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Otage d’un improbable bras de fer politique, le Kennedy Center ferme ses portes

Les Américains n'en croient ni leurs yeux ni leurs oreilles en suivant la saga du Kennedy Center à Washington. Ce lieu iconique de la capitale américaine est devenu l'improbable otage d'un bras de fer politique...

Les Américains n'en croient ni leurs yeux ni leurs oreilles en suivant la saga du Kennedy Center à Washington. Ce lieu iconique de la capitale américaine est devenu l'improbable otage d'un bras de fer politique et judiciaire depuis que Donald Trump a voulu le faire renommer en son honneur. Mardi, le vaudeville a connu un nouveau rebondissement avec la fermeture pure et simple du bâtiment, abruptement décidée par un conseil d'administration acquis à la cause du Président.

Fermeture temporaire ou définitive, nul ne peut le dire. La mesure est officiellement justifiée par des considérations de sécurité, rapports sur des incidents alarmants à l'appui comme cette plaque de plâtre récemment tombée du plafond du Grand Foyer lors d'une tempête. Les infiltrations d'eau ne seraient qu'un des maux dont souffre le Kennedy Center. Aussi nul ne songerait à nier la nécessité de rénover et moderniser un complexe qui associe, depuis son inauguration en septembre 1971, centre culturel et salle de spectacle pour promouvoir les arts de la scène.

Président du Kennedy Center

L'affaire se corse, cependant, en raison de l'intérêt particulier que Donald Trump porte au projet depuis son retour à la Maison-Blanche. Contrarié par la programmation selon lui "gauchiste" de l'institution, il s'était empressé d'en prendre le contrôle en recomposant le conseil d'administration. Il s'en fit aussitôt octroyer la présidence et, moyennant une révision des statuts, obtint, "à l'unanimité", qu'on rebaptise le centre, jusque-là voué à la mémoire du président démocrate assassiné à Dallas, The Donald J. Trump and The John F. Kennedy Memorial Center for the Performing Arts.

Le Kennedy Center de Washington ne sait plus à quel président se vouer

Le changement de nom, immédiatement concrétisé sur la façade du Centre comme sur son site web ou son papier à lettres, ne fut pas la seule onde de choc à secouer le Kennedy Center, son personnel, et les artistes en résidence ou appelés à s'y produire. Donald Trump annonça, dans la foulée, la fermeture du Centre pour deux ans, à dater de juillet 2026, invoquant la nécessité de procéder d'urgence à des travaux de réhabilitation du bâtiment, qu'il chiffrait à 257 millions de dollars.

Une décision illégale

C'était sans compter l'intervention de la justice. Le 29 mai dernier, le juge du district de Columbia, Christopher Cooper, nommé par Barack Obama en 2014, rappelait que seul le Congrès était habilité à modifier l'appellation du Kennedy Center. Il ordonnait, par conséquent, de supprimer toute référence au Président actuel et suspendait, par ailleurs, la fermeture programmée du centre et le démarrage des travaux.

Le mal était fait, toutefois. Tant les incertitudes liées à l'avenir que les ingérences de Donald Trump ont ruiné la programmation du Kennedy Center, détournant de lui une partie des artistes et du public – l'Orchestre symphonique national, qui fut dirigé au fil des ans par des chefs prestigieux, a dû, par exemple, se trouver une nouvelle adresse. La perte de revenus qui en résulte a aggravé une situation financière précaire, à tel point que l'institution serait au bord de la faillite.

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Le sauveur de l'institution

C'est paradoxalement ce qui permet aujourd'hui à Donald Trump de revenir dans la place, en s'érigeant en sauveur – lui seul, assurent les administrateurs à sa dévotion, peut mobiliser les mécènes sans qui le Kennedy Center serait condamné à disparaître. Mais l'intercession a un prix : le Président exige qu'on inscrive au fronton "Rénové et restauré par Donald J. Trump". Le juge Cooper, toujours lui, a estimé mardi, dans un nouvel arrêt, que cette exigence était illégale.

Dans ces conditions, a riposté Donald Trump, les travaux n'auront jamais lieu et le Kennedy Center peut fermer ses portes. Au moins en attendant qu'une Cour d'appel se prononce, voire que la Cour suprême tranche une fois pour toutes le litige. Dans l'intervalle, le Kennedy Center est appelé à ressembler à une coquille vide – et à être le symbole involontaire de la présidence Trump.

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