REPORTAGE. “On a tous chialé en arrivant” : dans la forêt de Fontainebleau, la désolation après l’incendie qui a ravagé la faune et la flore
Alors que les flammes ont parcouru plus de 2 000 hectares et que des reprises de feu continuent, franceinfo a pu suivre des agents de l'Office national des forêts, alors qu'ils revenaient pour la première fois dans ce massif réputé pour sa biodiversité.
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Publié le 19/07/2026 06:39
Temps de lecture : 4min
Alors que les flammes ont parcouru plus de 2 000 hectares et que des reprises de feu continuent, franceinfo a pu suivre des agents de l'Office national des forêts, alors qu'ils revenaient pour la première fois dans ce massif réputé pour sa biodiversité.
A chaque pas, un panache de fumée jaillit de la couche épaisse de poussière qui jonche désormais le sol de la réserve biologique de la Haute-Borne, dans la forêt de Fontainebleau. "C'est la première fois que nous remettons les pieds ici. Tout a été littéralement réduit en cendres", souffle Morgane Souche, cheffe de projet biodiversité à l'Office national des forêts (ONF), jeudi 16 juillet. A cette saison, habituellement, les bruyères commencent à fleurir, tapissant de rose cette lande protégée. Mais l'incendie qui a ravagé plus de 2 000 hectares depuis le 12 juillet a laissé à nu les bancs de grès et les sols sableux de cette forêt où vivent environ 15 000espèces animales et végétales.
Seuls les hauts pins et les imposants chênes sont encore debout. Mais pour combien de temps ? "Ne restez pas sous les arbres, ils risquent de tomber !", prévient l'agente en uniforme vert de l'ONF. Si les cimes semblent avoir été relativement épargnées par les flammes, les troncs, eux, sont calcinés, tout comme une partie des racines, signant leur arrêt de mort. "D'ici à quelques semaines, les aiguilles vont roussir, certains arbres peuvent mettre un an ou deux à dépérir", précise la spécialiste. Une partie d'entre eux devront alors être abattus pour éviter le risque de chutes.
Les chants de la forêt semblent avoir également disparu. "On n'entend rien", fait remarquer Morgane Souche en tendant l'oreille. Ni roucoulement, ni hululement. Seul le vrombissement des deux derniers hélicoptères bombardiers d'eau rompt ce silence inquiétant. La forêt de Fontainebleau abrite d'ordinaire une multitude d'espèces d'oiseaux, dont certaines sont rares ou protégées, comme l'engoulevent d'Europe. Quelque 84 couples au ronronnement strident vivent dans le massif, selon le dernier décompte. "Aujourd'hui, on ne les verra pas", signale l'agente de l'ONF. Il en est de même pour les alouettes et les passereaux qui peuplent habituellement cette réserve.
Mais ce n'est pas leur disparition temporaire qui inquiète le plus l'ONF, gestionnaire de cette forêt publique. "La plupart des oiseaux ont pu fuir, les jeunes savaient déjà voler à cette saison", rassure Morgane Souche. Idem pour les mammifères "à grandes pâtes", comme les chevreuils, les cerfs ou les sangliers, qui ont pu rejoindre la partie du massif préservée des flammes. Seuls un petit nombre d'entre eux ont été aperçus, hagards, par des pompiers ou des riverains. "Ce qui nous inquiète, ce sont tous les animaux qui n'ont pas pu fuir, comme les reptiles et les insectes", explique la spécialiste de la biodiversité, qui parcourt ces sentiers depuis sept ans.
La transformation brutale de ce paysage – aux allures désormais lunaires – a été un choc pour les agents de l'ONF. "On a tous chialé en arrivant", glisse l'un d'entre eux, encore ému. "Ce n'est pas facile de voir la forêt dans cet état", confirme Morgane Souche, la gorge nouée. Six ans auparavant, cette émotion avait déjà traversé l'équipe après un incendie qui avait calciné une lande sur neuf hectares. Cette année, la surface parcourue par les flammes est 200 fois supérieure. "Mon cerveau n'est pas encore capable de se rendre compte de ce que cela représente", souffle l'agente ONF, près d'une ancienne mare entièrement desséchée.
Malgré la désolation, des signes de vie devraient rapidement apparaître. "On sait que des mousses, des champignons se développeront dans les cendres", sourit Morgane Souche. "On sait que la nature est forte !", lance-t-elle en pointant le sol, sous lequel des graines peuvent toujours être présentes. Elles seront bientôt complétées par celles que le vent et les oiseaux apporteront. Mais il faudra se montrer patient. "On ne pourra pas aller plus vite que la nature", explique Sophie David, responsable du service environnement et accueil du public à l'ONF.
"Nous entendons tous les appels au bénévolat et nous remercions toutes les personnes qui se manifestent, mais pour le moment, la forêt n'est pas accessible", martèle-t-elle. L'ONF et plusieurs associations ont ainsi rappelé les règles à respecter, alors que l'incendie n'est pas encore complètement éteint et que certaines initiatives individuelles – notamment à destination des animaux – peuvent s'avérer contre-productives.
"La forêt se pense sur le temps long et pas sur le temps de l'émotion."
Sophie David, responsable du service environnement et accueil du public à l'ONF
à franceinfo
De nombreuses étapes sont attendues dans les mois et les années à venir, de l'état des lieux à la gestion des bois brûlés, en passant par la sécurisation de la forêt. "Aujourd'hui, on est encore dans le temps de la lutte contre l'incendie", prévient l'un des agents de l'ONF. L'avion Dash, qui survole la zone à basse altitude, vient soudainement le rappeler. "Il y a une reprise de feu !", lance Sophie David, en pressant le pas vers son véhicule. "Il faut évacuer !"
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