PlayStation: la fin des jeux physiques énerve les gamers
Sony a provoqué un raz de marée cet été en annonçant la fin prochaine de la production de jeux vidéo physiques pour ses consoles. Il faudra désormais acheter son jeu en version numérique, dématérialisée, sans garantie de pouvoir le conserver longtemps.
Sony a provoqué un raz de marée cet été en annonçant la fin prochaine de la production de jeux vidéo physiques pour ses consoles. Il faudra désormais acheter son jeu en version numérique, dématérialisée, sans garantie de pouvoir le conserver longtemps.
La marque japonaise justifie sa décision, prise au début de l’été, par le mouvement naturel des joueurs vers des versions numériques téléchargeables. "Cette transition nous permettra de mieux nous adapter à la manière dont la plupart des membres de notre communauté préfèrent aujourd'hui accéder aux jeux et y jouer", explique Sony dans un communiqué.
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A quelques semaines du lancement de GTA VI, prévu le 19 novembre, les précommandes battent des records. Pourtant, pas de disque: les millions de copies ne seront vendues qu'en version numérique sur Playstation.
Sur les réseaux, les gamers enragent, a constaté l'équipe de l'émission Mise au point. "Je suis dégoûté", témoigne un influenceur. "Comment avez-vous osé, Sony ?", râle un autre.
>> Plus de détails dans notre article : GTA VI devrait être vendu sans disque, à la consternation des "gamers" et des magasins
La fin du marché de l’occasion
Julien Berger, 29 ans, collectionne chez lui à Lavey 3500 jeux vidéo. Et lui aussi déplore la décision de Sony: "Le marché de l’occasion n’existera plus et tu n’auras plus l’occasion de faire des bonnes affaires, de faire des échanges."
Ce que lui et ses amis regrettent, c’est de ne plus avoir le choix, alors que pour les films ou la musique, il est encore possible d’acheter un DVD, un Blu-ray ou un CD. "Je trouve que c’est un peu dégueulasse", estime Jonas Salamolard, 26 ans, lui aussi collectionneur.
Et son ami Fabio Vaz, 38 ans, de surenchérir: "A Noël, il n’y aura plus une fin d’année où un enfant, un ado ou un adulte va se dire 'tiens, je déballe un cadeau, j’ai ce plaisir d’ouvrir une boîte, de regarder un objet', puis va aller vers sa télévision, l’insérer [...] et se dire 'waouh, j’ai un cadeau, j’ai un jouet'", déplore-t-il.
Des jeux "dématérialisés" à 150 francs?
Au-delà du symbole, la décision de Sony menace tout un écosystème. En imposant les versions dématérialisées, la marque supprime la concurrence et s’octroie le monopole sur sa plateforme de vente en ligne.
Je pense que Sony va vendre les jeux beaucoup plus chers à terme, parce que c’est leur vœu depuis longtemps
Chez Log On Games, magasin spécialisé à Vevey, on observe la chose avec amertume. "Je pense que Sony va vendre les jeux beaucoup plus chers à terme, parce que c’est leur vœu depuis longtemps. Je prévois 150 francs le jeu d’ici à 5-10 ans", pronostique son propriétaire Filippo Franzone.
Son magasin vend du neuf et de l’occasion depuis 28 ans. Et pour lui, cela pose aussi la question de la transmission. "C’est un problème d’héritage. Si tout se numérise, qu’est-ce qu’on va laisser à nos enfants?"
Une location qui ne dit pas son nom
Pour le consommateur, les œuvres numériques causent un autre problème: la personne qui les achète ne les possède pas vraiment. C’est écrit en tout petit dans les conditions d’utilisation et c’est ce qui inquiète la Fédération romande des consommateurs. "En fait, c’est plutôt un droit d’utilisation, c’est comme ça qu’il faut le voir. Une location qui ne dit pas son nom, finalement, pour une durée qui est souvent limitée", regrette Sevan Pearson, responsable économie à la FRC.
Cela s’applique aux jeux vidéo, mais aussi à la musique stockée sur une application en ligne ou aux films achetés et stockés sur la box de la télévision (y compris ceux enregistrés lorsqu'ils passent sur une chaîne TV): ils sont en sursis. Si le fournisseur retire ces films de son catalogue, par exemple, ou si le client change de prestataire, il risque de perdre l'accès à son contenu.
"Le consommateur n'en est pas vraiment conscient parce qu’il a un déficit d’informations", estime Sevan Pearson. "Et c’est pour ça que la FRC, depuis longtemps, insiste sur la transparence des prix et une information claire sur la prestation qui est proposée."
Un enjeu politique
L’affaire prend même une tournure politique: le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon s’est ainsi fendu d’un tweet virulent. "Demain, vous paierez sans jamais rien posséder, ni prêt, ni revente, ni garantie de conserver ce qu’on a payé", s’est énervé le candidat à la présidentielle française de 2027.
On parle d’une industrie plus grande que celle du cinéma. C’est de la vraie culture, et elle est en train d’être détruite
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L’écho s’est fait entendre jusqu’à Strasbourg, à travers la voix de la députée finlandaise Maria Ohisalo. "J’aime les jeux vidéo, je les collectionne depuis que je suis une petite fille", a-t-elle témoigné devant le Parlement européen. "On parle d’une industrie plus grande que celle du cinéma. C’est de la vraie culture, et elle est en train d’être détruite."
L’objectif de nombreux politiciens est de mieux réglementer la vente d’œuvres numériques. Pionnière dans le domaine, la Californie a récemment adopté une loi qui oblige les boutiques en ligne comme ITunes, Amazon ou encore le Playstation Store à être plus transparentes. Elles ont désormais l’interdiction formelle d’utiliser le mot "acheter", qui laisse croire à une propriété illimitée.
Face à la multiplication des supports numériques, une majorité d’élus a estimé qu’il était nécessaire de désormais mieux protéger les consommateurs lors de l’achat de supports numériques.
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Gilles Clémençon