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“On ne bouge plus la voiture”: dans les campagnes, la hausse des prix des carburants pousse les Français à rester confinés

L'envolée du prix des carburants, envenimée par une guerre au Moyen-Orient qui s'éternise, pèse lourd sur le quotidien des Français. Dans les territoires ruraux très dépendants de la voiture, les habitants doivent désormais calculer leur moindre déplacement. Courses, loisirs, vacances... Des...

Publié aujourd'hui à 06h34

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Un bus et des voitures dans des rues de Rouen (Photo d'illustration).

Un bus et des voitures dans des rues de Rouen (Photo d'illustration). - Flickr - CC Commons

L'envolée du prix des carburants, envenimée par une guerre au Moyen-Orient qui s'éternise, pèse lourd sur le quotidien des Français. Dans les territoires ruraux très dépendants de la voiture, les habitants doivent désormais calculer leur moindre déplacement. Courses, loisirs, vacances... Des Français éloignés des centres-villes racontent à BFM en quoi la flambée des prix de l'énergie les incite à restreindre leurs déplacements à leurs simples trajets domicile travail.

Nathalie, préretraitée de 60 ans, peine à se réjouir de son passage à la retraite dans quelques mois. Au vu des prix à la pompe, cette ancienne salariée du BTP sait déjà qu'elle risque de la passer recluse chez elle, dans la petite commune de Rabastens (Tarn) à plus de 40km de Toulouse où elle habite avec son mari Pierre.

À l'image de nombreux Français, la sexagénaire et son époux sont contraints de réduire drastiquement leur usage de la voiture ces derniers mois face à la hausse considérable des prix des carburants, gonflée par les guerres au Moyen-Orient et en Ukraine. La consommation d'énergie des Français a ainsi reculé de 2,3% au mois d'août, selon l'Insee.

"Les gilets jaunes, ils ne sont pas allés assez loin"

"C'est simple, on ne bouge plus du tout la voiture sauf en cas d'urgence", râle Nathalie, qui se force à faire le maximum d'activités à pied. Malgré tout, elle s'estime "bloquée" ou "confinée comme pendant le Covid" dans un périmètre restreint, et ce contre son gré, d'autant qu'elle ne peut plus se permettre d'aller rendre visite à son petit-fils à une centaine de kilomètres.

Le 17 octobre prochain, Nathalie et son époux prévoient de descendre dans la rue pour manifester contre la flambée des prix des carburants et la vie chère. Pourtant, le couple n'était pas de ceux qui s'étaient mobilisés il y a huit ans, pendant le mouvement des gilets jaunes. "À l'époque, je trouvais qu'ils allaient loin", s'excuse presque Nathalie. "Aujourd'hui je me dis qu'en fait, non, ils ne sont pas allés assez loin".

Désormais avec moins de 2.500 euros de retraite à deux, Pierre et Nathalie essaient de se limiter à 20 litres de gazole, soit 50 euros par mois. Fini le plein de courses en hypermarché à Gaillac, à 35km, pour cette jeune retraitée: ces dernières semaines, elle a pris l'habitude d'aller faire ses courses à pied à la supérette du coin, au jour le jour.

"Au moins on marche, c'est bon pour la santé, mais honnêtement ça donne l'impression de régresser. On se contraint sur tout", confie cette femme, qui explique avoir décliné une sortie au restaurant la semaine prochaine en raison du prix du gazole.

Restaurant, vacances… "On n’y va plus, on se prive"

Un comportement impensable pour eux il y a encore quelques années. "Avec mon mari on vivait très bien avant 2020, on partait en vacances, on s'octroyait quelques plaisirs. Maintenant on ne peut plus et on n’est loin d'être les seuls: autour de moi, les gens n'en peuvent plus".

"On ne va plus au restaurant, on se prive, ça fait trop loin. Au début on voulait quand même garder notre petit confort. On se restreignait sur le carburant mais on se faisait un petit plaisir de temps à autre, avec un bon bifteck par exemple", illustre-t-elle, en colère. "Mais maintenant, ce n'est plus rien du tout".

