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Romain Grégoire se confie sur les conditions caniculaires qui ont marqué le début du Tour de France : « On se fait plus du mal qu’autre chose »

En souffrance en ce début de Tour de France, à l'image d'une bonne partie du peloton, le champion de France Romain Grégoire s'est confié sur les conditions extrêmes qui accablent les coureurs cet été.

Contrairement à ses coéquipiers, Romain Grégoire (Groupama-FDJ United) n'a pas roulé lors de la première journée de repos qu'il attendait « avec impatience, même si la fin de semaine a été moins horrible que le début ». Déshydraté, le champion de France raconte avoir perdu entre « 1,5 et 2 kg », un poids qu'il avait repris lundi et qui lui faisait espérer un sursaut, peut-être dès mardi au Lioran.

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Jeudi, dans l'étape pyrénéenne remportée par Tadej Pogacar, il a ressenti de « la honte à être dans le gruppetto avec le maillot de champion de France, l'une des pires journées de [sa] carrière » qu'il a conclue en pleurs. « Ce n'est pas l'image que j'ai envie de montrer, au fond du trou, mais c'est le jeu aussi du Tour de France », relativise-t-il désormais, une bouteille d'eau à la main, dans la cour ombragée de son hôtel, à Aurillac.

« À Gavarnie, vous êtes apparu comme l'étendard d'un peloton en souffrance...
Quand on en parle entre coureurs, tout le monde se dit fatigué, en bout de course, que ce début de Tour est super épuisant. Et en même temps, dès que le drapeau est baissé, tout le monde part à fond, et ça va à une vitesse de dingue. Donc on se demande si les mecs sont vraiment fatigués ! Mais oui, cette image (de lui en pleurs, jeudi), c'est aussi l'image du Tour de France. On voit beaucoup les paillettes, le maillot jaune, les mecs qui lèvent les bras. Mais au final, un paquet derrière est dans la souffrance, juste pour finir les étapes. Il ne faut pas banaliser ce qu'on fait. Les efforts répétés tous les jours, à monter des cols sous cette chaleur, à cette vitesse-là, c'est vraiment difficile. Et même les vainqueurs souffrent énormément. Ça montre aussi une autre facette du Tour. Ce n'est vraiment pas une course comme les autres. On s'en rend compte encore cette année.

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"Ce que nous ne ferions pas faire à des mulets, nous le faisons." C'est une citation des frères Pélissier dans l'article d'Albert Londres, "les Forçats de la route", sur le Tour 1924. Rien n'a changé ?
J'aurais des propos un peu plus modérés. On est quand même content d'être là, on a choisi d'être là. Après, quand on voit les épisodes de canicule où l'on demande aux gens de ne pas sortir de chez eux, de faire le moins d'efforts physiques possible, et que nous, on se tape des courses de 200 kilomètres, au max de ce qu'on peut faire... On est un peu en marge de la société. Quand on pense au sport, on pense au sport santé. On en est à des années-lumière. Là, on se fait plus du mal qu'autre chose.

Vous avez le sentiment de mettre votre santé en péril, ces jours-ci ?
Non, je n'irai pas jusque-là. C'est sûr que ce n'est pas bon pour la santé. Après, la mettre en péril, je ne sais pas. On s'entraîne pour ça. On a tous fait de gros entraînements sous la chaleur. On a un staff hyper compétent qui met tout en place pour nous rafraîchir au maximum. On arrive à faire en sorte que ce soit faisable. Je ne vais pas dire raisonnable mais faisable.

« Ce qui paraît le plus faisable logistiquement, ce serait d'adapter les horaires. Si on pouvait faire des départs à 9 heures, 9 h 30 et arriver vers 13 heures, 13 h 30, on éviterait quand même les heures les plus chaudes »

Tadej Pogacar a émis l'idée de ne plus organiser de course, l'été, dans les pays chauds.
Ça serait beau sur papier, mais ce n'est tout simplement pas possible. En mars, on se plaint que Paris-Nice soit sous la neige et qu'il faudrait changer le calendrier. À chaque période de l'année, on a des difficultés avec la météo. On a un sport en extérieur et il faut s'adapter. Comment ? Il n'y a pas 15 000 solutions. Ce qui paraît le plus faisable logistiquement, ce serait d'adapter les horaires. Si on pouvait faire des départs à 9 heures, 9 h 30 et arriver vers 13 heures, 13 h 30, on éviterait quand même les heures les plus chaudes de la journée et ça limiterait déjà les dégâts. Les périodes de canicule, on commence à s'y habituer, ça devient de plus en plus fréquent. Il va falloir quand même faire quelque chose. Même si je n'ai pas l'impression de mettre ma santé en danger, il peut y avoir un accident un jour, un coureur qui fait un malaise. Il serait bien de prendre des mesures avant.

Dès ce Tour ?
Maintenant que la machine est lancée, c'est un peu compliqué. Mais ça serait bien qu'on prenne des décisions assez rapidement, de ne pas attendre septembre ou l'hiver pour en reparler, une fois que tout le monde sera passé à autre chose.

En 1978, porteur du maillot de champion de France, Bernard Hinault, avait été poussé à mener la grève (*). Vous incite-t-on aussi à prendre la parole ?
Non, ce n'est pas du tout mon rôle. Je n'ai que 23 ans, d'autres coureurs ont beaucoup plus de recul, d'expérience, peut-être plus de charisme aussi. Ce n'est pas forcément à moi de prendre la parole. Mais c'est sûr que la solidarité des coureurs peut faire changer les choses. Même si on voit que la solidarité des coureurs, c'est compliqué... Quelques-uns acceptent bien la chaleur et tirent avantage de cette situation. Ça me paraît compliqué que 100 % du peloton arrive à tomber d'accord et qu'on prenne des décisions ensemble. Mais ce serait bien qu'on arrive à tendre vers cela. »

(*) Le peloton protestait contre les départs trop matinaux et les transferts trop longs, notamment lors des journées comportant des demi-étapes.

La chaleur joue les prolongations jusqu'à vendredi

C'est désormais la compagne un peu encombrante de ce début de Tour : la chaleur. Depuis les premiers coups de pédale à Barcelone, le peloton a dû composer avec un thermomètre qui s'affole, et ce n'est pas terminé. Selon Météo-France, il devrait encore faire plus de 30 degrés ce mardi entre Aurillac et Le Lioran, avant une nouvelle montée en température avec 38 °C mercredi entre Vichy et Nevers et 35 °C jeudi vers Chalon-sur-Saône. Il faudra patienter jusqu'à vendredi pour retrouver un peu d'air, avec des températures nettement plus agréables (autour de 25 °C) pour les étapes dans l'est de la France. E.Th.