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Paris et Washington sont-elles au bord de la crise diplomatique ? “Ce n’est pas agréable d’être mis dans le même sac que la Russie ou la Corée du Nord”

Le Conseil de sécurité de l'Onu a été le théâtre d'une scène inhabituelle ce lundi. Les représentants des États-Unis ont en effet quitté la salle lors de la prise de parole des diplomates français. Ces derniers...

Le Conseil de sécurité de l'Onu a été le théâtre d'une scène inhabituelle ce lundi. Les représentants des États-Unis ont en effet quitté la salle lors de la prise de parole des diplomates français. Ces derniers avaient auparavant dénoncé la position des Américains sur le renouvellement du mandat de Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme.

Bien que Volker Türk ait réuni un grand nombre de voix en sa faveur ce 24 juillet – 144 pour, 10 contre et 13 abstentions –, les États-Unis se sont pour leur part opposés à sa reconduction, tout comme la Corée du Nord ou la Russie. "Les États-Unis étaient autrefois un modèle en matière de droits humains. Ce n'est plus le cas. Aujourd'hui, ils se retrouvent aux côtés de la Corée du Nord, du Nicaragua, du Mali et de la Russie. Isolés. Et le monde ne les écoute plus", avait déclaré la délégation française sur X à la suite de ce vote.

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Des propos qui ont suscité la colère des Américains. Ces derniers ont donc répliqué lundi. "Nous nous sommes tenus aux côtés de cet État membre (la France, NdlR) lors de chaque conflit qui menaçait ses libertés. Et aujourd'hui, je veux leur rappeler que les États-Unis restent le modèle de la liberté dans le monde. Par conséquent, nous ne leur accorderons pas le privilège d'écouter leurs divagations politisées tant qu'ils ne renonceront pas à leur rhétorique condescendante et irrespectueuse, et qu'ils ne se comporteront pas d'une manière digne", a déclaré l'ambassadeur américain adjoint auprès de l'Onu, Dan Negrea, regrettant l'attitude "hypocrite" et moralisatrice de Paris.

Défiance et rapports de force

"Ce n'est évidemment pas très agréable d'être mis dans le même sac que la Russie ou la Corée du Nord. Mais ce n'est pas la faute de la France. Il ne s'agit pas d'une accusation en tant que telle, c'est simplement l'observation d'un fait", commente Jérémy Dieudonné, docteur en Relations internationales à l'UCLouvain.

Si claquer la porte de la salle du Conseil apparaît comme un acte symbolique fort, cela correspond surtout à "la suite de la politique trumpiste", poursuit M. Dieudonné. Ainsi au-delà des velléités américaines à l'encontre de Volker Türk – qui a vivement critiqué les interventions des États-Unis en Iran ou dans la mer des Caraïbes –, cet incident s'inscrit dans le "cadre de la défiance américaine face aux institutions multilatérales internationales et à l'Europe", précise le chercheur.

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Jérémy Dieudonné souligne également la position particulière de la France, qui "tente de retrouver cette place qu'elle avait auparavant dans le monde". "Emmanuel Macron est beaucoup intervenu dans la politique mondiale et essaie de replacer son pays, et en même temps l'Europe, sur la scène internationale. Il y a cette ambition française de montrer qu'on ne veut pas être mis de côté et qu'on veut faire entendre sa voix, peu importe si ça choque parfois légèrement outre-Atlantique", ajoute-t-il.

Si la réponse de Washington a pris une forme hautement symbolique, la relation franco-américaine ne devrait pas pour autant être brisée, même s'il sera "compliqué de la reconstruire tant que Trump – ou une autre figure MAGA – sera là", analyse Jérémy Dieudonné. À ses yeux, les relations entre les alliés seront durablement marquées par le deuxième mandat de Donald Trump.

"Lors de sa première présidence, on s'est dit qu'on allait laisser couler pendant 4 ans et qu'on réparerait tout ce qui devrait être réparé. Il n'y a pas eu de grand mouvement d'indépendance dans l'Union européenne. Mais ici, c'est très différent. Même s'il est lent, il y a un éveil des consciences qui laisse penser qu'il y aura une évolution des relations. Et l'éventuelle élection d'un Démocrate pendant 4 ans ne suffirait sans doute pas à réparer tout ce qui a été cassé même si on pourrait alors revenir à une relation plus classique", projette-t-il.

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