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“On est sur le terrain pour raconter ce qui se passe”: comment les médias “sociaux” sont devenus les témoins privilégiés et “sans jugement” de la mobilisation lycéenne

Depuis le début de la mobilisation lycéenne le 25 septembre 2026, les médias présents sur les réseaux sociaux sont en première ligne. Célébrés par les jeunes face aux médias dits traditionnels, ils offrent une couverture différente d'un mouvement qui a fait de ces plateformes un point central de sa...

"On est sur le terrain pour raconter ce qui se passe": comment les médias "sociaux" sont devenus les témoins privilégiés et "sans jugement" de la mobilisation lycéenne

Publié aujourd'hui à 14h03

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Depuis le début de la mobilisation lycéenne le 25 septembre 2026, les médias présents sur les réseaux sociaux sont en première ligne. Célébrés par les jeunes face aux médias dits traditionnels, ils offrent une couverture différente d'un mouvement qui a fait de ces plateformes un point central de sa communication et de sa constitution.

"Nous sommes en direct". Cette phrase, vous l'avez peut-être entendue en tombant, sur Tiktok, sur un live lancé par Brut (média appartenant à CMA Média, propriétaire de BFMTV). Elle est prononcée par Rémy Buisine, principal journaliste du média présent dans toutes les grandes manifestations et blocages de ces trois dernières semaines en France.

Très regardés, les vidéos et le dispositif du média essentiellement présent sur les réseaux sociaux connaissent un pic de visionnage depuis le début des mobilisations lycéennes. Apprécié des jeunes, il cherche à apporter une couverture différente des événements, avec une ligne éditoriale qui puise son essence dans la jeunesse, tout en faisant participer des politiques de tout bord. Hugo Décrypte, Brut, mais aussi Loopsider… comment expliquer ce regain d'intérêt pour l'information, à l'heure de la défiance des jeunes envers les médias traditionnels?

Les jeunes ont "soif de s'informer, il faut passer outre les a priori"

"La jeunesse est lassée de la manière dont l'information est traitée dans les médias," nous expliquait Anne Cordier, professeure des universités en sciences de l'information et de la communication, le 2 octobre dernier. "Elle s'intéresse pourtant à l'information sous toutes ses formes. Mais celle où ils se retrouvent le plus, c'est dans des formats, comme ceux d'Hugo Décrypte ou de Brut."

Pour cette spécialiste, cette tendance devrait "nous amener à réfléchir collectivement au format de l'information". Un point de vue partagé par Rémy Buisine, avec lequel BFM Tech a pu s'entretenir, et également par Johan Hufnagel, cofondateur de Loopsider.

"Ce qu'on entend par média 'social', c'est que ce sont des médias essentiellement présents sur les plateformes sociales, dont les contenus sont conçus pour être partagé," explique Johan Hufnagel. "Ça ne veut pas dire qu'ils marchent forcément mieux que ceux de BFM", met-il en perspective, "mais ils sont conçus pour les plateformes et pour les algorithmes, cela se voit dans la façon dont ils sont écrits."

Par rapport à des vidéos reprisent de la télévision - comme c'est le cas sur les chaînes d'information BFM, LCI ou encore Franceinfo - les vidéos conçues dès le départ pour les réseaux sociaux sont pensées différemment, conçues pour une certaine viralité. Mais là n'est pas la seule clé de leur succès. Le ton et les sujets traités sont également adaptés, "sans tomber dans le clic facile", souligne le cofondateur de Loopsider.

"Le pari de Brut, au départ, ça a été de se dire que les jeunes ont une conscience, une intelligence, et qu'ils ont envie, comme tout un chacun, de s'informer. Il faut passer au-delà des jugements. Les jeunes ont envie de comprendre le monde qui les entoure, et encore plus celui qui sera le leur demain", témoigne Rémy Buisine. "Au travers des multiples crises de cette dernière décennie, les jeunes ont eu envie de s'informer. Ils ont soif de s'informer, il faut passer outre les a priori."

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La place qu'occupent Brut et Loopsider dans le paysage "social médiatique", tout comme chez les jeunes, explique aussi comment ils peuvent évoluer plus facilement dans ces mouvements par rapport aux médias traditionnels.

"On est un média qui est suivi par la jeunesse, on est présent sur les réseaux sociaux en tant que média numérique, et une grande partie des lycéens s'informent via des médias comme Brut," explique Rémy Buisine. "On a une proximité avec eux depuis des années, car les thématiques qui sont les leurs, et qu'ils soulèvent aujourd'hui, on en parle depuis longtemps, par exemple les rythmes scolaires, Parcoursup, le pouvoir d'achat et la précarité."

