« Penser est un soin ! » : à Draguignan, la 4e édition du Psycolloque invite au débat en créant des passerelles entre art, culture, et psychologie
La 4e édition du Psycolloque s’est déroulée ce samedi 26 septembre dans l’auditorium de la Dracénie. Objectifs : décloisonner la psychologie, la définir en l’associant aux sciences humaines, susciter des réflexions.
« Décidément, la philosophie, c’est vraiment passionnant… » C’est par ces mots que Maïté Iribarnégaray, psychologue clinicienne et présidente de l’association Psycolloque, concluait l’intervention du philosophe Julien Lolito, ce matin, dans l’enceinte de l’auditorium de la Dracénie.
Près de 150 personnes s’étaient réunies pour assister à la 4e édition du Psycolloque, placée cette année sous le signe d’une thématique précise : « Là où la psychologie rencontre l’art et la culture. Ce que l’art dit de nous ; ce que la culture fait de nous ». Vaste programme.
Psychologues, artistes, philosophes et public, étaient donc invités à débattre du sujet, via une série de cinq conférences, émaillées par des performances artistiques.
Maïté Iribarnégaray pratique la psychothérapie depuis près de 30 ans. L’idée du Psycolloque émerge au moment de la crise sanitaire du Covid. « Face aux difficultés de prise en charge de tant de gens en souffrance, j’ai eu envie de parler de notre métier. La psychologie est une discipline à part entière, avec une culture particulière qui ne peut pas être réduite qu’aux seuls soins. Elle a aussi une place dans les sciences humaines ou dans la culture en général. Nous avons donc décidé d’essayer de raconter la psychologie, dans la cité. »
Donner une vitrine à la discipline en somme. Expliquer son large spectre au grand public, dans l’idée d’élargir le champ de la psychologie à des domaines pluriels et complémentaires. « Nous avons décidé de proposer aux gens une journée de pensées, avec le prisme de la psychologie, mais aussi celui des sciences sociales. Nous sortons un temps de nos cabinets de consultation, pour nous confronter aussi à la perception du public. Pour créer des interactions, dans l’objectif d’amener les gens à penser. Parce que finalement, penser est un soin. »
Cette année, les débats se sont donc portés autour de l’art et de la culture. « Parce que peut-être que ce sont aussi les nourritures psychiques de l’être humain… »
« Réaliser une autre œuvre d’art de sa propre histoire »
En début de matinée, c’était au tour de la philosophie d’ouvrir les débats et de donner à penser. Ceci autour d’une conférence intitulée « Culture, art et langage : le monde humain comme monde de représentations ».
L’occasion pour Julien Lolito d’aborder notamment la notion d’ethnocentrisme autour de la culture. « C’est-à-dire la croyance selon laquelle les valeurs particulières de sa culture devraient être reconnues universellement par toutes les cultures. » Or, ce qui rend possible le dialogue avec quelqu’un qui n’a pas les mêmes références culturelles, « c’est d’abord la capacité de remettre en question sa propre culture. C’est le dialogue avec soi-même qui est la condition du dialogue avec autrui. »
Reste que nous avons tous un rapport ambigu avec la culture. « Quand on vient au monde, on entre dans un système de représentations et de croyances. L’art et la culture, c’est ce qui existe, ce qui nous est donné à voir. Jeune enfant, on nous dit que la Joconde est un grand tableau qu’il faut admirer, même si on ne comprend pas bien pourquoi. »
Mais ces représentations entrent parfois en conflit avec ce que l’on est « avec notre propre culture, ce qui nous représente ». Accéder à la représentation, c’est accéder à la signification. À des codes. « Et se situer par rapport à la culture dite dominante, c’est une manière de se positionner socialement, soit en adhésion, soit en opposition. L’art est un moyen pour soi de se représenter auprès des autres. »
Et la présidente du Psycolloque de conclure l’intervention en raccrochant le tout à la psychologie : « Tout ceci permet de visualiser le trajet entre ce que l’on devient, le monde dans lequel on est, et les prises de décisions que nous devons prendre pour nous exprimer. » Et d’expliquer que la psychothérapie, c’est un peu le même principe. « On s’attache à comprendre comment on a construit une fiction imprégnée de collectifs familiaux, culturels, ou communautaires. À comprendre comment on s’est approprié tout ceci. Et comment, dans un cadre psychothérapeutique, on peut raconter une autre histoire, réaliser une autre œuvre d’art de sa propre histoire. »