Multimilliardaire, proche de l’Azerbaïdjan… Alicher Ousmanov, l’homme d’affaires russe que la France refuse de sanctionner pour mieux négocier une libération de prisonniers
La France a demandé à retirer d'une liste de personnalités russes sanctionnées par l'UE Alicher Ousmanov, un oligarque dont Paris a besoin pour faire libérer des Français détenus en Azerbaïdjan.
Multimilliardaire, proche de l'Azerbaïdjan... Alicher Ousmanov, l'homme d'affaires russe que la France refuse de sanctionner pour mieux négocier une libération de prisonniers
Publié aujourd'hui à 07h05
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L'homme d'affaires Alicher Ousmanov à Moscou le 26 mars 2026 - Photo par IGOR IVANKO / AFP
La France a demandé à retirer d'une liste de personnalités russes sanctionnées par l'UE Alicher Ousmanov, un oligarque dont Paris a besoin pour faire libérer des Français détenus en Azerbaïdjan.
Un veto qui a pris de court tous les diplomates européens. Alors que l'Union européenne examinait le renouvellement de sanctions contre quelque 3.000 individus et entités russes accusés de contribuer à la guerre contre l'Ukraine, la France a demandé d'en dispenser un influent milliardaire, Alicher Ousmanov.
Après une série de négociations infructueuses, les Vingt-Sept ont décidé de reporter d'une semaine l'adoption de ce régime de sanctions, qui doit être renouvelé tous les six mois à l'unanimité des membres de l'UE.
Une question de "sécurité nationale"
Si jusqu'à présent, les demandes d'exempter certaines personnalités russes de sanctions venaient des membres de l'UE les plus favorables à Moscou, comme la Hongrie de Viktor Orbán et de la Slovaquie de Robert Fico, c'est cette fois la France qui a demandé à rayer un nom de la liste. Au plus grand étonnement des chancelleries européennes et surtout de Kiev, qui n'a pas masqué son agacement en dénonçant un "cadeau" à la Russie.
"Nous avons une question spécifique de sécurité nationale et souhaitons répondre positivement à nos partenaires internationaux qui nous démarchent au sujet de M. Ousmanov", ont fait savoir au Financial Times des sources diplomatique à Paris, sans donner plus de précisions.
Selon le quotidien britannique, épargner le milliardaire russe permettrait à la France d'obtenir un accord de libération de plusieurs citoyens français détenus en Azerbaïdjan.
Milliardaire de premier plan
Peu connu en France, Alicher Ousmanov est un homme d'affaires de premier plan en Russie. Dans les années 1990, il fait fortune dans l'industrie métallurgique avec son conglomérat Metalloinvest, premier producteur de minerai de fer en Russie.
Le multimilliardaire est aussi une figure des secteurs de l'énergie - il a dirigé la filiale dédiée aux investissements du géant du gaz Gazprom - et des télécoms, à travers l'opérateur mobile MegaFon. Il a également été un temps actionnaire du "Facebook russe" VKontakte, avant de vendre ses parts à Gazprom.
Magnat de la presse, il détient Kommerstant, journal économique russe de référence à qui il a fait prendre un tournant pro-Kremlin après un mouvement de contestation des élections législatives russes en 2011.
Alicher Ousmanov est enfin une figure du milieu sportif international. Comme de nombreux oligarques russes, il a placé ses actifs dans le championnat anglais de football, la Premier League. L'homme d'affaires a été copropriétaire du club londonien d'Arsenal entre 2013 et 2018 et a sponsorisé l'équipe d'Everton jusqu'en 2022. Mais sa véritable passion est l'escrime, dont il a dirigé la Fédération internationale (FIE) jusqu'à ce que l'invasion russe de l'Ukraine mette un coup d'arrêt à ses activités dans le sport.
Sous sanctions européennes
Depuis le début de la guerre, les affaires du milliardaire sont en effet entravées par des sanctions américaines et européennes. Décrit comme un "oligarque pro-Kremlin", "il a soutenu activement, matériellement ou financièrement, les décideurs russes responsables de l’annexion de la Crimée et de la déstabilisation de l’Ukraine", selon le journal officiel de l'UE.
Alicher Ousmanov voit plusieurs de ses biens perquisitionnés, notamment en Bavière. Il perd aussi l'accès de luxueuses propriétés à Monaco, à Londres et en Sardaigne. En 2022, les autorités allemandes saisissent son yacht "Dilbar", l'un des plus grands au monde, estimé à environ 600 millions de dollars par le magazine Forbes.
Selon le Trésor américain, "les liens d'Ousmanov avec le Kremlin lui permettent de s'enrichir et de mener une vie luxueuse". Lui récuse pourtant le qualificatif d'"oligarque" et dément être aux ordres du président russe.
Le milliardaire n'hésite pas à poursuivre les journaux qui le présentent comme l'homme de confiance du maître du Kremlin, remportant même des procès en diffamation contre le magazine Forbes et le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. Mais en 2024, la Cour de justice de l'UE le déboute de ses demandes pour faire annuler les sanctions qui le visent.
Un proche du président azerbaïdjanais?
De nationalité russe, Alicher Ousmanov est aussi citoyen d'honneur de l'Ouzbékistan où il est né en 1953. L'ancienne république soviétique, toujours proche de Moscou, est aussi très liée à l'Azerbaïdjan. Les deux pays partagent de nombreux traits culturels, notamment linguistiques, et siègent à ce titre au sein de l'Organisation des États turciques, un groupe de coopération régionale qui compte aussi la Turquie, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Turkménistan.
À en croire une enquête du Monde publiée en 2022, Alicher Ousmanov est un invité régulier des dîners que donne le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev dans un luxueux hôtel de la Costa Smeralda, rive de la Sardaigne prisée des milliardaires russes où Ousmanov avait l'habitude de jeter l'ancre de son yacht.
Alors que le conflit entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan avait créé de vives tensions entre Paris et Bakou, la France compte-t-elle sur le réseau de l'homme d'affaires en Asie centrale pour faire sortir ses ressortissants des geôles d'Azerbaïdjan? Selon Le Monde, la France travaille notamment à faire libérer Martin Ryan, condamné fin juillet en appel à dix ans de prison pour "espionnage".
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D'autres Français sont emprisonnés dans le pays, comme Anass Derraz, condamné à 12 ans de prison en novembre 2025 pour avoir accepté un pot-de-vin... d'un oligarque russe.
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