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“Nous ne céderons pas un millimètre carré de notre territoire aux trafiquants…” : le maire d’Alès menacé de mort par la “DZ Mafia” réaffirme son engagement contre le narcotrafic

Visé par de graves menaces de mort de la "DZ Mafia" à son domicile, le maire d’Alès, Christophe Rivenq, refuse de céder. Face au narcotrafic, l’élu réaffirme sa détermination absolue pour la sécurité de sa commune. Entretien.

Visé par de graves menaces de mort de la "DZ Mafia" à son domicile, le maire d’Alès, Christophe Rivenq, refuse de céder. Face au narcotrafic, l’élu réaffirme sa détermination absolue pour la sécurité de sa commune. Entretien.

Hier soir, le parquet d’Alès (Gard) a ouvert une enquête pour menaces et violences sur un élu ainsi que pour outrage, après la découverte, jeudi 17 juillet, de menaces de mort visant Christophe Rivenq, maire Les Républicains (LR) de la sous-préfecture. Ce vendredi après-midi, Christophe Rivenq a décidé de prendre la parole. Entretien.

Pouvez-vous revenir sur le déroulement exact des faits survenus hier soir à votre domicile ?

Tout a commencé vers 18 h 20, alors que j’étais en pleine réunion de travail dans mon bureau à la mairie d’Alès. Mon épouse m’a téléphoné après m’avoir envoyé une photo sur mon mobile, que je n’avais pas consultée immédiatement. Elle m’a rappelé aussitôt pour me demander de la regarder. C’était l’image d’une enveloppe déposée chez moi, portant l’inscription explicite qui commençait comme ça : "Dis à tes putain de flics d’arrêter de nous casser les couilles…" Ce message particulièrement agressif était signé "DZ, nouvelle génération, CVN, la direction". J’ai immédiatement ordonné à ma femme de ne surtout pas y toucher et de la laisser en place. J’ai alors contacté le commissaire, dont la réactivité a été remarquable : il a dépêché sur-le-champ une patrouille à mon domicile. J’ai interrompu ma réunion pour rentrer au plus vite. À mon arrivée, les forces de l’ordre étaient déjà sur place aux côtés de mon épouse, qui était profondément choquée.

Comment la procédure judiciaire s’est-elle mise en place par la suite ?

Les forces de l’ordre sont arrivées rapidement. Elles ont pris toutes les précautions nécessaires pour ne pas altérer les empreintes digitales sur l’enveloppe. Lors des premières constatations, elles ont procédé aux prélèvements d’ADN et d’empreintes avant d’ouvrir délicatement le pli. C’est à ce moment-là qu’elles ont découvert ce que je pressentais : deux balles de calibre 9 mm. Mon épouse a tout de suite interprété ce geste de manière terrible. Face à cette situation, l’alerte a été générale. Le ministre de l’Intérieur m’a téléphoné personnellement, ainsi que le préfet, le procureur et le commissaire ont fait preuve d’une réactivité extraordinaire.

Je suis fier de constater que le narcotrafic souffre de notre action.

Le fait que cette agression touche votre domicile personnel représente-t-il un cap franchi ?

C’est une évidence. Si j’avais été pris à partie sur les réseaux sociaux ou si la mairie avait reçu des messages de menaces banales, cela ferait partie des risques inhérents à la fonction d’élu, et l’affaire se serait arrêtée là. Mais s’attaquer à mon espace privé, là où réside ma famille, c’est totalement différent. Je ne sais pas comment ces individus ont obtenu mon adresse personnelle. Après la sidération des premiers instants, ma priorité absolue s’est portée sur la protection de mes proches. Une fois la présence policière assurée, j’ai tenté d’analyser froidement la situation. Malgré tout, il est hors de question de montrer la moindre faiblesse face à un tel acte. Je refuse de me laisser intimider.

Est-ce que devant de tels faits, on ne se prend pas à douter de sa fonction de maire ?