Il y a deux mois après des problèmes d'impayés, Régis n'a eu d'autre choix que de se séparer de son véhicule thermique. Cet homme de 53 ans, en invalidité pour diverses pathologies liées au cœur et au diabète, effectue désormais tous ses déplacements avec sa petite moto de 125 cm³, qui consomme nettement moins. Une décision de raison au vu des prix de l'essence, mais qui complique beaucoup son quotidien en pleine campagne, dans un petit village de 650 habitants, à Garnat-sur-Engièvre (Allier).

"Ça m'isole car je me limite au strict minimum au niveau des sorties. Sans voiture en pleine campagne c'est compliqué, on ne peut pas faire grand-chose", reconnaît cet homme célibataire, qui lui aussi privilégie les courses au jour le jour dans les épiceries de proximité. "Maintenant ça sera sûrement la 120 cm³ été comme hiver".

"C'est devenu un luxe"

Une fois par mois, le quinquagénaire se fait même conduire au supermarché en voiture par des voisins pour faire le plein de courses, ne serait-ce que pour les grosses commissions. Par générosité, certains l'emmènent même deux fois par semaine à l'hôpital, à 110km, pour ses rendez-vous médicaux ou administratifs.

"J'essaie de me débrouiller mais je ne veux pas trop les solliciter non plus", explique Régis, qui a ainsi dû faire une croix sur son bien-être et le peu de loisirs qu'il s'accordait. Depuis peu, il a abandonné ses consultations d'ergothérapie et les activités associatives qu'il affectionnait. Il a notamment arrêté le bénévolat au secours catholique, et il se rend moins régulièrement au club de rugby de sa commune pour entraîner les jeunes.

"Ça me faisait du bien mais c'est devenu du luxe", regrette cet homme, qui essaie d'économiser en cuisinant et en confectionnant son pain, ses yaourts et ses propres conserves maison.

Sébastien, lui, est serveur à Chaniers, près de Cognac (Charente). Chaque jour, il effectue deux allers-retours de 50km pour se rendre sur son lieu de travail. "Je fais quatre trajets par jour puisque j'ai une coupure obligatoire entre 15 heures et 18h30", raconte cet homme de 50 ans, qui bénéficie du leasing social pour véhicule électrique depuis deux ans. "Heureusement!", s'exclame-t-il, "car depuis peu je dois aider mon mari à payer son plein d'essence une fois par mois".

"Ça me fait tout drôle d'en arriver là", confesse ce salarié, dont le conjoint effectue ses trajets quotidiens avec un véhicule thermique. "On ne s'en sort pas, on travaille tous les deux, on ne fait aucun excès mais ça coince à un endroit", souffle-t-il. "Et malheureusement en campagne on est tenus à la voiture, on ne peut pas faire sans".

"Étranglés dans nos déplacements"

Cet été, le couple, qui gagne 3.200 euros par mois, n'a trouvé d'autre choix que de se priver de vacances et de sorties pour rester à flots. "On vient de terminer deux semaines de vacances, mais pour la première fois on n’a presque rien fait", raconte le quinquagénaire. "La seule chose qu'on a faite c'est d'aller se promener sur Royan avec la voiture électrique, mais on n’osait pas trop bouger de peur de trop consommer. On rentrait même manger à la maison car là-bas tout est cher, alors qu'avant on allait parfois jusqu'à Bayonne".

"La situation est anxiogène...", témoigne-t-il. "On a un toit sur la tête, mais on est étranglés dans nos déplacements et on ne peut rien faire à part patienter. Alors on se restreint sur les vacances, on ne bouge pas plus que le strict nécessaire: on se lève et c'est toujours le même 'train-train'. Lorsqu'on a trois occasions de bouger, on ne va en choisir qu'une seule parce qu'il faut faire attention".

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L'aide aux grands rouleurs a été prolongée jusqu'à la fin de l'année et le nombre de bénéficiaires potentiels élargi à 5,5 millions de personnes, a annoncé fin septembre. Certains responsables politiques craignent la résurgence de mouvements du type Gilets jaunes, qui protestaient à l'époque contre l'augmentation d'une taxe sur les carburants, alors que cette fois l'inflation tient à une guerre lointaine.

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