"Nous traitons les sujets liés à la jeunesse depuis très longtemps, sur les professeurs, les élèves, sur les premiers mouvements, je pense qu'on était à la fois attendu, par les manifestants et par les algorithmes qui nous ont beaucoup aidés," suppose Johan Hufnagel.

Une couverture "sans jugement"

Face aux manifestants, l'idée est alors d'arriver "sans jugement pour leur donner la parole", avant de montrer l'ensemble des faits, par exemple la manière dont la solidarité se crée avec les passants, "ou lorsque, à la fin d'un blocus, tout est nettoyé et rangé". Bien entendu, cela n'implique pas pour autant de cacher les violences éventuelles: "On essaye d'avoir une couverture la plus globale possible."

Brut réalise des vidéos courtes, mais également un direct, diffusé presque en permanence: "Ce qui est important, c'est la réactivité, avec des sujets sur le terrain qui sont tournés, montés et diffusés rapidement, pour être en phase avec l'actualité de l'instant. On est sur un mouvement qui évolue très vite."

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Le média s'appuie sur "un collectif de journalistes" sur le terrain et à la rédaction pour proposer des reportages et du décryptage: "On veut avoir une couverture complète qui allie la fiabilité des informations à la réactivité. La fiabilité est très importante au vu du contexte, car on est dans un écosystème, les réseaux sociaux, où les fausses informations circulent parfois très vite. Notre rôle en tant que journaliste, c'est d'avoir une information fiable, vérifiée et recoupée."

"Sur un événement comme la grande manifestation à Bastille, on avait deux journalistes à l'intérieur, plus chevronnés, mais aussi trois journalistes à l'extérieur, pour capter des moments moins négatifs. Notre objectif est de montrer un événement dans son ampleur, tout en ne détournant pas le regard sur les violences. C'est aussi ça qui fait la différence d'un média comme Loopsider," estime Johan Hufnagel.

Comment la mobilisation lycéenne s'organise-t-elle sur les réseaux sociaux?

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La nécessité d'un ton différent sur tous les sujets

Quand on lui demande ce qui explique la défiance des jeunes envers les médias traditionnels par rapport à des médias comme Brut, Rémy Buisine ne veut pas tomber dans la comparaison.

"Les situations sont différentes. Il y a des médias qui ont un accueil assez hostile, d'autres un peu moins. Mais il y a aussi des moments où la présence des journalistes est saluée, car les manifestants ont envie que ce soit médiatisé. Je ne rentrerais pas dans un point de comparaison, je dirais juste que la défiance envers les médias est quelque chose qui existe depuis des décennies. C'est quelque chose qui est ambiant. On a néanmoins toujours des jeunes qui sont contents de voir qu'il y a une couverture."

Pour couvrir les différents mouvements, Brut recourt à un dispositif "assez simple". "On a une moto presse et on sillonne de nombreux lycées différents." L'objectif est de faire à la fois des établissements présents dans des grandes villes, comme Paris, mais aussi dans ceux de quartiers populaires "car les revendications ne sont pas forcément les mêmes". Rémy Buisine cite notamment celles dédiées au délabrement des lycées, et qui concernent essentiellement ceux présents dans les banlieues.

"C'est important de ne pas se cantonner à un seul endroit," explique-t-il. Et pour les régions, Brut se charge de "remonter des images" en s'appuyant sur des vidéos tournées par des lycéens, envoyées directement par eux ou récupérées par les équipes du média.

Brut s'assure d'adopter "un ton qui est le même depuis dix ans". "Il n'y a pas de consignes particulières (dans le traitement de l'information) sur ce mouvement-là. On veut que le ton soit pédagogique pour donner à chacun les clés de compréhension. Nous ne sommes pas dans l'éditorialisation, pas dans le jugement de valeur, on ne donne pas notre avis en donnant les bons et les mauvais points. On est sur le terrain pour raconter ce qui se passe. C'est l'essence même du métier de journaliste."

Avec le mouvement en cours, Brut a, sans surprise, constaté une augmentation des visionnages sur les plateformes où la vidéo est reine: Tiktok et Instagram. Le média numérique assume "un énorme suivi de ces deux plateformes" sans négliger le reste. "Brut n'est pas qu'un média suivi par les jeunes," rappelle Rémy Buisine, "il est aussi regardé par les parents et les grands-parents". Presque tout le monde dispose d'un compte sur les réseaux sociaux.

Même constat pour Loopsider, qui a de son côté observé une hausse sensible d'audience sur ses sujets sur Tiktok, où les vidéos journalistiques côtoient plus facilement celles captées par les manifestants.

En définitive, à les écouter, le seul frein au journalisme des médias sociaux n'est finalement qu'un détail technique essentiel. "C'est très compliqué de faire des directs lors des manifestations car il y a beaucoup de monde, et le réseau est difficilement utilisable", conclut Rémy Buisine.

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