Philippe Brun écarté de la primaire socialiste: comment l’annonce des candidats a viré au coup de théâtre
Ce mercredi, le député socialiste a été écarté de la primaire co-organisée par son parti politique "en raison d'accusations de violence". En retour, il évoque un conflit "instrumentalisé" par le PS pour le "tuer politiquement".

Le député socialiste Philippe Brun le 16 septembre 2026 à l'Assemblée nationale - SIMON WOHLFAHRT / AFP
Ce mercredi, le député socialiste a été écarté de la primaire co-organisée par son parti politique "en raison d'accusations de violence". En retour, il évoque un conflit "instrumentalisé" par le PS pour le "tuer politiquement".
30 juin 2026. Philippe Brun est l'invité de RMC. "Je serai candidat à la primaire interne (...) pour porter une ligne populaire", annonce le député socialiste. Son parti n'a même pas encore tranché sur son futur système de départage pour la présidentielle. Mais le parlementaire de l'Eure, âgé de 34 ans, est pressé. Mieux vaut partir tôt pour un outsider. Philippe Brun, qui s'est notamment illustré comme l'un des chefs de file du PS sur les textes budgétaires, veut poursuivre son ascension.
16 septembre 2026. Le PS organise bien une primaire. La date limite des dépôts de candidature vient d'expirer. Philippe Brun a annoncé à BFMTV un jour plus tôt avoir réuni ses parrainages d'élus nécessaires pour y participer. Cette compétition interne, il en sera! À moins que... Dans la matinée, ils ne sont finalement que cinq sur la ligne de départ: Ségolène Royal, Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel. Philippe Brun est lui suspendu du parti au poing et à la rose et écarté de la primaire "en raison d'accusations de violence".

Philippe Brun: pourquoi le député est-il écarté du PS et de la primaire?
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"Stupeur"
Dès 10h30, le député partage sa "stupeur" sur X. Il a appris la nouvelle quelques heures plus tôt en réunion du bureau national socialiste. La décision a été prise à l'unanimité des membres de l'instance, moins une voix, la sienne. Trois personnes se sont abstenues.
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Philippe Brun donne sa version. "Une ancienne collaboratrice que j'ai licenciée pour faute grave aurait saisi hier à 23h50 la direction du parti de faits 'pouvant être qualifiés pénalement'", écrit-il. Avant d'ajouter: "Je ne connais pas ces faits. J'ignore ce qui m'est reproché. Je n'ai pas été entendu par les commissions du parti. Je constate que sur la foi d'un signalement envoyé hier à 23h50, on empêche un parlementaire ayant réuni tous ses parrainages d'être candidat."
"Respecter et entendre la parole recueillie"
À la mi-journée, le PS publie un communiqué sur ses réseaux. L'on peut lire: "La direction du Parti socialiste a été informée hier soir de faits susceptibles de relever d'une infraction pénale." "Le Parti socialiste ne transige ni sur la défense des droits des femmes, ni sur l’exemplarité qui doit être la sienne. Nous nous devons de respecter et d’entendre la parole recueillie", poursuit le texte.
Enfin, le PS considère qu'il "ne se substitue pas aux instances et juridictions compétentes. Celles-ci se prononceront par la suite dans le respect de l’État de droit et la présomption d’innocence".
La direction du parti donne des précisions. Les accusations à l'encontre de Philippe Brun portent sur trois registres. "Le harcèlement", les "violences physiques" et l'"emploi familial". Le PS indique aussi qu'"une militante a saisi début juillet deux commissions du parti" concernant le parlementaire.
À savoir, la commission de lutte contre le harcèlement et les discriminations, et la commission nationale des conflits. Elle a renvoyé un courrier à ces organisations en août, et a eu mardi soir "un échange avec un membre de la direction", au cours duquel elle a fait part de ses accusations.
Suspendu du groupe socialiste
D'après Mediapart, ni Philippe Brun, ni la plaignante n'ont été entendus par ces commissions. Auprès du média d'investigation, une source interne au PS explique ce retard par le fait que le signalement portait uniquement sur un volet "prud'homal", donc relatif à un conflit au travail.
Toujours à la mi-journée, BFMTV révèle une information importante: jusqu'ici, le parquet de Paris n'a pas enregistré ou reçu de plainte à l'encontre de Philippe Brun.
Dans l'après-midi, le jeune énarque est également suspendu "à titre conservatoire" du groupe socialiste à l'Assemblée nationale.
Quelle était la nature de la relation entre Philippe Brun et sa collaboratrice?
Depuis quelques heures, un article du média d'investigation "Le Poulpe" refait surface. Celui-ci date du 7 juillet. Il y est question d'une relation de concubinage entre Philippe Brun et son ex-collaboratrice, documentée par différentes sources mais démenti par le député.
Le sujet de cette éventuelle relation est d'autant plus sensible que, depuis 2017, la loi sur la moralisation de la vie publique interdit à un parlementaire d'employer "son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin". Ces faits sont punis de "trois ans d'emprisonnement et de 45.000 euros d'amende".
Ladite loi a été promulguée en marge de l'affaire concernant François Fillon et les emplois fictifs de son épouse Pénélope - une séquence marquante de la présidentielle de 2017.
"Je vous crois": le message d'Olivier Faure aux femmes victimes de violences
En fin d'après-midi, une interview d'Olivier Faure est diffusée sur BFMTV. En campagne pour la primaire, le premier secrétaire du PS a laissé la tête du parti à sa numéro 2, Johanna Rolland.

