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Campagne «StreamSafe»: 634’000 Suisses piratent des chaînes sportives

Publié22. octobre 2026, 14:13Sports et TVOffensive contre les pirates qui regardent les matches à l'oeilLa Suisse compterait plus de 600’000 abonnés illégaux à des sites pirates, selon une estimation. Les Ligue...

Publié22. octobre 2026, 14:13

Sports et TVOffensive contre les pirates qui regardent les matches à l'oeil

La Suisse compterait plus de 600’000 abonnés illégaux à des sites pirates, selon une estimation. Les Ligues et les clubs se mobilisent pour passer le mot.

Robin Carrel

Pour suivre tous les matches des six principaux championnats de foot depuis la Suisse romande (Super League, Bundesliga, Premier League, Serie A, Liga et Ligue 1), ainsi que toute la National League de hockey, il faut compter au départ environ 130 francs par mois!

Pour suivre tous les matches des six principaux championnats de foot depuis la Suisse romande (Super League, Bundesliga, Premier League, Serie A, Liga et Ligue 1), ainsi que toute la National League de hockey, il faut compter au départ environ 130 francs par mois!Getty Images/Westend61

Le piratage sportif et audiovisuel reste massif auprès de la «clientèle» helvétique. Une campagne appelée StreamSafe vient d’être lancée par la Swiss Alliance for Fair Entertainment. Le tout avec le soutien visible et notable des footballeurs de la SFL et des hockeyeurs de la National League. Le site internet de cette opération estime à 634’000 le nombre de personnes utilisant une offre IPTV non autorisée et payante dans le pays (en 2025, la Suisse comptait environ 3,6 millions de foyers équipés d’au moins un téléviseur). En incluant les sites gratuits, il avance un total dépassant le million d’utilisateurs. Cela représente 9,4% de la population suisse âgée de 16 à 74 ans, soit un taux légèrement supérieur à la moyenne européenne (8,9%).

Les réactions des dirigeants suisses

Claudius Schäfer, CEO de la Swiss Football League: «Les revenus issus des droits médiatiques constituent un fondement important du développement du football professionnel suisse. Le streaming illégal met en péril ces revenus et nuit ainsi, en fin de compte, aux clubs et à l’ensemble du sport. Avec StreamSafe, nous envoyons, en collaboration avec nos partenaires, un signal clair contre cette tendance. Parallèlement, nous voulons sensibiliser les fans aux risques liés aux offres illégales et renforcer leur prise de conscience de la valeur des retransmissions sportives légales.»

Denis Vaucher, CEO de la National League, prend la parole lors de la Swiss Ice Hockey Night. Il soutient la campagne StreamSafe contre le streaming illégal.

Denis Vaucher, CEO de la National League, prend la parole lors de la Swiss Ice Hockey Night. Il soutient la campagne StreamSafe contre le streaming illégal.Zamir Loshi/freshfocus

Denis Vaucher, CEO de la National League: «La National League vit grâce à ses fans et à des partenariats solides. Le streaming illégal prive nos clubs de ressources qui sont notamment essentielles à la formation des jeunes joueurs. En participant à la campagne StreamSafe, nous voulons contribuer à ce que nos matches soient suivis dans un cadre légal et équitable.»

Un match de Champions League, contenu premium par excellence. C'est précisément ce type d'événement que les pirates IPTV revendent illégalement à des centaines de milliers de Suisses.

Un match de Champions League, contenu premium par excellence. C'est précisément ce type d'événement que les pirates IPTV revendent illégalement à des centaines de milliers de Suisses.Tomas Sisk/Photo News/Psnewz/fre

Le phénomène ne se résume pas aux abonnements à bas prix donnant accès à des milliers de chaînes et aux grands matches des meilleurs championnats internationaux. Une étude de l’International Intellectual Property Alliance relevait récemment 10,5 millions de visites venues de comptes suisses sur un site pirate bien connu que nous ne citerons pas, durant le seul dernier trimestre de 2022. Elle comptabilisait également 3,32 millions de visites vers des services de «stream-ripping» musical sur la même période. Ces données mesurent toutefois des visites et non des personnes. Elles illustrent tout de même l’ampleur de cette consommation devenue habituelle.

StreamSafe cible surtout les risques liés à ces plateformes, pour tenter de convaincre les clients potentiels. Leur paiement peut en effet être détourné, leurs données bancaires volées, des logiciels malveillants être glissés dans le streaming ou une disparition pure et simple, sans remboursement et du jour au lendemain, du fournisseur. Cette campagne avance aussi que ces réseaux peuvent être liés à la grande criminalité organisée.

Elle décrit un risque réel dans certains dossiers, mais ne permet pas d’affirmer que chaque vendeur d’IPTV pirate finance d’autres activités criminelles que les siennes. Le signal d’alerte le plus concret pour le consommateur pirate reste une offre réunissant, pour simplement quelques francs, des contenus habituellement dispersés entre plusieurs abonnements et magiquement réunis en un seul compte.

La législation suisse présente une particularité importante dans le domaine par rapport aux autres contrées. Selon l’Institut fédéral de la propriété intellectuelle, télécharger ou regarder en streaming une «œuvre déjà publiée» pour un usage strictement privé demeure en principe licite. Même lorsque la source est illégale. En revanche, mettre ce genre de contenus à disposition n’entre pas dans cette exception, car elle nécessite l’autorisation des titulaires de droits qui payent de leur côté l’exclusivité plusieurs millions de francs. Plus clairement, le fournisseur pirate commet l’infraction. L’utilisateur privé, lui, ne peut pas pour autant transformer une offre non autorisée en service légal, ni ignorer les risques de sécurité qu’elle comporte.

1500 francs pour tout voir

Pour suivre tous les matches des six principaux championnats de foot depuis la Suisse romande (Super League, Bundesliga, Premier League, Serie A, Liga et Ligue 1), ainsi que toute la National League de hockey, il faut compter au départ environ 130 francs par mois! Cela représente plus de 1500 francs sur une année, sans compter le prix d’un éventuel abonnement TV ou internet qui va souvent avec. L’offre pirate «concurrente» se vend généralement entre 30 et 80 francs... par an. Parfois avec un boîtier facturé en plus.

Tu réagis comment face au piratage en ligne ?

Je trouve ça trop risqué, je préfère éviter.

Je comprends que certains soient tentés, mais ça reste un faux bon plan.

Franchement, si c’est simple et pas cher, beaucoup de gens craquent.

Pour moi, les offres légales devraient être plus accessibles.

Je veux juste voir les résultats.

Robin Carrel

Robin Carrel (rca) est journaliste spécialisé en sport à 20 Minutes depuis 2011. Ses sports de prédilection sont le football et le cyclisme, mais il privilégie surtout le terrain de la découverte.