Je n’exerce pas ce mandat pour mon intérêt personnel ou pour la gloriole. À 60 ans, j’aurais parfaitement les moyens de mener une autre vie, plus tranquille, loin de l’exposition publique. Mais mon attachement à Alès et ma volonté de transformer cette ville sont intacts. Céder à la menace et démissionner reviendrait à acter la victoire de la criminalité sur le droit, à faire reculer la République. Je ne suis pas suicidaire, mais je refuse de me rendre. Mon intérêt particulier passera toujours après l’intérêt général. Si mon intérêt personnel l’avait emporté, j’aurais démissionné cette nuit.

Considérez-vous ces menaces graves comme la preuve que votre politique de sécurité perturbe les réseaux ?

D’une certaine manière, oui. Si ces criminels en arrivent à de telles extrémités, cela prouve que le travail mené conjointement par la police et la justice est efficace et commence à les gêner sérieusement aux entournures. Notre soutien sans faille à l’action publique et la coordination étroite entre la police municipale, la police nationale et le parquet agissent comme de puissants accélérateurs. Je suis fier de constater que le narcotrafic souffre de notre action. Ce combat n’est ni idéologique ni personnel : c’est un enjeu crucial de santé publique, d’économie locale et de préservation de l’avenir de notre territoire.

Malgré le danger potentiel, vous avez catégoriquement refusé la mise en place d’une protection rapprochée. Pour quelles raisons ?

J’ai refusé cette protection particulière parce que je refuse de céder à un cercle vicieux de peur ou d’imposer un climat anxiogène à mes proches et à mes collaborateurs. La vie publique doit continuer. Ce matin, je circulais à vélo dans les rues d’Alès pour honorer mes rendez-vous, sans aucune garde rapprochée. Le maire doit rester visible et accessible aux citoyens. L’accueil des habitants a d’ailleurs été exceptionnel ; j’ai reçu de nombreux témoignages de sympathie spontanée de parfaits inconnus, ce qui donne une force incroyable pour continuer.

Au niveau national et local, les réactions de soutien ont afflué de toutes parts. Cela vous a touché ?

L’ampleur de la solidarité m’a profondément ému. J’ai reçu plus de 500 messages venus de la France entière. Le président de la République a essayé de me joindre, et j’ai longuement échangé avec son chef de cabinet, Laurent Carrié. Le ministre de l’Intérieur, le président du Sénat Gérard Larcher, ainsi que des figures politiques telles que Bruno Retailleau, Aurélien Rousseau, Jean-Noël Barrot ou la présidente de région Carole Delga m’ont fait part de leur soutien total. Au-delà des clivages partisans, j’ai constaté l’émergence d’un véritable bloc républicain. Localement, mes opposants politiques directs se sont manifestés. Cette affaire transcende la politique car elle touche aux fondements mêmes de nos institutions.

Envisagez-vous d’organiser un rassemblement ou une manifestation républicaine de solidarité dans la commune ?

À titre personnel, je n’organiserai absolument rien. Je refuse d’instrumentaliser cette situation à des fins personnelles ou de me complaire dans une posture de victime. Nous ne sommes pas là pour faire de la mise en scène. En revanche, si d’autres élus ou des citoyens choisissent de se mobiliser spontanément pour défendre l’institution municipale et la fonction de maire, cela aura un sens profond. Ce ne doit pas être un rassemblement pour Christophe Rivenq, mais pour affirmer que le maire reste le socle de notre démocratie locale.

Sur le plan opérationnel, des renforts de CRS sont en route pour Alès. Qu’en attendez-vous ?

À la suite de cet événement, le ministère de l’Intérieur m’a confirmé par SMS le déploiement immédiat de CRS pour mener des opérations d’envergure. L’objectif est d’envoyer un signal de fermeté absolue : nous ne reculerons pas devant les intimidations.

Je veux dire aux Alésiens que leur maire reste debout, actif et plus déterminé que jamais. Exercer ce mandat est un véritable sacerdoce, un engagement total au service de l’intérêt général. Les épreuves que nous traversons, aussi violentes soient-elles, n’altéreront pas ma vocation. Nous ne céderons pas un millimètre carré de notre territoire aux trafiquants. Si le maire recule, c’est la République qui capitule devant la force brutale. Ce combat pour l’égalité, la sécurité et le service public de proximité est celui de toute ma vie, et je le mènerai jusqu’au bout pour protéger les habitants d’Alès.