On l’appelle la plante à fourmis en raison de la capacité de ses feuilles creuses
Posée sur une étagère, elle ressemble à n’importe quelle plante grasse au feuillage ciré. Sauf que, dans sa jungle d’origine, cette liane loue ses feuilles à une armée de fourmis et se nourrit de ce qu’elles y ...
Posée sur une étagère, elle ressemble à n’importe quelle plante grasse au feuillage ciré. Sauf que, dans sa jungle d’origine, cette liane loue ses feuilles à une armée de fourmis et se nourrit de ce qu’elles y abandonnent. La plante à fourmis a inventé un troc gagnant.

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Publié le 19/10/26 à 19:30
En disséquant une discrète liane tropicale, trois chercheurs de l’université de l’Utah ont découvert qu’elle se nourrit de ses colocataires, tirant près d’un tiers de son azote des déchets que des fourmis entassent dans ses feuilles creuses, d’après une étude parue en 1995 dans Nature. La plante à fourmis loue le gîte à une colonie entière et se paie en retour sur ses ordures et son souffle.
Un studio meublé contre un peu de compost et de gaz carbonique
Le principe repose sur un échange de bons procédés. Certaines feuilles de la plante forment des poches renflées d’une douzaine de centimètres, semblables à de petites urnes. À l’intérieur, des fourmis du genre Philidris trouvent refuge, élèvent leurs larves et accumulent cadavres, restes alimentaires et déjections. Peu à peu, la plante développe des racines dans ces cavités pour puiser les nutriments de ce compost improvisé.
Cette étonnante cohabitation profite largement aux deux partenaires. La Dischidia major récupère ainsi près de 29% de son azote dans les déchets laissés par les fourmis. Elle absorbe également jusqu’à 39% de son carbone grâce au CO₂ rejeté par la colonie. En échange, les insectes disposent d’un abri protégé et défendent leur hôte contre les visiteurs indésirables. Ils n’hésitent d’ailleurs pas à mordre ceux qui s’aventurent sur le feuillage.
La plante à fourmis, coqueluche des étagères et cousine de la Hoya
Longtemps cantonnée aux serres de botanistes, la Dischidia a débarqué dans les salons avec la vague des
plantes d’intérieur. Les acheteurs la confondent volontiers avec la Hoya, sa cousine à la cire épaisse et aux tiges retombantes, mais seule la première sculpte ces feuilles en forme d’urne, ces domaties, de vrais logements végétaux pour les naturalistes.
Encore faut-il tomber sur la bonne variété. Les unes alignent de sages feuilles rondes, les autres de longues lames, et une poignée seulement referme ces petites poches. Surtout, en pot et loin de la jungle, la plante tourne sans la moindre fourmi, ce qui déçoit parfois l’amateur venu pour le spectacle. Un œil sur l’étiquette, un autre sur le feuillage, et la méprise s’évite.
L’élever revient à recréer une branche de forêt
Oubliez le pot de terreau bien tassé pour cette grimpeuse. Dans la nature, elle s’agrippe à l’écorce des branches, et c’est ce perchoir qu’il faut lui rendre, avec un mélange très aéré d’écorce fine et de billes drainantes, dans un contenant troué qui ne trempe jamais dans l’eau. L’écorce finit par se déliter et retenir l’humidité, signal qu’il faut rempoter, même si les racines semblent à l’aise.
L’arrosage obéit à une seule règle, détremper puis laisser sécher, car ces racines pourrissent vite en terrain gorgé d’eau. Une tige fripée réclame à boire, une base ramollie sur substrat humide trahit la pourriture. Plaquée contre une vitre très lumineuse mais tamisée, la plante reste trapue et fournie, là où un recoin sombre l’étire en tiges maigrichonnes.
Même sevrée de ses locataires à six pattes, elle conserve ces feuilles en forme d’urne, vestige d’un pacte scellé très haut dans la canopée tropicale, bien avant d’atterrir sur nos étagères.