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« On va faire le marathon des cambriolages » : ils ciblaient les belles demeures sur la Côte d’Azur, lourdes peines pour une équipe de malfaiteurs jugée à Nice

Le tribunal correctionnel de Nice a reconnu coupables six prévenus déjà connus de la justice, pour plusieurs cambriolages ou tentatives sur la Côte d’Azur. Condamnés à des peines de 5 à 8 ans de prison, ils ont tous fait appel.

Le très médiatique « procès des streamers », puis celui du home-jacking chez le footballeur Mario Lemina l’ont quelque peu éclipsée. C’est néanmoins une importante affaire d’association de malfaiteurs qu’a jugé le tribunal correctionnel de Nice, ce mardi 7 juillet 2026, lors d’une audience spéciale qui s’est étirée sur douze heures.

Six prévenus comparaissant tous détenus, des profils bien connus de la justice, des peines de 5 à 8 ans de prison prononcées et un appel général à l’arrivée. Tel est le résumé de ce dossier où la police judiciaire a constaté deux cambriolages, une tentative, et désamorcé un quatrième mauvais coup. Même si la plupart des intéressés se défend d’y être mêlé.

Tout commence - hasard du calendrier judiciaire - le 7 juillet 2025, un an pile avant l’audience. Un touriste suédois dépose plainte à Juan-les-Pins. Les plaques d’immatriculation de son véhicule ont été volées. On les retrouve apposées sur l’Audi utilisée le même jour, à Monaco, pour le cambriolage d’une boutique d’antiquités.

Quatre malfrats se trouvaient à bord. Le véhicule est vite retrouvé, et un document d’identité avec : celui d’Alioune Sambé. Une première enquête, ouverte par le parquet de Grasse, met le service interdépartemental de police judiciaire (SIPJ 06) sur sa piste.

Début 2026, les enquêteurs remarquent de possibles repérages près du centre d’entraînement de l’OGC Nice, puis de belles demeures à Roquebrune-Cap-Martin ou Menton. Le parquet de Nice ouvre une enquête pour « association de malfaiteurs en vue de commettre des faits de vol en bande organisée ».

La division de la criminalité territoriale (DCT) s’appuie sur la brigade de recherches et d’intervention (BRI). Elle identifie une galerie de personnages au fil des investigations.

Sacs et montres de luxe

Il y a donc Alioune Sambé, Niçois de 30 ans, suspecté d’avoir joué un rôle pivot. Yann Leval, Mentonnais de 26 ans, présenté comme « l’apporteur d’affaires ». Ou encore Salem Boubaiou, 25 ans, un proche de Sambé qui aurait participé aux repérages. « On va faire le marathon des cambriolages », lance-t-il à Alioune Sambé, ignorant qu’il était sur écoute.

Le 6 février 2026, Sambé profite d’une baie vitrée restée ouverte pour cambrioler un appartement à Roquebrune-Cap-Martin. Montre Omega, sacs Hermès et Dior... Le préjudice est évalué à 60 000 euros.

Le 4 avril, nouveau cambriolage dans une résidence cossue de la même commune. Plusieurs montres et bracelets de valeur disparaissent. Oualid Amahrouch, 41 ans, est suspecté de les avoir emportés avec Alioune Sambé et Habib Ellili, 27 ans.

Deux jours plus tôt, ce dernier aurait tenté de s’introduire chez une septuagénaire, à Nice-ouest, en se présentant comme technicien de la fibre. Sambé l’accompagne. La retraitée portait « full or » sur elle, d’après les écoutes téléphoniques. Sa méfiance l’a incitée à ne pas ouvrir.

Proche du banditisme

Un riche propriétaire mentonnais serait encore dans le viseur lorsque la police judiciaire passe à l’action, le 5 avril. Alioune Sambé est surpris sur un parking de Villeneuve-Loubet avec au sixième suspect, à qui il aurait confié le butin : Frédéric Farade. Un nom très connu des enquêteurs.

Ce Bastiais de 46 ans, vivant entre Saint-Laurent-du-Var et Cannes, est considéré comme proche du grand banditisme. La faute, selon son avocat, « à un rapport de police faussement confidentiel qui a fuité. Il n’a jamais été condamné dans une affaire de grand banditisme », insiste Me Paul Sollacaro.

Son client détient pourtant la clé d’une Lamborghini ou d’une montre Audemars Piguet, bien loin de ses revenus déclarés. Il est par ailleurs mis en examen par la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille, depuis 2022, dans un trafic international de montres de luxe. Plus de 150 avaient été saisies.

« Le receleur fait le voleur »

Dans le dossier jugé mardi, le SIPJ pense tenir « toute l’organisation, souligne son chef, le commissaire divisionnaire Eric Antonetti. Le receleur faisant le voleur, c’est très important de mettre hors d’état de nuire les filières de recel. » Les policiers pensent tenir des voyous chevronnés, « spécialistes de la prédation ». Tous ont déjà un casier judiciaire conséquent. Et tous, hormis Yann Leval, sont en récidive.

La villa de bord de mer a été cambriolée en fin de journée vendredi 9 juillet 2026 à Cannes

Pourtant, Frédéric Farade conteste. Comme tous les autres, ou presque. Seuls Alioune Sambé et Oualid Amahrouch reconnaissent un vol. En outre, la défense critique le choix de la comparution immédiate pour un tel dossier. Et la déconnexion du volet suivi par le parquet de Grasse. Au point de plaider la nullité de la procédure.

Les avocats n’obtiennent pas gain de cause sur ce point, mais font sensiblement baisser la note. Le procureur Céline Hortal avait requis 12 ans contre Alioune Sambé, 8 ans contre les autres. Le tribunal présidé par Isabelle Demarbaix-Joando ramène la sanction à 8 ans pour Sambé, 6 ans pour Ellili et Farade, 5 pour Leval, Boubaiou et Amahrouch (1). Tous attendent désormais un second procès.

(1) Respectivement défendus par Mes Nadir Icherqaouine, Christel Mathieu, Paul Sollacaro, Pierre Dini et Marie Seguin, Cathy Guittard et Zahwa Chikh.