“On a eu du bruit jusqu’à 5 h du matin” : du petit pavillon au quartier miné par la drogue, les différentes réalités de la vie en HLM
Du jardin que l’on ne voudrait quitter pour rien au monde au quartier que l’on rêve de fuir, le logement social recouvre des réalités très différentes. Dans l’Hérault et le Gard, cinq habitants racontent leur quotidien, leurs voisins, les transformations de leur quartier et ce qui les pousse parfois à rester… Ou à envisager un départ.
Du jardin que l’on ne voudrait quitter pour rien au monde au quartier que l’on rêve de fuir, le logement social recouvre des réalités très différentes. Dans l’Hérault et le Gard, cinq habitants racontent leur quotidien, leurs voisins, les transformations de leur quartier et ce qui les pousse parfois à rester… Ou à envisager un départ.
Obtenir les clés n’est qu’une première étape. Une fois installé, il faut ensuite découvrir son logement, prendre ses habitudes, faire connaissance avec ses voisins et trouver sa place dans son quartier d’adoption. Le tout avec plus ou moins de facilité. Rencontres avec des habitants de l’Hérault et du Gard qui ont tous en commun de vivre en HLM. Mais du pavillon de village aux grandes tours des agglomérations, ils racontent des réalités très différentes.
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À Saint-Brès, situé à 20 km de Montpellier, côté ouest, Nicole, 63 ans, se sent "super bien" chez elle. Elle vit en logement social depuis 2006. Après avoir longtemps habité un pavillon de trois chambres, elle a récemment demandé à déménager lorsqu’elle a cessé son activité, pour trouver "quelque chose de plus petit", plus adapté à sa situation. Un échange avec une autre locataire, qui cherchait au contraire plus grand, lui a permis d’obtenir rapidement son nouveau logement.
Depuis août, elle profite d’un T2 de 65 m² de plain-pied, avec jardin et deux places de parking. Le loyer est de 580 euros, soit environ 100 euros de moins qu’avant. "Je suis très contente", assure-t-elle. Dans son quartier des Chênes, elle connaît tout le monde, et l’ambiance et très bonne. Elle est toutefois un peu à l’étroit car depuis la séparation de sa fille, en avril, Nicole l’héberge ainsi que sa petite-fille. Cette dernière a bien déposé une demande de logement social, mais elle n’a pas eu de réponse favorable pour l’instant, car "il y a toujours quelqu’un avec un meilleur dossier qui passe devant".
"J’en ai fait mon petit cocon"
D’autres ont eu plus de chance. C’est le cas par exemple de Perrine, 30 ans, qui a trouvé son équilibre dans le récent quartier de Roque-Fraïsse, à Saint-Jean-de-Védas. Elle a obtenu en janvier 2024 un T2 de 42 m², après avoir déposé sa demande en juin 2022. "C’est mon village, donc je suis très heureuse d’avoir eu cet appartement, raconte la jeune femme. C’est plusieurs mois d’attente mais finalement, c’est assez rapide quand je compare avec d’autres personnes, car j’avais la chance de connaître du monde. Sinon, ça peut prendre des années."
Son appartement n’est pourtant pas parfait. Dix mètres carrés sont occupés par un couloir et, à son arrivée, il n’y avait pas réellement de cuisine. "Mais au fur et à mesure, j’en ai fait mon petit cocon", explique-t-elle. À 450 euros par mois, elle estime avoir trouvé une solution intéressante, en attendant d’acheter un appartement avec son compagnon.
"On m’a proposé plus petit pour un loyer plus élevé"
À quelques centaines de mètres de là, Magali, 60 ans, connaît elle aussi la commune depuis longtemps. Elle vit dans le parc social depuis 26 ans. À l’époque, l’obtention de son logement lui avait permis de diviser son loyer par deux. Aujourd’hui, ses enfants sont partis, mais elle occupe toujours son T4 avec jardin. Elle a pourtant envisagé de déménager mais la proposition qu’on lui a faite ne l’a pas convaincu : "Je voulais un T3 pour pouvoir accueillir mes petits-enfants et mon fils qui vit loin, on m’a proposé un T2 sans garage, sans jardin et sans place de stationnement, pour un loyer supérieur".
Elle a donc finalement décidé de rester, car elle n’est "pas si mal" dans son logement social, parmi les premiers construits dans le village, malgré la hausse des incivilités constatée ces dernières années.
"C’est devenu invivable avec le trafic de drogue"
À Montpellier, Foudi, 87 ans, regarde lui aussi son quartier avec les yeux de celui qui y a vécu longtemps. Installé à Paul Valéry depuis 1979, il est assis sur un banc avec un ami, et montre la promenade centrale. "Avant, il y avait du gazon partout", raconte-t-il, nostalgique. Depuis, les arbres ont été taillés et le terrain de pétanque s’est vidé. "Plus personne ne joue", regrette le retraité.
Le quartier a aussi connu l’arrivée du trafic de drogue et des nuits parfois très bruyantes. "On a eu des moments où il y avait du bruit jusqu’à 4 ou 5 heures du matin, se souvient-il, mais ces derniers temps, ça va mieux." Et surtout, à 87 ans, Foudi n’envisage pas de partir. Son ami Betaïeb, présent depuis 1998, non plus. Ils finiront leur vie dans ce quartier, moins vivant qu’à une époque, selon eux, mais auquel ils sont habitués.
À l’inverse, Mohammed*, 58 ans, raconte une réalité beaucoup plus difficile à vivre au quotidien. Dans son T2 situé dans le quartier Pissevin, à Nîmes, il dit ne plus reconnaître l’endroit où il a grandi. "C’est devenu invivable avec le trafic de drogue." Il évoque la peur, les commerces qui ont fermé et "la vie de quartier" qui, selon lui, a disparu.
Il aimerait partir, mais ne le peut pas. En invalidité, sa pension ne lui permet pas de se loger ailleurs. Il reste, en attendant les effets de l’énième programme de rénovation urbaine censé "réhabiliter" la ZUP Sud de Nîmes. Mais sans se faire trop d’illusions.