Paris. Soupçons de financement du Hamas : trois des cinq mis en examen sur une liste noire américaine
Trois des cinq personnes mises en examen ce week-end à Paris, soupçonnées d'avoir fait parvenir des fonds au Hamas par le biais d'associations humanitaires, figurent sur une liste noire dévoilée par les autorit...
Trois des cinq personnes mises en examen ce week-end à Paris, soupçonnées d'avoir fait parvenir des fonds au Hamas par le biais d'associations humanitaires, figurent sur une liste noire dévoilée par les autorités américaines. Il s'agit de Faouzi B., de l'association « Baraka » en Gironde, de son frère Nordine B., et d'Amel O., de l'association « Ensemble C Mieux » dans la Loire. Selon Washington, ils ont participé pendant plusieurs années à un système ayant permis de collecter plus de deux millions de dollars au profit du mouvement islamiste palestinien, d'après des éléments recoupés par l'AFP.
Les cinq suspects ont été mis en examen pour « financement d'entreprise terroriste, en l'occurrence le Hamas », « abus de confiance en bande organisée » et « blanchiment d'abus de confiance en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste », a indiqué samedi le parquet national antiterroriste (Pnat), qui n'a pas communiqué leur identité, contrairement aux administrations américaines. Il leur est reproché d'avoir, « par le truchement de deux associations, fait parvenir des fonds à un tiers, collecteur de fonds pour le compte du Hamas, ce qu'ils contestent », précise le Pnat. Placés en garde à vue mardi par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), chargée des investigations, ils ont été mis en examen après l'ouverture d'une information judiciaire, au terme d'une enquête préliminaire ouverte le 21 avril.
Les suspects contestent
Le Pnat avait requis le placement en détention provisoire des deux présidents d'association. Faouzi B., 35 ans, « a été incarcéré provisoirement dans l'attente d'un débat contradictoire différé qu'il a sollicité ». « Mon client a participé à des collectes de fonds dans un but exclusivement humanitaire, une détention serait scandaleuse », a réagi auprès de l'AFP son avocate, Me Lucie Simon. Amel O., 39 ans, a en revanche été laissée libre sous contrôle judiciaire par le juge des libertés et de la détention. « Ma cliente est engagée dans l'humanitaire, au soutien d'une population civile victime d'un génocide à Gaza, elle n'a aucun lien avec le Hamas », affirme son avocat, qui a requis l'anonymat.
Nordine B. a lui aussi été laissé libre sous contrôle judiciaire, conformément aux réquisitions du parquet, tout comme les deux autres mis en examen, sur lesquels aucun détail n'a filtré. Son avocat n'a pas souhaité faire de commentaire.
Plus de deux millions de dollars selon Washington
Le service du Trésor américain chargé des sanctions (OFAC) et le ministère américain de la Justice ont apporté vendredi d'autres éléments, dans des communiqués séparés consacrés à Faouzi B. et Amel O. Selon l'OFAC, tous deux « dirigent des prétendues associations caritatives censées collecter des fonds à des fins humanitaires pour venir en aide aux civils de Gaza ». En réalité, ces fonds arriveraient entre les mains du Hamas via un membre de sa branche armée, Saleem al-Zaq, un Palestinien basé à Gaza, affirme le service américain.
« Au cours d'une période de six ans, de 2020 à 2026, Faouzi B., Amel O. et al-Zaq ont collecté plus de deux millions de dollars pour le Hamas, dont 1,5 million collectés après l'attaque du Hamas contre Israël du 7 octobre 2023 », assure l'OFAC. Les deux responsables associatifs auraient également « envoyé des centaines de milliers de dollars en cryptomonnaies » à Saleem al-Zaq, qui aurait de son côté mis en avant leurs comptes de collecte sur ses propres réseaux sociaux.
Pour les personnes et organisations visées, les sanctions américaines entraînent le gel des avoirs éventuellement détenus aux États-Unis. Elles obligent aussi les entreprises américaines, comme Mastercard, à rompre toute relation financière avec elles, sous peine d'être à leur tour sanctionnées.