“On a l’impression qu’on veut se débarrasser de nous” : l’appel à l’aide d’une école communale en immersion menacée de disparition
À Ottignies, l'école communale du Centre redoute une fusion qui pourrait compromettre son projet éducatif unique. Le bourgmestre, lui, parle d'une nécessité et évoque un contexte de dénatalité qui touche la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Au début du mois d'octobre, les parents de l'école communale du Centre, à Ottignies, ont appris la possibilité d'une fusion de leur établissement avec l'athénée Paul Delvaux (réseau WBE). Un projet motivé par deux arguments.
D'un côté, la Commune évoque un contexte généralisé de dénatalité. Pendant l'année scolaire 2025-2026, 17 implantations scolaires ont ainsi dû fermer en raison d'un nombre insuffisant d'élèves résultant de la baisse de la natalité, indique la ministre de l'Enseignement Valérie Glatigny. Ottignies n'est pas épargnée. L'ensemble de ses écoles communales, soit huit implantations, comptent cette année déjà 35 écoliers en moins, et par conséquent 2 ETP (équivalents temps-plein), selon le bourgmestre Nicolas Van der Maren. De l'autre, l'école n'atteindrait pas le seuil minimum de 140 élèves, qui conditionne le maintien d'un établissement.
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Deux justifications qui ne tiennent pas debout, à en croire les parents de l'école. Depuis des dizaines d'années, l'établissement ne propose que quelques classes, de l'accueil à la deuxième primaire. "Notre école n'est pas affectée par la dénatalité. Ses effectifs ne diminuent pas", soutient Amélie Cougnon, membre de l'association des parents. Depuis 2019, les inscriptions en classe d'accueil sont effectivement restées stables, malgré la baisse des naissances. "La situation est en réalité déjà stable depuis 2016", concède le bourgmestre.
Mais pas assez d'élèves
Au 30 septembre 2026, l'école comptait 131 élèves. Mais, sachant que les enfants entrent en classe d'accueil tout au long de l'année et sur base des inscriptions actuelles, l'école devrait compter autour de 150 élèves en fin d'année, dépassant ainsi le quota requis, expliquent les parents dans un communiqué. "On compte entre 130 et 140 élèves seulement avec 2 années de primaire alors que le quota pour maintenir une école ouverte s'étale sur les six années de primaire", fait remarquer Amélie Cougnon. "Les classes sont hyper remplies, certaines comptent 29 élèves."
Des arguments contrecarrés par le bourgmestre, qui assure que l'établissement ne parvient pas à atteindre le seuil. "Malgré ces inscriptions en cours d'année, nous n'atteignons pas les 140 élèves requis au moment du décompte officiel du 30 septembre, et ce sur les 10 dernières années", affirme-t-il.
FWB: 17 implantations scolaires ont fermé cette année faute d'un nombre suffisant d'élèves"Un revirement incompréhensible"
Pourtant, le signal envoyé au printemps dernier était tout autre. L'école avait obtenu le vert pour étendre son enseignement jusqu'à la 6e primaire, ouvrant une 3e primaire dès la rentrée 2026. "En mars, on nous annonçait que l'école marchait bien, et aujourd'hui on nous met devant le fait accompli. C'est un revirement incompréhensible", déplore Amélie Cougnon.
Le bourgmestre Nicolas Van der Maren rappelle que les vacances scolaires et la période de comptage des élèves ont eu lieu dans ce laps de temps et ont donc influencé la dernière décision.
Une question de budget ?
Pour l'association des parents, la motivation serait avant tout budgétaire et administrative, visant à transférer la gestion de l'établissement à WBE. Un mouvement que la mère de famille constate dans d'autres villes wallonnes comme Mons et Beauvechain, dans des configurations plus ou moins similaires. "On a l'impression qu'on veut un peu se débarrasser de nous", résume Amélie Cougnon.
Un constat rejeté par le bourgmestre. "Si c'était une question budgétaire, il serait plus facile d'attendre simplement et de fermer l'école. Ce n'est pas notre cas", assure-t-il. "Nous serions bêtes de ne pas étudier l'opportunité d'un rapprochement avec une autre école au projet pédagogique très semblable (immersion en néerlandais) à moins de 500 mètres à vol d'oiseau, c'est une question de bon sens et de responsabilité", avance-t-il.
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Les familles redoutent la perte de l'identité pédagogique locale de l'établissement, réputé pour son apprentissage immersif en néerlandais dès la 3e maternelle et ses projets de proximité comme la création d'un potager ou du journal de l'école. "Aujourd'hui, tout le monde se rend compte que l'immersion est importante, donc projeter que l'intérêt pour un tel projet va chuter, c'est une erreur", juge-t-elle. "À la place, on sera dirigés par un pouvoir central. Imaginez à quel niveau d'instance on devra faire passer une demande de projet. Ce ne sera plus du tout la même chose", craint la mère de famille.
Le bourgmestre se veut rassurant quant à l'avenir des enseignants, précisant que chacun aura le choix de passer sous statut WBE ou de rester dans le réseau communal. "Il ne devrait donc pas y avoir de perte d'emplois parmi les enseignants", ajoute-t-il. "Certains ne devront peut-être même pas changer de locaux ! Le cas de chacun sera analysé avec l'enseignant lui-même."
Une décision en février
Dans l'attente d'une décision en février 2027, l'association des parents de l'immersion (APIMM) demande qu'aucune décision ne s'applique avant la rentrée 2028 et que l'on maintienne les ouvertures de classes prévues.
"Nous n'avons malheureusement qu'un an de sursis et nous refusons de continuer à poser des sparadraps à répétition sur une jambe de bois !", tempère le bourgmestre. "Il nous faut trouver une solution pérenne à une problématique vieille de plus de 10 ans." Nicolas Van der Maren s'engage en revanche à collaborer avec l'APIMM afin de répondre au mieux à leurs attentes.
D'ici à l'année scolaire 2028-2029, la Fédération Wallonie-Bruxelles devrait compter environ 32 500 élèves de moins dans l'enseignement fondamental. Une perte qui aura inévitablement des répercussions sur le nombre d'établissements pouvant être maintenus.
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