui mettent en avant la récente diversification des cibles choisies par Kiev. "Lorsque les Ukrainiens ont commencé à frapper le territoire en Russe, c'était sur des zones frontalières, avec peu de civils et surtout des cibles militaires. Aujourd'hui, les drones de l'armée ukrainienne vont jusqu'aux abords des grandes villes russes", souligne Ulrich Bounat. "Quand vous visez une raffinerie ou un entrepôt, forcément, le risque de toucher des civils qui y travaillent augmente".
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