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“On est confrontés aux États-Unis de Donald Trump” : comment une PME française s’est-elle retrouvée sur la liste noire américaine ?

C’est l’histoire d’une petite usine française sur le point de fermer… à cause de Donald Trump. Une entreprise et sa trentaine de salariés dans la Nièvre se sont retrouvés sur la liste noire américaine. Sa maison mère serait contrôlée par un homme d’affaires iranien sanctionné par Washington. La société est aujourd’hui en voie de liquidation. "L'Œil du 20 Heures" a enquêté.

Publié le 08/10/2026 22:53

Mis à jour le 08/10/2026 22:53

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Article rédigé par France 2, L'Oeil du 20 heures - L. Beaujour, L. Brisson, G. Messina, X. Lepetit, M. Le Rue - Édité par l'agence 6Medias

France Télévisions

C’est l’histoire d’une petite usine française sur le point de fermer… à cause de Donald Trump. Une entreprise et sa trentaine de salariés dans la Nièvre se sont retrouvés sur la liste noire américaine. Sa maison mère serait contrôlée par un homme d’affaires iranien sanctionné par Washington. La société est aujourd’hui en voie de liquidation. "L'Œil du 20 Heures" a enquêté.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.


Au cœur de la Bourgogne, une PME se retrouve en faillite à cause d'une décision prise par Donald Trump en personne dans sa guerre contre l'Iran. Vous ne voyez pas le lien ? C'est normal. "L'Œil du 20 Heures" vous explique. En arrivant sur le site de la Nivernaise de Raffinage, le silence est total. L'usine fabrique du biocarburant en réutilisant des huiles végétales usagées : "Normalement, ce sont des installations qui nous permettent de produire 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, du biodiesel. Aujourd'hui, tout est à l'arrêt, et vous le voyez, il n'y a aucun salarié présent sur le site", nous indique Geoffrey Minart, salarié de l'usine.

Un site fantôme, depuis que son nom est apparu sur la liste noire du Trésor américain. Dans un document, Washington cible des dizaines d'entreprises pour leur lien avec l'Iran. On y trouve des grands groupes de transports chinois, des négociants pétroliers de Dubaï, mais aussi, notre fameuse PME bourguignonne. C'est écrit noir sur blanc, et même en gras : "la Nivernaise de Raffinage".

Comment son nom a-t-il pu se retrouver sur cette liste ? Tout commence en 2024. L'entreprise est en difficulté. Elle est alors rachetée et relancée par Wellbred, un groupe pétrolier international dont le siège se trouve à Singapour. Mais ce sauvetage industriel va virer au cauchemar. Car Wellbred est dans le viseur des États-Unis : le groupe est accusé d'être lié à Mohammad Shamkhani, un homme inconnu du grand public, mais très proche du régime iranien. Voilà pourquoi les États-Unis ont placé Wellbred et toutes ses filiales sur liste noire. "Aujourd'hui, nous voulons que ce soit clair. Personne ne peut échapper aux sanctions américaines", a prévenu fin août Scott Bessent, le secrétaire au Trésor des États-Unis.

Contacté par mail, Wellbred ne nous a pas répondu. Mais sa filiale française, déjà fragilisée par des baisses de commandes, vient d'annoncer sa liquidation judiciaire, au grand dam de ses 33 employés. "Ça nous a fait un sacré coup sur la tête, parce que c'est complètement inattendu. Là, on est clairement confrontés aux États-Unis de Donald Trump. Vous vous posez des questions, quand vous voyez une enquête du FBI : 'Ah bon ? Ça n'existe pas que dans les films ?'", commente Didier Nisgand, salarié de la Nivernaise de Raffinage.

Avec les sanctions américaines, c'est le début d'un engrenage infernal pour l'entreprise. Sa banque, un grand établissement français, annule tous ses contrats. L'un des banquiers nous le confirme, sous couvert d'anonymat : "De toute façon, cette entreprise est morte en Europe. Il n'y a pas une boîte qui fait du commerce international qui voudra bosser avec eux après ces sanctions."

C'est la force des sanctions américaines. Tous les partenaires commerciaux se retirent les uns après les autres pour ne pas risquer d'être placés sur liste noire à leur tour. "Toutes les banques vont donc prendre un risque. Je continue de conclure des contrats avec cette entreprise sous sanctions, et donc mon risque, c'est d'être rayé du marché américain, ou je mets fin au contrat. En général, on met fin au contrat", résume Daniel Mainguy, professeur à l'École de Droit de la Sorbonne.

Selon nos informations, le ministère de l'Économie aurait tenté de négocier avec les Américains, mais Bercy n'a pas répondu à nos questions. Les salariés de la PME espèrent malgré tout être rachetés par un nouvel actionnaire qui leur permettrait de sortir de cette liste noire.

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