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« On était au paradis. On l’est encore aujourd’hui » : 324 mineurs et descendants de mineurs accueillis au château d’Agecroft de Mandelieu-la-Napoule, comme il y a très longtemps…

Depuis une semaine, le château de Mandelieu revit ses premières amours. Des mineurs et familles de mineurs célèbrent les 90 ans des congés payés dans ces lieux chargés de souvenirs. Une parenthèse de bonheur, entre mémoire ouvrière, transmission et tourisme social.

Ils ont parcouru plus de 1 000 kilomètres pour franchir, dimanche dernier, les portes du château d’Agecroft. La dernière fois que la plupart avaient déjà fait le voyage, c’était il y a plus de 50 ans avec leurs parents. Les 324 mineurs ou descendants de mineurs (accompagnés d’une équipe de la Voix du Nord), qui résident actuellement au château, partagent tous le même sentiment : celui de vivre un moment précieux, de se sentir accueillis et considérés.

Dès les premiers instants, les regards se sont illuminés, les souvenirs se sont réveillés. « On est arrivés tous les trois avec nos parents, à l’été 1968. On était au paradis. Comme on l’est encore aujourd’hui », raconte Pascal en posant pour la photo avec sa sœur Doriane et son frère Alain, sans les parents cette fois : « Ils nous ont quittés depuis… ». Avec eux, avec tous ces enfants de l’or noir se souvenant du « bleu de la mer », de la « roche rouge de l’Esterel », des cactus et de cette « vie de château », l’histoire collective a repris vie.

Pour comprendre l’émotion de cette journée, il faut remonter à l’après-guerre, lorsque le château d’Agecroft a été racheté par les Houillères du Bassin du Nord - Pas-de-Calais dans la volonté d’accueillir les familles de mineurs et de les remercier pour leur engagement dans la bataille du charbon. « À une époque où la reconstruction du pays reposait aussi sur les épaules de ces hommes et de ces femmes, leur offrir des moments de repos et de découverte était une manière concrète de reconnaître leur contribution », raconte Hacène Harchi, directeur du château.

Les personnalités [1] venues saluer les mineurs l’ont rappelé, chacune à leur tour : l’accueil des familles s’inscrivait alors dans une démarche de solidarité. Il ne s’agissait pas simplement d’offrir des vacances, mais de permettre à ceux qui avaient tant donné de profiter, eux aussi, de lieux privilégiés.

Mandelieu, ville de Ch’tis

Cette histoire, ravivée à l’occasion des 90 ans des congés payés à l’initiative de Miléade — en partenariat avec le Secours Populaire Français du Nord et du Pas-de-Calais ainsi que Maisons et Cités —, témoigne de l’esprit qui a accompagné les premières grandes initiatives du tourisme social.

Une initiative qui a fait prendre un vrai tournant à Mandelieu car, aujourd’hui, près de 80 ans après les premiers vacanciers d’Agecroft, on estime entre 30 et 40 % la proportion d’habitants originaires du Nord dans la commune.

Le maire, Sébastien Leroy, est venu le rappeler aux vacanciers : « Vous avez donné une âme à toute une ville. Aujourd’hui, je l’affirme : Mandelieu-la-Napoule est une vraie ville de Chtis, l’enclave du Nord - Pas-de-Calais sur la Côte d’Azur ! » L’Amicale des gens du Nord le confirme, avec un effectif d’adhérents qui ne cesse de grimper : « Ce matin encore, nous avons accueilli des petits nouveaux », a témoigné Brigitte Lancel, sa présidente.

La mahu et le mineur

La photo s’imposait. Jacqueline et Marcel. Elle, habillée en trieuse (« en mahu ou cafu »), avec son petit fichu et son tablier : « Un métier difficile et dangereux, qui exposait autant que celui de la mine à la silicose avec les poussières ».

Lui, en mineur, avec son casque et sa petite lampe si symbolique. « On n’a pas imaginé revenir ici autrement qu’habillés comme ça. Dans le Nord, on parcourt les écoles et collèges pour raconter ce qu’était la vie des mineurs et on transmet. C’est ce qu’on continue à faire aujourd’hui… », a expliqué cet ancien mineur de la Fosse 1 de Liévin. Comment ne pas fondre devant cette magnifique image et ces souvenirs ? Nous, on n’a pas résisté…

[1] Julien Faucher, président de Miléade ; Anthony Juan, président de la CCAS EDF ; Michelle Demessine, présidente de l’UNAT et ancienne ministre du tourisme, etc.