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Mykki Blanco : bienvenue dans son “Café Paradiso” | Les Inrocks

Le rappeur californien fait l’école buissonnière sur un disque-fleuve et chamarré qui se perd parfois en chemin. S’il fallait ne retenir qu’une caractéristique de la musique de Mykki Blanco – et c’est le princi...

Le rappeur californien fait l’école buissonnière sur un disque-fleuve et chamarré qui se perd parfois en chemin.

S’il fallait ne retenir qu’une caractéristique de la musique de Mykki Blanco – et c’est le principal intéressé qui le dit –, c’est que le rappeur queer est irréductible à une identité sonore. Néo-quadragénaire, le Californien à la foisonnante discographie a même fait de cette particularité le cœur battant de son nouveau disque, Café Paradiso, qui reprend l’énergie buissonnière et bariolée du film de Giuseppe Tornatore (Cinema Paradiso, 1988) – la censure du curé en moins.

Explicitement sexuelle (Fuck As Friends, NYC Dogs, Butt Sex…), cette nouvelle collection de morceaux, qui se perd moins en langueur qu’en longueur, épouse le rythme des tribulations cosmopolites et noctambules de son auteur. Si l’épicentre de Café Paradiso se situe à New York (le strokesien Cut Me Open, le dance punk Easy Does It, les appels du pied à Suicide sur NYC Dogs), ville qu’il a fuie à 16 ans, le tempérament flâneur de Mykki nous entraîne à travers ses pérégrinations dans l’Ouest parisien ou les travées de Tanger.

Une grisante ivresse

S’il y est parfois question de solitude (choisie ou non), rarement un disque de Mykki Blanco aura autant incarné son désir d’expérimentation et de partage. Si on l’avait déjà croisé aux côtés d’Yves Tumor pour le projet collaboratif C-ORE, Café Paradiso et sa palanquée d’invité·es fait advenir un véritable groupe (la pièce centrale Foxes) dont il incarnerait le meneur de revue.

Complètement et volontairement décousu, le disque puise une énergie certaine à mettre en avant chanteur·ses et musicien·nes pour l’accompagner dans ses réinterprétations de l’Americana, du surf rock, du American Boy d’Estelle ou du R&B des années 1980.

Pour peu qu’on se prête au jeu de l’enchaînement de saynètes (qui miment une performance live) proposé par ce groupe nouvellement formé, le flot ininterrompu de Café Paradiso produit une grisante ivresse, comme happé par les volutes hallucinatoires d’une fête sans fin. Suffisamment de quoi lui pardonner quelques excès quand il pèche par emballement.

Café Paradiso (Transgressive Records/Fuga). Sortie le 4 septembre.