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Morzine-Avoriaz : un séjour dans un monde parallèle

À la sortie d'Avoriaz, un panneau prévient les visiteurs avec un sourire en coin : "Bon retour à la réalité." Sur le moment, on n'y prête pas vraiment attention. Ce n'est qu'en y repensant, quelques kilomètres plus bas, qu'on comprend à quel point la formule est juste. Car entre le silence d'un refuge de montagne, le vide sous une passerelle, l'eau glacée d'un canyon et la glisse électrique d'un bike park, un séjour à Morzine-Avoriaz a des allures de parenthèse. Une parenthèse pensée aussi bien

Tout débute par une randonnée jusqu'au refuge de la Golèse, à un peu plus d'1 h 30 de marche et 600 mètres de dénivelé depuis le point de départ, largement accessible en famille, dès 5 ans selon les gardiens. À l'arrivée, c'est Jérôme qui nous accueille, dans une ambiance qu'on n'attendait pas : drapeaux de prières flottant au vent, décor évoquant un camp de base népalais. Le refuge accueille en effet des sherpas népalais qui y passent une partie de l'été avant de repartir encadrer des treks dans l'Himalaya, un détail improbable qui suffit à casser toute image trop convenue du chalet savoyard.

La nuit se passe en chambre partagée, et le réveil est assuré par un troupeau de vaches installé juste à côté du refuge : le son des cloches accompagne le petit-déjeuner, avec des confitures maison en prime, ou du moins, elles en ont toutes les apparences.

Jean-Victor De Neve
Jean-Victor De Neve ©Jean-Victor De Neve

Le vertige en pleine conscience

Le lendemain, direction la vallée à pied, jusqu'à un parking où l'on embarque dans la télécabine de la Pointe de Nyon. En quelques minutes, on rejoint le plateau et son fameux Pas de l'Aigle : une passerelle de 15 mètres, suspendue à 2 019 mètres d'altitude, avec 350 mètres de vide sous les pieds. Sur place, difficile de vraiment prendre la mesure de la hauteur avant d'y être, la vue, elle, est à couper le souffle, presque à 360°, entre le mont Blanc et le lac Léman.

Le plateau réserve une autre surprise, plus ludique : "La Folie du Dahu", un escape game familial où l'on part, tablette en main, à la recherche d'un mystérieux Dahu que quelqu'un chercherait à capturer. De quoi occuper les enfants pendant qu'on reprend ses esprits après la passerelle. "Le Monde de Jacquotte" sensibilise également aux rapaces, en plus de proposer des démonstrations de chiens de berger et une ferme pédagogique. En hiver, il paraît même qu'on peut y voler avec les aigles !

En redescendant à pied, on s'arrête au restaurant "Le Refuge", un ancien chalet familial devenu restaurant depuis peu, posé sur le chemin comme une récompense méritée après l'effort.

Jean-Victor De Neve
Jean-Victor De Neve ©Jean-Victor De Neve

L'eau et l'adrénaline

Direction la vallée ensuite, pour une session de canyoning d'environ 1 h 30 dans le canyon de Nyon, l'un des plus accessibles depuis le centre de Morzine. Ici, pas de mise en jambe progressive : la première étape est un rappel de 40 mètres dès le départ. Une entrée en matière qui, contre toute attente, met immédiatement en confiance plutôt que d'angoisser.

S'enchaînent ensuite toboggans naturels et sauts de plusieurs mètres, sans jamais laisser le temps de s'ennuyer. La session se partage, par hasard, avec une famille anglaise venue pour l'occasion, sous l'œil de Guillaume, moniteur à l'ambiance aussi détendue que rassurante.

Jean-Victor De Neve
Jean-Victor De Neve ©Jean-Victor De Neve

La montagne à assistance électrique

Changement de rythme et de terrain le jour suivant, avec une journée d'e-VTT sur le domaine d'Avoriaz, guidée par Yann. Le vrai twist de la journée : ce sont les montées, et non les descentes, qui surprennent le plus. Grâce à l'assistance électrique, franchir des portions plus ou moins techniques en pédalant devient un plaisir en soi, une autre manière d'appréhender le dénivelé plutôt que de le subir.

Le tour permet de tester plusieurs types de terrain, de la terre battue aux chemins rocheux, sur des vélos loués chez Evolution 2.

Ce qui frappe aussi, c'est la diversité des riders croisés sur les pistes : familles, enfants, groupes techniques, cyclistes accompagnés de guides, tout ce petit monde cohabite sans accroc sur les 18 pistes du bike park.

Pause de midi obligée aux Lindarets, le fameux village aux chèvres en liberté, où petits et grands s'amusent à les approcher entre deux bouchées.

Morzine-Avoriaz
Morzine-Avoriaz ©Morzine-Avoriaz

Le terroir, jusqu'au bout

Non loin de là, sur le secteur de Seraussaix du bike park, une halte à la Ferme de Seraussaix s'impose. Tenue par Sébastien et Florie, avec une équipe complétée par Adrien, Gaétan, Sophie et Morgane, l'exploitation fait pâturer l'été un troupeau de 60 vaches laitières sur l'alpage voisin.

On y déguste sur place fromages et charcuteries faits maison, et il est même possible d'assister librement à la traite, tous les jours entre 16 h et 17 h. On y mange, tout simplement, très bien, le genre d'étape qui ancre un séjour dans le concret d'un terroir plutôt que dans le simple décor d'une carte postale.

Reste une dernière curiosité, entendue autour d'une pizza et racontée par la déléguée presse de la station elle-même : la Chèvre, une boisson mousseuse obtenue par fermentation sous pression de jus de fruits, typique du Chablais.

Son nom viendrait des tonneaux renforcés autrefois recouverts d'une peau de chèvre pour les garder au frais, ou de la mousse qui s'en échappe, comme "traitée" depuis un robinet spécial. Élaborée traditionnellement à l'automne dans des fûts pouvant monter jusqu'à 15, voire 20 bars de pression, et transmise en famille, elle reste rare, même si on la trouve aujourd'hui, ici ou là, commercialisée en petites séries. Une légende bien réelle, en somme.

Morzine-Avoriaz
Morzine-Avoriaz ©Dominique Granger

Bon retour à la réalité

Au moment de reprendre la route, le panneau à la sortie d'Avoriaz prend tout son sens. En quelques jours à peine, Morzine-Avoriaz a fait cohabiter la lenteur d'un refuge et le vide d'une passerelle, l'adrénaline d'un canyon et la douceur d'un alpage.

Une station qui ne demande pas de choisir entre la famille et le sport, entre le confort et le vertige, juste de se laisser porter d'un rythme à l'autre. Et d'accepter, une fois en bas, ce fameux retour à la réalité.