Handicap ou pas cap : épisode 5/8 du podcast Ouvrir les vannes | France Inter
Dans ce cinquième épisode, deux humoristes porteurs de handicap racontent comment ils transforment leur différence en matière comique, et déplacent la question habituelle : non pas "peut-on rire du handicap ?",...
Dans ce cinquième épisode, deux humoristes porteurs de handicap racontent comment ils transforment leur différence en matière comique, et déplacent la question habituelle : non pas "peut-on rire du handicap ?", mais pourquoi nous avons parfois tant de mal à le faire.
L'épisode réunit principalement Valentin Reinehr, humoriste et bègue révélé par "La France a un incroyable talent", et Matthieu Nina, devenu handicapé à dix ans après une chute et aujourd'hui sur les scènes de stand-up. Autour d'eux, d'autres voix se croisent : l'humoriste belge Florence Mendez, autiste, l'humoriste belge Pierre scheurette, qui retrace l'évolution du genre, ainsi que des spectateurs de Bruxelles, Montréal et Paris. Tous nourrissent une même interrogation : jusqu'où peut-on rire, et le public est-il prêt à accueillir des artistes qui bousculent ses habitudes ?
"Rire avec" plutôt que "rire de" : la question de l'intention
Au cœur de l'épisode, une distinction revient chez les deux invités principaux. Pour Matthieu Nina, humoriste, aucun sujet n'est interdit à condition d'assumer ce qui motive la blague : "On peut rire de tout et avec tout le monde. Je pense que l'important, c'est l'intention qu'il y a derrière la blague." Il précise la ligne qu'il s'impose : "Pour le handicap comme pour le reste, l'important, c'est de rire avec et pas de rire d'eux." Une position que partage Valentin Reinehr : "Je suis partisan de rire avec. Il faut rire avec toutes les personnes, et il faut les inclure." Pour Florence Mendez, être soi-même concerné change tout : rire de son propre handicap devient une manière de le dédramatiser, quitte à assumer un humour que les non-concernés n'oseraient pas.
Le handicap comme "poste d'observation" de la norme
Pierre Scheurette, humoriste belge, replace ces spectacles dans une histoire longue : des moqueries des années 1990, marquées par les blagues de Patrick Timsit et les procès qui suivirent, à l'émergence d'humoristes porteurs de handicap. Selon lui, une nouvelle génération renverse le point de vue. À propos de Matthieu Nina, il observe : "Le handicap, chez lui, n'est plus seulement l'objet ou le sujet de la blague, mais vraiment une sorte de poste d'observation de ce qu'on pourrait appeler la norme." Les intéressés revendiquent d'ailleurs cette bascule. "J'ai tendance à penser qu'il faut essayer de faire de ses faiblesses une force", résume Matthieu Nina. Florence Mendes va jusqu'à décrire son autisme comme un atout scénique : "Si j'étais pas autiste, je ne sais pas si je pourrais faire ce métier." Sa singularité, dit-elle, lui donne un humour affranchi des convenances : "Ça m'octroie une grande liberté."
À écouter
France Inter
9 min
Un public réceptif, des médias jugés en retard
Reste la question de l'accueil. L'écoute de ces artistes demande parfois un effort, de concentration face au rythme du bégaiement de Valentin Reinehr, ou à l'élocution plus lente de Matthieu Nina, mais les deux humoristes décrivent un public curieux et ouvert, notamment chez les plus jeunes. Le blocage, selon Valentin Reinehr, se situe ailleurs : "Il y a deux mondes : le monde du stand-up, qui est ouvert, et le monde des professionnels, des producteurs de médias, qui sont ouverts quand ça les intéresse." Matthieu Nina, pointe de son côté une accessibilité encore insuffisante des salles : "On est, en France, très en retard sur ces questions-là, et j'aimerais vraiment que les salles soient plus accessibles." Une note d'optimisme conclut néanmoins l'épisode : pour les deux artistes, les mentalités évoluent, et le handicap ne les empêchera pas de monter sur scène.
Une série produite par la RTS pour Les Médias Francophones Publics (2026)
Production : Marie Riley et Pascaline Sordet
Animation :* Marie Riley
Réalisation : Jessica Ammar
Musique originale : Madame Piou Piou
Assistante de production : Chloé Sedlatchek
Programmation musicale : Bastien Arnold
Archiviste : Jérôme Rufini
Micros-trottoirs : Sheena Fins, Abdoul Aziz Diallo, Marie Charlier
*Voix-off : Sabrina Colongo