“Platini” sur Canal+ : “Tu ne peux pas t’enlever de la tête que c’est ton héros d’enfance”
Documentés et sensibles, les six épisodes réalisés par Guillaume Priou, à partir d’une montagne d’archives et de tournages bien menés, se dégustent avec gourmandise. Michel Platini lor...
Documentés et sensibles, les six épisodes réalisés par Guillaume Priou, à partir d’une montagne d’archives et de tournages bien menés, se dégustent avec gourmandise.
Michel Platini lors d’une tournée en Amérique du Sud en 1977. Photo Presse Sports
Par Michel Bezbakh
Publié le 23 août 2026 à 12h30
Il y a plusieurs types de fans. Ceux qui attendent fébrilement leur héros derrière une barrière et lui tendent un poster à dédicacer en hurlant des choses inaudibles à travers leur appareil dentaire, avant de s’écrouler sur le trottoir, en larmes, qu’ils aient ou non obtenu leur autographe. Et ceux qui font un film sur l’objet de leurs fantasmes adolescents. Guillaume Priou est de la seconde catégorie. Il est l’auteur d’une série documentaire en six épisodes, que Canal+ dévoile en deux salves, sur celui qui a fait rêver la France, Turin, la planète foot : Michel Platini.
« Bien sûr, quand j’étais petit, c’était l’idole absolue, confesse le réalisateur. Deux matchs m’ont marqué plus que les autres : Bordeaux-Juventus en demi-finale de la Coupe des champions 1985, et France-Brésil en quart de finale de la Coupe du monde 1986 — j’avais 11 ans. C’est le match de ma v… de mon adolescence. Quand je suis entré à l’école de journalisme en 1997, on a dû raconter un événement particulièrement émouvant de notre vie. J’ai choisi France-Brésil. »
“Un héros national”
Deux matchs parmi des centaines disputés par le numéro 10. À l’époque, le foot est rare à la télé. « On ne voyait que ses buts, très rapidement, à la fin de Stade 2 et de Téléfoot, avec une semaine de retard. » Alors est venue cette idée de faire un documentaire pour se rafraîchir la mémoire, « raconter un héros national » et « montrer aux jeunes comment il jouait ». Il a fallu se lancer dans un travail monumental sur les archives, de l’INA à l’Italie en passant par des sites Internet de Lorraine. Car l’idée était de renouveler l’imagerie autour d’une icône dont on revoit souvent les mêmes gestes, de montrer aussi ce qu’il a raté (ses débuts difficiles à Turin) et son « art de la passe », même quand l’action n’est pas allée au bout. Résultat : six épisodes comme six bonbons à déballer, une vie en ballon qu’on redécouvre.
Match amical face au Brésil en 1978 (1-1). Photo Jean-Claude Pichon/Presse Sports
La clé d’un tel projet, avant toute chose, est de convaincre le principal intéressé, le mythe vivant qui tout à coup n’est plus une vignette Panini. « Quand nous sommes allés le rencontrer chez lui, à Cassis, avec les deux producteurs, en février 2024, nous étions tous impressionnés, se souvient Guillaume Priou. Tu ne peux pas t’enlever de la tête que c’est ton héros d’enfance. » Ils sauront oublier leur passion, ou alors s’en servir, pour se montrer persuasifs et emporter son adhésion, alors que Platini avait reçu un peu plus tôt la proposition d’une équipe anglo-saxonne (qu’il avait donc déclinée).
Avant Turin, Saint-Étienne, Cassis et trois interviews face caméra, le tournage débute en octobre 2024 à Jœuf, ce village de Meurthe-et-Moselle qui a donné naissance au triple Ballon d’or. D’un coup, l’idole n’en est plus une. « Quand on commence, on n’a plus qu’une chose en tête : la série à faire. Les séquences à tourner, les micros à brancher, les réponses à obtenir, le temps à gagner… Il n’y a plus de fascination, il n’y a plus de France-Brésil, Platini devient un personnage de documentaire (presque) comme un autre. »
Je n’avais jamais rencontré quelqu’un d’aussi intelligent. Il anticipe tout.
Guillaume Priou, réalisateur
Si le demi-dieu n’a plus d’auréole, il reste une personnalité hors du commun. « Je n’avais jamais rencontré quelqu’un d’aussi intelligent, raconte Guillaume Priou. Il anticipe tout. C’est un cliché de le dire, mais il est comme sur le terrain, tout le temps pressé, il faut que ça avance… Toi, en face, tu dois te mettre au niveau. » Et puis l’ancien meneur de jeu est resté un capitaine. « C’est un leader incroyable, il doit mener la barque. Pour obtenir quelque chose, tu dois prendre le temps de l’expliquer, et alors, éventuellement, il te laisse faire. On ne peut rien lui imposer. »
Devant un tel caractère, comment aborder les sujets sensibles ? « Le premier, c’était le drame du Heysel [on a reproché à Platini de célébrer comme si de rien n’était la victoire en Coupe des champions 1985 à Bruxelles, alors qu’un mouvement de foule avait fait trente-neuf morts et près de cinq cents blessés juste avant la finale, ndlr]. On a compris qu’il ne voulait pas y passer des heures, que c’était encore une blessure, pas totalement refermée, qui je pense a précipité la fin de sa carrière. Mais on a traité ce thème comme les autres. Quant au deuxième sujet difficile, celui des affaires [le versement à Platini par la Fifa de 1,6 million d’euros en 2011, suspecté d’illégalité par la justice suisse], on a fait l’interview après son acquittement définitif [en mars 2025]. C’était donc plus simple. » Et alors c’est au fan, quel qu’il soit, d’ajouter des regrets à ceux de 1982 et 1986 : où en serait le football si ce procès n’avait pas empêché Michel Platini de présider la Fifa ?
Platini, épisodes 1 à 3/6, dimanche 23 août à 21.10 sur Canal+, épisodes 4, 5, 6 dimanche 30 août
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