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Paris. « Madame Dati veut être jugée » : au procès de l’ex-ministre, l’absence omniprésente de Carlos Ghosn

Sens du timing ou du spectacle, c’est à tout juste cinq minutes du début du procès que Rachida Dati, tout de noir vêtue, a fait son entrée dans la salle d’audience du tribunal correctionnel de Paris, ce mercred...

Sens du timing ou du spectacle, c’est à tout juste cinq minutes du début du procès que Rachida Dati, tout de noir vêtue, a fait son entrée dans la salle d’audience du tribunal correctionnel de Paris, ce mercredi, soulageant ainsi ses avocats dont l’agitation trahissait l’impatience. Peut-être l'ex-garde des Sceaux et ministre de la Culture avait-elle anticipé le subséquent retard de 20 minutes de la présidente. Ou bien qu'elle ne serait pas l’objet principal de cette première audience.

L’éléphant dans la pièce n’était ni présent, ni représenté, mais bien dans toutes les bouches et pensées. Attendue, l’absence de Carlos Ghosn a longuement été débattue, près de trois heures durant. Poursuivi pour corruption et trafic d’influence, au même titre que Rachida Dati, à laquelle il aurait versé 900 000 euros pour exercer une activité occulte de lobbyiste lorsqu’elle était députée européenne, l’ancien patron de Renault-Nissan n’a « aucune intention de se présenter devant la justice française », ont regretté le ministère public et les avocats des parties civiles.

Erreur du parquet

Et ce, en dépit d’un courrier daté du 11 août dernier et transmis par voie de son avocat libanais, Me Jean Tannous, dans lequel il assure vouloir être jugé, même par visioconférence. Bonne foi ou ruse pour échapper à la justice, tous les protagonistes semblant convaincus de la seconde hypothèse, l’homme d’affaires, désormais reclus au Liban, a bien failli bénéficier d’une bévue du parquet national financier : la réception de sa convocation au-delà du délai légal, provoquant la nullité de sa citation à comparaître.

Officiellement, selon le tribunal, Carlos Ghosn n’a donc pas eu connaissance de la date d’audience de mercredi, ouvrant la voie à trois possibilités : un jugement par défaut, une disjonction de sa situation de celle de Rachida Dati, ou un renvoi du procès à une date ultérieure. Parties civiles et ministère public n’ont voulu entendre parler ni de la disjonction, ni du renvoi. Qu’importe la nullité de la citation puisque Carlos Ghosn ne se serait de toute façon jamais présenté, ont-ils plaidé. Il n’a envoyé aucun avocat le représenter officiellement à l’audience.

« Cela empêche un procès équitable pour la partie civile que je représente. On constate dans le courrier de Carlos Ghosn un fil rouge des manœuvres pour empêcher ce procès », a notamment dénoncé l’avocate de l’association de lutte contre la corruption Transparency International. « Le temps est toujours l’ami des corrompus. Plus le temps passe, plus la justice a tendance à être indulgente », a abondé Me Jérôme Karsenti, avocat de l’association AC Anti-corruption, en faveur de la poursuite du procès.

La défense de Dati en colère

Bien présente et bien représentée - par non moins de six avocats -, Rachida Dati a laissé le soin à ses conseils de fustiger la négligence du parquet national financier, et demander aussi le maintien du procès. « Pour qu’une citation soit régulière dans un pays en dehors de l’Union européenne, il faut qu’elle soit réceptionnée deux mois et 10 jours avant. Vous n’aviez qu’une chose à faire : respecter une date, celle du 6 juillet 2026 […]. Vous avez méprisé les droits de la défense de Madame Dati », a lancé Me Olivier Pardo.

Et son collègue Me Olivier Baratelli de s’emporter dans une colère, sinon feinte, à tout le moins théâtrale : « Vous contraignez le tribunal à prendre une mauvaise décision ! Madame Dati veut être jugée parce qu’elle veut être relaxée, pour sortir par la grande porte de ce tribunal ! » La présidente du tribunal a finalement bien retenu l’entièreté du dossier, rejetant le renvoi et la disjonction et permettant l’entrée dans le vif du sujet : les faits présumés de corruption. Rachida Dati sera jugée, conformément à sa demande, et entendue dès jeudi. Rachida Dati joue malgré tout devant ses juges son mandat de maire du 7e arrondissement de la capitale : elle encourt cinq ans d’inéligibilité. Carlos Ghosn sera jugé en son absence. Jusqu’au lundi 28 septembre.