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« On sentait son désir d’échapper dans la fiction » : comment un étudiant de Gembloux s’est retrouvé récompensé à Cannes

Le film belge « Coward » de Lukas Dhont sortira en salles le 21 octobre, après avoir été récompensé à Cannes par un double prix d’interprétation. Parmi ses deux jeunes acteurs, Emmanuel Macchia, 20 ans, n’avait jamais fait de cinéma avant ce premier rôle. Repéré dans son école à Gembloux, le jeune homme originaire de Charleroi s’est depuis lancé dans le cinéma, comme nous le raconte Emmanuel Dupond.

Ibrahim Molough
Par Ibrahim Molough

Publié le 17 octobre à 20h16

Ajoutez-nous à vos favoris Google Le film belge « Coward » de Lukas Dhont sortira en salles le 21 octobre, après avoir été récompensé à Cannes par un double prix d’interprétation. Parmi ses deux jeunes acteurs, Emmanuel Macchia, 20 ans, n’avait jamais fait de cinéma avant ce premier rôle. Repéré dans son école à Gembloux, le jeune homme originaire de Charleroi s’est depuis lancé dans le cinéma, comme nous le raconte Emmanuel Dupond.

Lukas Dhont est devenu un habitué de la Croisette. En trois films seulement, le réalisateur belge a été sélectionné et récompensé à trois reprises au Festival de Cannes. Mais cette fois, la surprise est venue de ses deux jeunes acteurs.

En mai dernier, Valentin Campagne, 22 ans, et Emmanuel Macchia, 20 ans, ont reçu ensemble le prix d’interprétation masculine pour leur rôle dans « Coward ». Une récompense que les deux comédiens n’attendaient pas.

Valentin Campagne se souvient de la surprise au moment où leurs noms ont été appelés : « On ne nous avait pas dit qu’on allait avoir ce prix. Lukas nous avait dit qu’on allait avoir un truc tous les trois. » Le réalisateur avait volontairement gardé le secret.

Puis vient le moment où les deux acteurs comprennent qu’ils doivent monter sur scène : « On voit Lukas qui se penche vers nous et qui nous fait genre : “Non, non, mais vous montez tous les deux.” »

Un casting jusque dans les couloirs de son école

Quelques mois plus tôt, Emmanuel Macchia n’avait pourtant aucune expérience du cinéma. Originaire de Charleroi, il étudie alors l’architecture paysagère à Gembloux. C’est dans cette école que Lukas Dhont va le repérer.

La rencontre lui paraît d’autant plus improbable qu’il n’avait rien demandé. « Moi, ça me fait rire, quelqu’un qui vient m’aborder comme ça et qui me propose de jouer dans un film de guerre », raconte-t-il. Dans son établissement, personne ne l’imagine alors devenir acteur. Didier Hoyos, son professeur, décrit un étudiant discret : « C’était quelqu’un qui se tenait au fond, discret, qui travaillait. Un élève relativement calme. »

Même ses camarades ne l’associent pas vraiment au cinéma. Stefano Vaccarello se souvient d’un étudiant avec lequel il s’entendait bien, mais qui ne cherchait pas particulièrement à se faire remarquer : « Ce n’est pas celui qu’on entendait le plus en classe. »

Le casting, lui, avait bien circulé dans l’école. Téo Cools avait même été contacté, mais n’a finalement pas participé. Avec le recul, il regrette d’avoir laissé passer sa chance : « Ah oui, j’ai eu le seum de fou ! J’aurais bien aimé. Franchement, je suis trop content pour lui. »

Ce que Lukas Dhont a vu dans son regard

Pourquoi Emmanuel Macchia plutôt qu’un autre ? Lukas Dhont avait une idée précise des profils qu’il voulait rencontrer. Il s’est notamment rendu dans cette école parce qu’il imaginait que les étudiants travaillant avec la nature et la terre auraient une relation particulière avec leur corps.

Le réalisateur avait ouvert le casting à tous ceux qui souhaitaient tenter leur chance. Emmanuel Macchia, lui, était loin d’être convaincu d’avoir sa place devant une caméra.

« Je ne me sentais pas légitime », reconnaît-il. « Montrer des émotions devant la caméra, ce n’était pas moi. Derrière, pourquoi pas, mais pas devant. »

C’est justement cette réserve qui intrigue Lukas Dhont. « Il était très timide, mais il était intrigué, intéressé », se souvient le réalisateur. Son regard, surtout, lui donne envie d’aller plus loin : « Il y avait quelque chose de très mélancolique dans ses yeux. On sentait son désir d’échapper dans la fiction. »

Pour incarner les deux soldats de « Coward », les acteurs vont ensuite passer plusieurs mois à se préparer. Le film raconte une relation amoureuse dans le contexte de la Première Guerre mondiale, mais son histoire s’inspire aussi de faits réels.

Lukas Dhont a découvert dans les archives des photographies de soldats qui, derrière le front, se travestissaient et montaient des spectacles pour échapper quelques instants à la violence de la guerre.

Une image l’a particulièrement marqué : « Des jeunes soldats, juste derrière le front, qui avaient utilisé des boîtes de munitions pour créer un podium et transformé des sacs de sable en costumes. » Une découverte qui l’a surpris : « Je n’avais jamais vu ces images-là. » Dans « Coward », le réalisateur belge raconte ainsi la passion cachée entre deux soldats et poursuit son travail autour de personnages vulnérables et de questions liées à l’identité de genre.

Le film est en lice pour représenter la Belgique aux Oscars. Quant à Emmanuel Macchia, son premier rôle aura finalement changé ses projets : il a abandonné ses études d’architecture paysagère pour se lancer dans le cinéma.

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