“On ne peut pas se laisser mettre dehors… à nos âges, c’est intolérable, c’est comme s’ils nous tuaient” : à Toulouse, près de 2 000 signatures réunies pour sauver ces petites maisons ouvrières
Au nord de Toulouse, la contestation enfle face au projet de démolition qui menace la cité-jardin Georges-Hyon, nichée dans le quartier des Argoulets. Bâties dans les années 1930, les dix-sept petites maisons ouvrières aux jardins soigneusement entretenus incarnent un patrimoine populaire et une mémoire collective aujourd'hui en péril. Confrontés à la pression immobilière et aux velléités de densification du secteur, ses résidents, souvent âgés de 70 à 90 ans, refusent de voir disparaître le
l'essentiel Au nord de Toulouse, la contestation enfle face au projet de démolition qui menace la cité-jardin Georges-Hyon, nichée dans le quartier des Argoulets. Bâties dans les années 1930, les dix-sept petites maisons ouvrières aux jardins soigneusement entretenus incarnent un patrimoine populaire et une mémoire collective aujourd'hui en péril. Confrontés à la pression immobilière et aux velléités de densification du secteur, ses résidents, souvent âgés de 70 à 90 ans, refusent de voir disparaître leur cadre de vie. Mobilisés chaque semaine sur le marché de Soupetard, ils ont déjà rassemblé près de 2 000 signatures pour défendre leurs logements et proposent à leur bailleur social une alternative fondée sur la réhabilitation.
Menacées de démolition aux Argoulets, les petites maisons ouvrières de la cité-jardin Georges-Hyon ne se laisseront pas raser sans lutter : au nord de Toulouse, la pétition pour leur sauvegarde approche déjà les 2 000 signatures. "À ce jour, nous sommes exactement à 1 826 signatures dont 390 par internet", précise Jean-Pierre Viguier, l'un des locataires depuis 50 ans, de l'avenue de la Juncasse. Comme ses voisins concernés par les rumeurs de démolition, ce retraité ne ménage pas ses efforts pour sensibiliser les gens, notamment sur le marché de Soupetard, le samedi matin, à la menace qui pèse désormais sur leurs habitations datant de 1930, aujourd'hui propriété du bailleur social Toulouse Métropole Habitat.
"Tous les commerçants de la rue Louis Plana sont avec nous", affirme Éloïse, une autre locataire engagée dans la collecte de signatures.
"On sent que nos petites maisons sont encore plus menacées"
Malgré le soutien populaire du quartier à leur cause, l'inquiétude des locataires de la cité-jardin Georges-Hyon concernant l'avenir de leurs logements n'est pas retombée. Bien au contraire. "On sent que nos petites maisons sont encore plus menacées qu'avant", annoncent-ils.
Au-delà de leurs petites maisons, aux jardins bien léchés, c'est l'esprit villageois et pionnier de la cité Georges-Hyon et la solidarité dont elle fait toujours preuve, que ses habitants défendent. "Récemment, Toulouse Métropole Habitat a proposé de me recevoir seul, sans la présence de l'association Toulouse 7 Notre quartier", regrette le retraité. "Or depuis le début, on est un groupe de locataires et sans le groupe, on n'est rien. Aussi, soit on se met tous autour de la table, soit c'est personne. Tous les locataires souhaitent assister à cette rencontre, mais en présence de l'association de quartier qui nous soutient depuis le départ. Il n'y a pas de raison que ça s'arrête", tranche Jean-Pierre Viguier.
"Ici, on n'est pas chez les Thénardier, c'est méprisant"
De plus, les habitants de la cité-jardin Georges-Hyon se disent "choqués" par les propos tenus par l'élu en charge de l'urbanisme au sujet de leurs habitations. "Il parle de pavillons vétustes alors que nous ne l'avons jamais vu dans notre quartier. Ici, on n'est pas chez les Thénardier, c'est méprisant", s'indignent les locataires. "En dehors des crépis des façades qui n'ont pas été ravalées depuis 25 ans, nous l'invitons à venir visiter l'intérieur", ajoutent-ils.
Pire encore, les locataires ont l'impression que leur bailleur social leur cache quelque chose depuis le début "et ne nous dit pas la vérité d'entrée. Si bien qu'on n'a plus confiance", regrettent-ils.
Autant de faits qui ne font que renforcer leur combativité et leur détermination. "Nous sommes encore plus soudés", reconnaît Jean-Pierre Viguier.
Quant à l'argument de la mairie qui consiste à dire qu'il faut densifier le quartier pour justifier la démolition de leurs maisons, cela les fait bondir. "Dans un rayon de 300 mètres autour de la cité, il a été construit 709 logements, dont 290 pour Toulouse Metropole Habitat. À cela, il faut ajouter les 1 300 logements sur l'ex-site du CEAT et les 620 à venir sur l'ancien site d'Orange", rappellent-ils.
" Nous voulons être force de propositions"
Refusant la fatalité, les locataires ont-ils décidé d'être force de proposition face à leur bailleur social. "Nous allons faire des propositions de réhabilitation maison par maison. Il y en a 17 au total, parce que la réhabilitation avec notamment une isolation par l'extérieur coûtera moins cher que la démolition et la reconstruction", estiment-ils. "Nous demandons aussi la réouverture des maisons qui ont été réhabilitées pour les proposer à de jeunes locataires".
Parmi les actions à venir, les occupants de ces petites maisons entendent continuer leur permanence sur le marché de Soupetard et communiquer sur la valeur patrimoniale de leurs habitations. Conçues sur le modèle des cités-jardins nées en Angleterre, ces maisons figurent d'ailleurs dans les guides de l'office de tourisme.
"Quand on voit comment on a entretenu les logements, on ne peut pas se laisser mettre dehors . Si cela vous arrive à 40-50 ans, vous pouvez toujours rebondir. Mais à nos âges, c'est intolérable. C'est comme s'ils nous tuaient", conclut Jean-Pierre Viguier, qui bichonne sa maison depuis 50 ans.