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Partir plus tôt ou travailler plus longtemps : les Français face au dilemme des retraites

Alors que la retraite s’annonce comme un enjeu central de la campagne présidentielle, le journaliste Julien Cholin est allé à la rencontre d’actifs en fin de carrière et de retraités. Entre pénibilité du travail, pensions jugées insuffisantes et difficulté à tourner la page, leurs témoignages illustrent la diversité des attentes et des préoccupations face à l’âge du départ.

Publié le 12/10/2026 22:55

Mis à jour le 12/10/2026 23:59

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Article rédigé par France 2 - J. Cholin, L. Ben Simon, M. Gondat, A. Brodin - Édité par l'agence 6Medias

France Télévisions

Alors que la retraite s’annonce comme un enjeu central de la campagne présidentielle, le journaliste Julien Cholin est allé à la rencontre d’actifs en fin de carrière et de retraités. Entre pénibilité du travail, pensions jugées insuffisantes et difficulté à tourner la page, leurs témoignages illustrent la diversité des attentes et des préoccupations face à l’âge du départ.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.


Quand partirez-vous à la retraite ? C'est sans doute l'une des questions centrales de cette élection présidentielle. Du choix des électeurs dépendra le sort de millions de Français. "On va aller parler retraite avec les salariés d'une usine de chaussettes. Ils sont cinquante à peu près à travailler ici", explique Julien Cholin, journaliste pour France Télévisions. Ici, les ouvriers font les trois-huit. Derrière les machines, quelques jeunes et beaucoup d'ouvrières plus expérimentées. Julien Cholin rencontre Brigitte Claude, ouvrière âgée de 64 ans, qui pourrait partir à la retraite depuis quatre ans. Mais pour l'heure, elle refuse : "C'est l'ambiance et puis, c'est se lever le matin, tu as un but, tu vas travailler, tu vois des collègues. Les filles, elles sont parties pour faire pareil."

Travailler plus, la solution pour pérenniser le système de retraite. Brigitte est partagée : "C'est sûr qu'il faut travailler plus longtemps, mais tout le monde ne peut pas le faire. Par exemple, Najima, qui a eu cinq enfants." Najima Jellouli, 54 ans, est pressée de partir : "Honnêtement, quand on n'a pas la santé, c'est quand même assez long. Le seul problème, c'est qu'on aimerait vivre un peu à côté, si vous voulez. J'ai toujours travaillé et je n'en profite pas, même de mes vacances", confie-t-elle.

Un ouvrier vit en moyenne cinq ans de moins qu'un cadre, et trois ans pour les femmes. En cause, des conditions de travail plus rudes, répétitives aussi. Une carrière à supporter le bruit ou les horaires de nuit. Ici, 40 % des salariés environ entrent dans les critères de pénibilité. Ils cumulent des points qui leur permettront pour certains de partir un peu plus tôt. Le patron, Benoît Seguin, 46 ans, est partagé. Il est heureux, d'un côté, de voir ses ouvriers profiter d'une retraite qu'il estime "méritée", mais aussi embêté, à chaque fois, de les voir partir. "Les machines sont assez complexes, il y a de l'électronique, de l'électricité, de la pneumatique. Ce sont des métiers qui se perdent et donc on est obligé de former en interne. Quelqu'un qui part en retraite, c'est quelqu'un qui part avec son savoir et si on n'a pas anticipé, on se retrouve en difficulté", indique-t-il. Pour lui, un départ à la retraite à 60 ans, comme le propose Jean-Luc Mélenchon, serait problématique : "Je pense que si tous les ouvriers partaient à 60 ans alors qu'on est déjà en carence de main-d'œuvre... Si on permet aux gens de partir plus tôt, ça va contraindre certains industriels, comme moi, à aller faire produire ailleurs." Il considère qu'un bon compromis se trouve entre 62 et 65 ans, pas au-dessus.

Dans les faits, les Français partent à la retraite à 63 ans et demi en moyenne. Un chiffre qui varie beaucoup selon les métiers. "On parle souvent du système de retraite des salariés, un peu moins souvent de celui des petits commerçants, des petits artisans. Ils sont 3 millions en France à cotiser au système de retraite des indépendants et pour eux, partir à la retraite, c'est parfois un peu compliqué", souligne Julien Cholin. Caty Langella a 73 ans et son mari Stefano 65 ans. Commerçants, eux, rêvent de s'arrêter. Mais quelque chose les en empêche : "Qu'est-ce qu'on fait avec 980 ou un peu plus ?" À eux deux, ils cumuleraient près de 2 000 euros. Trop peu estiment-ils. Ils ne parviennent pas non plus à vendre leur commerce : "Aujourd'hui, on traverse une période quand même difficile. Le fonds de commerce ne se vend plus."

Et vous, que feriez-vous retraité ? Stefano, lui, rêve de se remettre au chant. Mais pour d'autres, la vie de retraité est difficile à accepter. Au point même de reprendre du service à l'usine de chaussettes. "Nous allons voir Hervé. Cela fait 46 ans qu'il travaille avec ces machines-là. Il les connaît par cœur. Alors que l'entreprise lui a proposé de revenir travailler un jour ou deux par semaine, il a accepté", raconte Julien Cholin. Hervé Borgnet, 65 ans, a repris du service un à deux jours par semaine. Un soulagement pour ce directeur technique qui n'a pas supporté de ne plus travailler : "On ne peut pas abandonner comme ça, on ne peut pas se dire que pendant 40 ans on a travaillé, on a appris, et puis tout d'un coup, on tire un trait et puis on va à la pêche. Si on ne le prépare pas, c'est très brutal. Moi, je n'aurais pas été d'accord pour partir à 65 ou 66 ans. Parce qu’en fait, je gardais toutes les responsabilités. Quand on travaille comme retraité, on n'a plus cette pression. On a aussi des obligations, mais ce n'est plus la même chose", affirme-t-il.

Najima n'a jamais voté. Mais si un candidat veut la faire travailler plus longtemps, elle assure qu'elle ira dans l'isoloir. Benoît aussi sera très attentif aux propositions des candidats sur les retraites. Caty et Stefano, eux, espèrent qu'ils auront vendu leur commerce d'ici là et profiteront de leurs années de repos. "Globalement, une fois à la retraite, les Français en profitent. Ils ne sont que 4 % à cumuler leur pension avec une activité, soit par envie, soit par besoin pour certains d'entre eux. Un chiffre qui a quand même tendance à augmenter ces dernières années", conclut Julien Cholin.

Le rapport actualise les projections de court, moyen et long terme du système de retraite. En comparaison avec le rapport 2025, le rapport 2026 repose sur de nouvelles hypothèses démographiques de l'Insee, intégrant une baisse plus marquée de la fécondité (1,45 enfant par femme à partir de 2028), une hausse du solde migratoire (+150 000 par an dès 2026) et des gains d'espérance de vie de légèrement revus à la baisse. Cette actualisation vise à réévaluer les perspectives financières du système de retraite et mettre en évidence leur forte dépendance aux évolutions démographiques.

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