Octobre rose : faut-il étendre le dépistage organisé du cancer du sein, alors que son incidence augmente dans toutes les classes d’âge ?
Le dépistage organisé du cancer du sein ne concerne que les femmes de 50 à 74 ans. Est-il envisageable d’étendre cette classe d’âge ? Quelles recommandations de suivi pour les femmes plus jeunes ou plus âgées ? Quelles différences entre le dépistage individuel ou organisé ? Les réponses du Dr Valér
Comme c’est le cas chaque année, au mois d’octobre, les professionnels de santé se mobilisent pour promouvoir le dépistage organisé du cancer du sein pour les femmes de 50 à 74 ans dans le cadre de la campagne Octobre Rose. Alors que le nombre de ces cancers augmente dans toutes les tranches d’âge, quid de l’accès au dépistage organisé pour les femmes plus jeunes ou plus âgées ? Faut-il redéfinir les limites d’âge ou s’en tenir à un dépistage individuel avant 50 ans et après 74 ans ? Le Dr Valérie Zimmerlé, médecin coordinateur du centre de coordination du dépistage des cancers Sud-PACA apporte des éléments de réflexion.
C’est la tranche d’âge où le risque de développer un cancer du sein est le plus élevé. Le dispositif s’adresse à toutes les femmes dans cette tranche d’âge concernée par le pic d’incidence du cancer, sauf celles qui sont suivies d’emblée, avant 50 ans, en raison d’un risque personnel particulièrement élevé, liés par exemple à des antécédents familiaux.
Est-il envisageable d’étendre la tranche d’âge concernée ?
"L’incidence du cancer du sein augmente dans toutes les tranches d’âge, donc ces bornes sont régulièrement rediscutées et il n’est pas impossible que la limite baisse un jour."
Mais il est éthiquement compliqué de proposer un dépistage à l’ensemble de la population dès 25 ans, à cause du risque lié à l’exposition aux rayons – même si la quantité totale délivrée lors des mammographies entre 50 et 74 ans, à raison d’un examen radiologique tous les deux ans, ne dépasse par un quart des rayons émis lors d’un seul scanner abdomino-pelvien…
Quelles recommandations avant 50 ans et après 74 ans ?
À l’heure actuelle, avant 50 ans ou après 74 ans, c’est le dépistage individuel qui est préconisé. La Haute Autorité de Santé (Has) recommande d’ailleurs un examen clinique des seins pour toutes les femmes, tous les ans, toute la vie !
Il faut aussi rappeler l’importance de l’autopalpation, le but étant de connaître sa poitrine et de savoir repérer, au toucher ou visuellement, quelque chose d’inhabituel qui doit pousser à consulter au plus vite. Cela peut être un mamelon qui se rétracte, une croûte, une rougeur…
"Après 74 ans, le dépistage organisé s’arrête mais le dépistage individuel doit se poursuivre."
Ce n’est pas parce qu’on n’a plus d’invitation qu’il faut tout arrêter. On continue l’examen clinique annuel et l’autopalpation et on fait un point avec son professionnel de santé pour décider de continuer, ou pas, les mammographies, en fonction des facteurs de risque et des antécédents personnels.
Dépistage individuel ou collectif, quelles différences ?
Le dépistage individuel du cancer du sein, c’est celui qui est réalisé avec une ordonnance d’un professionnel de santé, pour vérifier l’absence de cancer débutant. Il peut être prescrit à n’importe quel âge, par exemple parce qu’une grosseur suspecte a été décelée, ou dans le cadre d’une surveillance renforcée en raison des facteurs de risque majorés de la patiente. Il comprend un examen clinique - la palpation des seins par le médecin -, une mammographie avec deux clichés par sein et des bilans complémentaires en cas de besoin.
Le dépistage organisé proposé entre 50 et 74 ans est réalisé sur invitation de l’Assurance Maladie. Il comporte les mêmes examens mais présente des avantages supplémentaires : il est pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie et surtout, les clichés sont relus une deuxième fois par un radiologue expert. « Ce n’est pas anodin car sur l’ensemble des cancers repérés dans la cadre du dépistage organisé, 6 à 7 % le sont lors de cette seconde lecture » rapporte le Dr Zimmerlé.
Enfin, le centre de coordination du dépistage des cancers assure un contrôle qualité des matériels et de la formation des radiologues et des manipulateurs radio. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’une liste de cabinets agréés accompagne l’invitation de l’Assurance Maladie à participer au dépistage organisé.