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Peter Thiel

Paola Puerari nous d'habitude fait le portrait d'une personnalité, mais ce soir, c'est un personnage de roman ! Celui de Giuliano da Empoli. Après le succès phénoménal du Mage du Kremlin, l'auteur revient avec Le fondateur, inspiré par un gourou de la Silicon Valley.

Paola Puerari nous d'habitude fait le portrait d'une personnalité, mais ce soir, c'est un personnage de roman ! Celui de Giuliano da Empoli. Après le succès phénoménal du Mage du Kremlin, l'auteur revient avec Le fondateur, inspiré par un gourou de la Silicon Valley.

L’homme dont on va parler sait tout de vous. Et il est encore un mystère :c'est l’américain Peter Thiel.

Par où commencer, avec cette créature de l'ombre ? Le génie entrepreneurial, qui a misé sur Paypal avant la terre entière ? L'idéologue libertarien, qui souffle à Donald Trump qu'il faut en finir avec la démocratie ? Ou le prophète, qui réunissait la semaine dernière des centaines de fidèles, en secret, pour annoncer la venue de l'Antéchrist.

Il y croit vraiment ?

Dur comme fer. Mais son Antéchrist n'a ni cornes ni soufre. Il porte un costume, il siège dans un bureau. La fin du monde a un visage : celui d'un fonctionnaire. L'ennemi, chez Thiel, c'est l'État qui prétend encadrer la technologie. Qu'on lui lie les mains, dit-il, et ce sera Armageddon.

La journaliste Raphaëlle Bacqué lui a consacré un livre.

Cette haine-là vient de loin. D'une enfance en Afrique australe, dans un monde acquis à l'apartheid, où la couleur de peau décidait de tout. Il en a gardé une conviction : certains hommes sont faits pour diriger les autres. Le suffrage universel ? une hérésie. Le vote des femmes ? le commencement de la fin. Un pays, selon lui, devrait être administré par un bon PDG !

Qu’est-ce qui a guidé la pensée de Peter Thiel ?

Un philosophe français, figurez-vous ! Il est disciple à Stanford de René Girard, celui qui lui a appris que nous désirons toujours ce que l'autre désire, et que de là naissent la jalousie et la violence. C'est Girard, dit-il, qui lui a fait comprendre Facebook.

Et puis il y a le Seigneur des Anneaux. Il en est fou depuis l'enfance.

Au point de baptiser son entreprise Palantir. Dans Tolkien, le palantír est la pierre qui voit tout : celui qui la possède observe les armées, les ports, et jusqu'aux chambres à coucher.

Palantir naît au lendemain du traumatisme du 11-Septembre. Elle reconnaît les visages, avale les fichiers, les fait parler à une vitesse vertigineuse. Elle aurait aidé à retrouver Ben Laden. Aujourd'hui, elle travaille pour la police anti-immigration de Donald Trump. Même si Peter Thiel a pris ses distances avec le président depuis un certain slogan.

Make America Great Again ?

Peter Thiel l'a encore au travers de la gorge.

Pour Thiel, l'Amérique est déjà great. Alors il mise sur un autre cheval de Troie : le VP J.D. Vance, avec qui il partage sa foi … Et sa vision christique. Peter Thiel croit sérieusement que l'homme peut cesser de mourir.

Écoutez ce silence dans une interview qui en dit long.

Jusqu'où ira Peter Thiel ? Pour comprendre ce gourou-là, il reste le roman : Le fondateur, de Giuliano da Empoli, chez Gallimard.