« Pensez à désactiver ce bouton dans votre voiture » : à Toulon, ils alertent sur le lien dangereux entre pollution, climatisation et endormissement
Dans la voiture, vous êtes plutôt clim ou fenêtres ouvertes ? C’est la question que se sont posée les associations ACTEnergies et TVD (Toulon Var Déplacements). Toutes deux de la région toulonnaise, elles s’ass...
Dans la voiture, vous êtes plutôt clim ou fenêtres ouvertes ? C’est la question que se sont posée les associations ACTEnergies et TVD (Toulon Var Déplacements). Toutes deux de la région toulonnaise, elles s’associent régulièrement pour agir sur les questions d’environnement, de qualité de l’air et de mobilité urbaine dans le Var. Aujourd’hui, elles alertent sur les dangers d’une climatisation à « recyclage d’air ».
« Les conducteurs utilisent la fonction recyclage de la clim, ils isolent l’habitacle de l’extérieur pour accélérer le refroidissement ou lorsque l’air extérieur est pollué, mais cette fonction activée trop longtemps est un danger », explique Michel Pierre, bénévole pour ACTEnergies. Pour cause : l’air à l’intérieur de la voiture n’est plus renouvelé et vient s’enrichir en gaz carbonique (CO2) exhalé par les occupants.
Symbolisée sur les tableaux de bord par une flèche en boucle à l’intérieur d’une silhouette de véhicule, la fonction ferme l’entrée d’air extérieur et fait tourner en circuit fermé l’air déjà présent dans la voiture. Sur certains modèles, elle s’enclenche automatiquement dès que l’on pousse la climatisation au maximum (mode « A/C Max »), sans que le conducteur en ait toujours conscience. « Pensez à désactiver ce bouton le plus possible pour aérer le véhicule », s’exclame Michel Pierre.
L’expérience à deux personnes dans une Yaris
Pour objectiver le phénomène, les deux associations ont sorti le capteur. Le ModuleAir utilisé leur a été confié par AtmoSud dans le cadre du projet Captair, financé par la Région et la DREAL (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) : il mesure à la fois les microparticules et le gaz carbonique.
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L’expérience s’est déroulée le 30 juin, en circulation, à bord d’une petite Yaris avec deux personnes à bord et le recyclage activé. À 10 h 17, le capteur affiche 578 ppm (parties par million), soit un niveau proche de l’air extérieur. À 10 h 24, il grimpe à 1 932 ppm. À 10 h 26, il atteint 2 125 ppm. Soit environ 1 600 ppm de plus en huit minutes, à raison de 200 ppm par minute. Recyclage coupé, le retour à la normale prend cinq minutes.
Autre enseignement de la mesure : ce jour-là, avec un air extérieur peu chargé en microparticules fines (PM2.5), les taux relevés dans l’habitacle étaient équivalents avec ou sans recyclage. Autrement dit, hors pic de pollution, le bénéfice du circuit fermé est nul, mais l’accumulation de CO2, elle, bien réelle.
Pas d’intoxication mais une baisse de vigilance
Le CO2 n’est pas un polluant au sens classique du terme, et à ces niveaux il n’est pas toxique. Ce sont ses effets collatéraux qui inquiètent : jusqu’à 800 ou 1 000 ppm, l’air reste acceptable mais la fatigue s’installe, entre 1 000 et 2 000 ppm, l’attention diminue et le temps de réaction s’allonge, au-delà de 2 000 ppm, les effets deviennent préoccupants, en particulier sur les longs trajets.
Sollicité par les associations, Dominique Robin, d’AtmoSud, confirme « que le sujet est bien documenté, même s’il reste moins médiatisé que la pollution extérieure ». Un adulte au repos expire 15 à 20 litres de CO2 par heure, davantage s’il parle. Dans les 2,5 à 3 m³ d’air d’un habitacle, les 2 000 ppm mesurés par ACTEnergies et TVD sont, selon lui, tout à fait plausibles. Une famille de quatre personnes peut-elle dépasser 5 000 ppm sur un long trajet. À ces niveaux, les études font état d’une somnolence accrue et de performances cognitives comparables à celles d’un léger manque de sommeil.
De quoi faire le lien avec la sécurité routière, à l’heure où le Var a enchaîné les épisodes caniculaires et où l’A57 comme l’A50 se chargent à l’approche de la rentrée. Un conducteur moins vigilant, c’est un temps de réaction allongé et des conditions favorables à l’accident.
Cinq à dix minutes, pas plus
Les deux associations ne demandent pas de renoncer au recyclage, qui garde son utilité dans un tunnel, derrière un poids lourd fumant ou dans un embouteillage dense. Elles plaident pour un usage intermittent. « La fonction recyclage ne devrait pas être utilisée plus de cinq à dix minutes de temps en temps », résument-elles.
Si quelques modèles récents, souvent haut de gamme, mesurent la qualité de l’air de l’habitacle et basculent seuls vers l’air neuf, la très grande majorité des véhicules en circulation ne surveille pas le CO2 intérieur. D’où l’appel à la prévention lancé depuis Toulon : à défaut de capteur, c’est au conducteur de penser à rouvrir l’arrivée d’air.