Le cas de Philippe Brun vient rapidement sur la table. Olivier Faure évoque "toutes les femmes qui ont été un jour victimes de violences sexistes ou sexuelles". Le député de Seine-et-Marne souhaite leur dire "quelque chose de très simple: je vous crois". "Voilà le principe, après la justice décidera, ce sera le temps judiciaire", expose-t-il.
"Ce n’est pas moi qui ai été directement appelé par l’intéressée. Je sais qu’il y a des faits qui relèvent du domaine pénal et qui donc supposent qu’il y ait une mesure conservatoire qui soit prise", précise également Olivier Faure.
Philippe Brun estime que le PS veut le "tuer politiquement"
Une séquence succède à une autre. Philippe Brun donne une conférence de presse à l'Assemblée nationale. Le ton est grave, le visage fermé, concentré sur ses notes. Le député se défend. "Sans justice saisie, ce conflit est désormais instrumentalisé par mon propre parti pour me tuer politiquement", considère-t-il. Avant de s'interroger: "Pourquoi aujourd’hui, date d’officialisation des candidatures? Pourquoi ne pas m’avoir entendu, alors que l’on me dit - et je l’ignorais - qu’une commission a été saisie en juillet et qu’aucune investigation n’a été menée et que cette commission n’a même pas encore auditionné la personne concernée, la plaignante. C’est inédit."

Philippe Brun juge qu'il est également "victime de cette femme", par ailleurs "membre des instances nationales du Parti socialiste". "Je dirai dans les jours qui viennent toute la vérité sur ses agissements", assure-t-il, parlant de "preuves de menace", de "chantage" et de "harcèlement" et annonçant le dépôt d'une plainte pour que "la justice puisse établir les faits".
"Je n'ai jamais été le compagnon de ma collaboratrice. Elle a un compagnon et elle est pacsée", avance encore Philippe Brun. Et d'ajouter qu'il n'y a "eu aucune enquête du déontologue de l'Assemblée nationale sur le sujet".
Selon les informations de BFMTV, son ancienne collaboratrice avait saisi en juin dernier le déontologue de l'Assemblée nationale après son licenciement. Mais d'après une source parlementaire, elle n'a pas donné suite aux demandes d'éléments formulées par le déontologue.
Pour Olivier Faure, il n'y a "aucun intérêt politique" à "éliminer" Philippe Brun
Qui voudrait donc "tuer politiquement" Philippe Brun? Pas Olivier Faure, assure ce dernier au lendemain de ces révélations, sur Franceinfo. "Il n'y a aucune volonté de ma part d'éliminer Philippe Brun" et "aucun intérêt politique" à le faire, souligne le patron des socialistes, en réponse aux accusations du député.
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Le patron du PS précise: "Philippe Brun, j'ai travaillé avec lui pendant des années. J'ai de l'estime pour son travail, pour ce qu'il a apporté au Parti socialiste. Je trouvais que c'était intéressant de l'avoir dans la primaire. Maintenant, je n'y suis pour rien et j'espère que la justice agira promptement."
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Une question désormais: longue à se mettre en place, perturbée à ses débuts par le cas de Philippe Brun, la primaire du pôle socialiste va-t-elle réussir à décoller?
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