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Pascal Bruckner et Alain Minc à la rescousse de Thélyson Orélien et de “C’était ça ou mourir : “On est dans une période de pudeur de jeune fille”

Le phénomène de la rentrée littéraire a été écarté de la première sélection pour le prix Goncourt qui l'avait initialement retenu. En cause : les soupçons d'utilisation massive de l'IA et des accusations de plagiat aussi, pour des œuvres plus anciennes. L'affaire ébranle considérablement le monde de l'édition et divise.

Faut-il jeter le bébé avec l'eau du bain ? La question se pose depuis qu'a éclaté l'affaire Thélyson Orélien. L'écrivain québécois d'origine haïtienne est au cœur d'un tsunami médiatique depuis qu'un compte X confidentiel a indiqué que son roman phénomène, C'était ça ou mourir, a été massivement écrit avec l'IA.

La polémique a enflé quelques jours plus tard lorsque Libération et le quotidien québécois La Presse ont tout deux mis en évidence des plagiats commis par le même auteur dans des œuvres précédents. Des chroniques, en l'occurrence. Depuis, le dossier a viré à la foire d'empoigne. Pour certains, la fiabilité du logiciel Pangram, qui a détecté l'utilisation de l'IA, n'est pas démontrée. Pour d'autres, il faudrait soumettre tous les livres édités à ce "détecteur de mensonges", tandis que d'autres encore pointent une attaque raciste à l'encontre de l'auteur de C'était ça ou mourir.

L'IA : ce nègre moderne pour écrivain(e)s fainéant(e)s

"Pour les auteurs racisés, le siège est toujours éjectable"

Le site pressegauche.org cite les propos de Dawud Bumaye, éditrice de littérature au sein de la maison d'édition indépendante disparue Métagraphes et de la revue féministe et antiraciste Dissidente. Pour elle, l'affaire Thélyson Orélien démontre que "pour les auteurs racisés, le siège est toujours éjectable". "Si Thélyson Orélien avait été une personne blanche, la polémique aurait tout à fait pu exister, mais elle n'aurait jamais pris de telles proportions", ajoute-t-elle.

Elle n'est pas la seule à tenir cette position et à pointer du doigt la récupération de cette polémique par l'extrême droite.

Phénomène de la rentrée littéraire, "C'était ça ou mourir" de Thélyson Orélien fait aujourd'hui polémique: voici ce que nous avons pensé du livre

Tout cela n'empêche pas C'était ça ou mourir de continuer à se vendre. C'est le cas chez nous rapporte Le Soir qui a sondé les libraires indépendants, mais aussi Filigranes et la Fnac.

Même constat en Suisse où Le temps rapporte que le livre caracole en tête des ventes.

En France, C'était ça ou mourir s'est déjà vendu à quelque 35 000 exemplaires.

Pourtant la promotion du roman, en Europe comme au Canada, a été stoppée nette. Pour préserver l'auteur, dit-on. Et son livre se voit écarter de certains prix pour lesquels il était en compétition. C'est le cas pour le Goncourt. L'académie l'a retiré de sa première sélection pour, dit-elle, préserver sa réputation et sa crédibilité. Même décision du côté du prix des lecteurs des Écrivains du Sud 2027 à Aix.

En revanche, Thélyson Orélien est toujours en lice pour le Renaudot, le Médicis et le Fermina.

Pascal Bruckner : "Je ne participerai pas à ce lynchage"

La décision prise par l'académie Goncourt ne fait pas l'unanimité jusqu'en son sein. Sur le plateau de C à Vous, sur France 5, Eric-Emmanuel Schmit, membre de celle-ci, a expliqué la raison du retrait. Parce que le livre allait être soumis aux étudiants pour le Goncourt des lycéens, a-t-il déclaré, et que sans preuve formelle qu'il n'a pas été écrit sans l'aide de l'IA, il fallait éviter cela. Cela n'a pas empêché le célèbre écrivain de dire tout le bien qu'il pense du premier roman de Thélyson Orélien. Et surtout qu'il fera toujours plus confiance à l'humain qu'à une machine.

Sur les ondes d'ICI Première, au Canada, l'écrivain et philosophe Pascal Bruckner, également membre de l'académie Goncourt, a estimé que ses collègues ont fait du zèle dans ce dossier. Pour lui, C'était ça ou mourir est très fort et le meilleur roman de la rentrée. "Je leur ai dit que je ne participerai pas au lynchage", a-t-il expliqué. Mieux, il aurait même voté les yeux fermés pour ce livre.

Pascal Bruckner prévient aussi des conséquences que peut avoir cette affaire : tout le monde va se mettre à suspecter les nouveaux livres qui sortent.

Alain Minc : "Je m'en fous qu'il soit écrit par l'intelligence artificielle"

Sur Radio Classique, Alain Minc, auteur de plus de 50 ouvrages, va plus loin. "J'ai adoré ce livre, premièrement. Deuxièmement, je m'en fous qu'il soit écrit par l'intelligence artificielle. Je ne cherche pas (dans ce livre, NdlR) la personnalité de Monsieur Orélien, je cherche ce qu'il y a dans le livre". Quand l'animateur lui rétorque que "le style, c'est l'homme", l'écrivain réplique : "Peut-être que l'intelligence artificielle réinventera un nouveau Céline".

"De toute façon, on y va", ajoute-t-il. "J'aimerais savoir, sur les 400 ou 500 romans qui sont sortis, combien ont bénéficié d'une aide relative de l'intelligence artificielle. On est dans la période pudeur de jeune fille et notre avenir ce sera celui-là (celui de l'intelligence artificielle, NdlR) et il faudra vivre avec".

"Vous vous voyez vraiment écrire le prochain (livre, NdlR) avec ChatGPT ou Claude ?", lui demande l'animateur de Radio Classique. "Si j'avais 20 ou 25 ans à nouveau, ce serait de l'ordre de l'évidence. Parce que je vivrais avec ChatGPT."

Alain Minc prend un exemple. "J'ai demandé à ChatGPT de me faire un pastiche de Proust. Bon, (le résultat, NdlR) est excellent."

Voilà qui ne va pas calmer la polémique mais qui a le mérite d'ouvrir le débat sur la place des IA dans la société aujourd'hui.

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