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Polar | Notre sélection polar d’août

La misère des richesÀ Paris, un chauffeur d’autobus voit son destin déraper après le suicide de son richissime père, qu’il n’a jamais connu. En Ukraine, un violoniste fuit la guerre qui lui a été imposée. À Ber...

La misère des riches

À Paris, un chauffeur d’autobus voit son destin déraper après le suicide de son richissime père, qu’il n’a jamais connu. En Ukraine, un violoniste fuit la guerre qui lui a été imposée. À Berlin, une masseuse cherche le meurtrier de sa sœur. Sans le savoir, ces trois inconnus ont une même destination. Le hameau, nouveau roman de Niko Tackian (Solitudes, Avalanche hôtel) est de ces histoires qui se jouent de leurs personnages et de leurs lecteurs en les expédiant sur de fausses pistes. Pour mieux épater les seconds au tournant. Une intrigue chorale ayant le Danube pour colonne vertébrale, un volet enquête bientôt teinté d’une réflexion sur les injustices sociales et les privilèges des riches, pour mieux se briser sur l’écueil de la nature humaine. Mais ce n’est pas un naufrage, bien au contraire. On le comprend quand ce qui semblait au départ philo-ésotérique sort les dents. Il y a là un propos important, bien servi par un romancier que l’on sent investi dans le « ce qu’il reste » après la lecture. Sonia Sarfati

L’espion qui l’aimait

Ancien soldat devenu journaliste puis romancier, Norvégien vivant maintenant en France, Aslak Nore conclut avec L’alliance sa formidable saga familiale (Le cimetière de la mer suivi de Les héritiers de l’Arctique). L’accent est ici mis sur Sverre, héritier de la famille qui dirige désormais la puissante fondation SAGA. Mais qui se retrouve à l’ombre de sa fiancée-bientôt-épouse, Ingeborg Johnsen, en voie de devenir ministre de la Défense norvégienne. L’ombre, Sverre n’aime pas. Ou aime trop. Car il a des secrets. D’ailleurs, des soupçons d’espionnage pour le compte de la Russie pèsent sur lui après le meurtre de la fille au pair ukrainienne qui s’occupe de ses enfants. Fouillé, dense, mené tambour battant au rythme d’une écriture alerte, toile fascinante mêlant thriller politique, roman d’espionnage et vie de famille (riche), cet ultime épisode de la trilogie se tient seul. Mais il prend toute sa saveur quand on en connaît les volets précédents. Ou il donne une envie folle de les lire. Sonia Sarfati

Absurdement efficace !

Lucie Petit est réveillée par un claquement sec. En se dirigeant vers le salon, elle trébuche sur un objet qu’elle ramasse mécaniquement, puis aperçoit son Roger sur le divan, une tache rouge s’élargissant rapidement au milieu de sa chemise. Lorsqu’elle réalise que Roger est définitivement mort et qu’elle a en main l’arme du crime, Lucie panique. Encore plus quand elle entend les sirènes des autopatrouilles. Prise au piège, elle appuie sur la gâchette et tire dans le plancher, puis simule une prise d’otage dont elle est la victime. Tout le reste est une sorte de délire absurdement efficace à la Romain Puértolas alors qu’un négociateur intervient et que les caméras s’installent autour de la maison. Bientôt, toutes les impossibilités prennent forme à mesure que les médias, sociaux et autres, s’emparent de l’événement et inventent littéralement une double vie à Lucie Petit… jusqu’à une improbable résolution qui tient, on l’a dit, du délire total. Une perle rare attestant de l’imagination débordante d’Olivier Descamps. Michel Bélair

D’une justesse à donner des frissons

Quelle totale surprise ! Déjà que les polars « intello » ne courent pas les rues, il aura fallu que ce petit livre se fasse oublier quelques mois sous une pile d’ouvrages sur mon bureau avant de faire surface il y a une semaine. Cette histoire, qui se termine par une disparition survenue après un improbable et sanglant double meurtre, est d’abord remarquable par l’écriture à la fois dense, claire et précise qui la caractérise. Mais aussi par la qualité et la hauteur du propos, qui tient aux questions existentielles que nous nous posons collectivement depuis Michel Tremblay : comment survivre dans un monde de « tuseuls » ? Le récit met en scène trois professeurs d’université enfermés dans leurs bulles de savoir et qui ont de sérieux problèmes d’arrimage avec la réalité ordinaire. Désespérément seuls, ces trois êtres qui ont prétendu toute leur vie être de presque purs esprits sont finalement mis face au vide sidéral de leur existence. Tout cela est d’une justesse à donner des frissons. David Lodge, ne sors pas de ce corps ! Michel Bélair