L’ÉTÉ ICI EN 2100 (2/4) Pourquoi les plages de demain n’auront rien à voir avec celles d’aujourd’hui
L’ÉTÉ ICI EN 2100 (2/4) Dans sa série "L’été ici en 2100", Midi Libre revient, en quatre volets, sur les bouleversements liés au changement climatique. L’idée : mesurer comment la région peut changer d’ici à 75 ans et même peut-être avant, dès 2050. Dans ce deuxième épisode : le gigantesque chantier de la refonte du littoral.
L’ÉTÉ ICI EN 2100 (2/4) Dans sa série "L’été ici en 2100", Midi Libre revient, en quatre volets, sur les bouleversements liés au changement climatique. L’idée : mesurer comment la région peut changer d’ici à 75 ans et même peut-être avant, dès 2050. Dans ce deuxième épisode : le gigantesque chantier de la refonte du littoral.
Il y a là un sacré chantier dont on ne mesure pas encore l’étendue. "Les gens disent sur le littoral "On aura juste à reculer nos villes", mais là où on a endigué, l’érosion se faisant devant la digue, on n’aura pas de plage, alerte le géographe Stéphan Arnassant. Notre littoral basé sur l’économie balnéaire aura moins d’intérêt. On aura des plages de plus en plus réduites et autant de gens qui voudront en profiter." Il y aurait bien une solution à moyen terme, souffle-t-il, mais elle est lourde de conséquences : "On peut dire qu’on supprime 100 ou 200 mètres de zone urbanisée et qu’on nettoie le terrain que la mer devrait aménager seule avec une plage comme cela fonctionne dans les secteurs naturels en recul, mais il faut que ce soit plat et naturel, non bétonné".
À l’heure où on imagine de coloniser l’espace, on ne serait pas capable de préserver nos stations ? Les pouvoirs publics ne laisseront pas faire ça !
"On est loin encore de ces choix radicaux. Pas très populaire, pour un maire, de dire qu’on va raser pour reconstruire un peu plus loin. Ce n’est, d’ailleurs, pas toujours possible, à l’instar de Palavas, coincé entre la mer et l’étang. Le village pourrait même, à longue échéance, être englouti sous les eaux. Nicolas Gauthier, patron de l’agence Direct Immo sur le littoral héraultais, se veut confiant : "Je ne suis pas du tout inquiet. Je viens même d’acheter pour moi sur l’avenue Saint-Maurice (la rue qui longe la mer à Palavas, Ndlr). On ne va pas laisser monter la mer sur nos stations balnéaires, on ne va pas la laisser grignoter, il y a des moyens d’agir contre ça". Encore faut-il que les budgets suivent derrière, reconnaît-il. Mais il préfère jouer la carte de l'"optimisme" : "A l’heure où on imagine de coloniser l’espace, on ne serait pas capable de préserver nos stations ? Les pouvoirs publics ne laisseront pas faire ça !"
Une image virtuelle des Aresquiers assaillis par la mer, juste avant qu’elle rejoigne l’étang et le bois. Le sable et la mer, sur l’image, ont déjà avancé dans ce qu’était l’étang.
EID/CONSERVATOIRE DU LITTORAL
À Frontignan, le lido devrait avoir disparu d’ici cent ans. Il ne resterait des Aresquiers qu’une bande de sable avançant vers les terres et rognant l’étang. Tandis que l’étang lui-même aurait rogné sur le bois. Le pont et son feu rouge, qui surplombent le canal, atterriront dans l’eau ou sur le sable.
Une loi Climat et résilience "pas à la hauteur"
La loi Climat et résilience, votée en 2021, s’appuie sur le bon vouloir des communes littorales de prendre le dossier à bras-le-corps. Pas gagné. "Elle n’est pas à la hauteur des enjeux dantesques à long terme, estime Stéphan Arnassant. L’ex-Premier ministre Bernard Cazeneuve plaide pour une Datar de la résilience climatique. C’est une bonne idée. La Datar (Direction à l’aménagement du territoire et à l’action régionale, créée en 1963) est morte avec la décentralisation." C’est par elle qu’était passée la Mission Racine qui a permis la naissance des stations balnéaires languedociennes. "On ne pourrait plus faire ça aujourd’hui, observe Stéphan Arnassant. Chaque commune fait ce qu’elle veut. Je pense qu’à l’avenir, on n’aura pas le choix. Il faudra revenir à quelque chose de plus centralisé."
Au Petit Travers, à Carnon, des travaux de réensablement ont été effectués. Jusqu’à quand tiendront-ils ?
MIKAEL ANISSET
"Ce n’est anticipé par personne, parce que un élu, même sensibilisé à ces questions, pense à sa réélection et pas aux cinquante ans qui viennent, lâche un fonctionnaire territorial héraultais sous couvert d’anonymat. Il voit à courte vue, c’est humain. Il se dit "Pourquoi je prendrais ce sujet en main, il me fera perdre les élections". Ce sera le travail de trois ou quatre maires après lui."
À Frontignan, le lido devrait avoir disparu d’ici cent ans. Il ne resterait des Aresquiers qu’une bande de sable
À lire aussi :
Vers une Occitanie fracturée en 2100 entre désert et mangrove tropicale ? Les images chocs d’un documentaire de France 2
Le futur fera sûrement beaucoup de déçus : s’ils sont expropriés, les propriétaires ne seront pas indemnisés au prix du marché. Des innovations techniques sont possibles pour parer à la montée des eaux (comme la création de mangroves artificielles), mais elles coûtent cher. Au loto des chantiers gigantesques, il n’y en aura sûrement pas pour tout le monde. Et ce d’autant plus si les finances publiques continuent à se raréfier. Enfin, la question des assurances, dans des zones à risque, ne sera pas une mince affaire.
Réensabler à l’aide de canalisations reliées à une barge en mer : une solution temporaire.
MIKAEL ANISSET
Dans l’Hérault, Vias et Portiragnes sont déjà soumis à des conséquences directes : "Les campings ont déjà dû reculer leurs linéaires de front de mer et le risque c’est que le pronostic vital de la filière soit engagé", observe le directeur de l’office de tourisme Cap d’Agde Méditerranée. Ailleurs, parfois, au contraire de l’érosion, c’est l’accrétion qui gagne, c’est-à-dire un ensablement qui provoque l’avancée du rivage vers la mer. C’est le cas pour Agde de certaines plages plus chanceuses que d’autres, comme la Roquille et Richelieu.