thejournalofsierraleonestudies.com

Mortalité, qualité du lait, naissances… les canicules ne sont pas sans conséquences sur l’élevage : “Il y a une prise de conscience”

Dans les exploitations belges vivent plus de deux millions de bovins, selon les derniers chiffres de Statbel publiés fin 2025. À ceux-ci s'ajoutent cinq millions de porcs et près de 57 millions de poules et pou...

Dans les exploitations belges vivent plus de deux millions de bovins, selon les derniers chiffres de Statbel publiés fin 2025. À ceux-ci s'ajoutent cinq millions de porcs et près de 57 millions de poules et poulets. Des cheptels qui furent particulièrement touché par les multiples vagues de chaleurs et la sécheresse de cet été.

Les conséquences se mesurent notamment dans les chiffres de mortalité, en hausse. Selon Rumexperts, un bureau d'études en médecine vétérinaire qui a étudié la question avec l'Union professionnelle vétérinaire, celle-ci a augmenté de 24,5 % cet été. Au mois de juin, les clos d'équarrissage ont par ailleurs constaté un doublement des ramassages.

"De manière générale, les bovins sont moins bien adaptés aux fortes chaleurs que d'autres animaux, notamment en raison de leur capacité respiratoire plus limitée, explique Anne-Sophie Rao, vétérinaire et CEO de Rumexpert. Tous les animaux d'élevage sont cependant touchés par ces conditions climatiques. L'ensemble des éleveurs vont donc affronter de nouveaux défis dans les prochaines années".

"Le monde agricole est dans une période de grand stress"

Qualité du lait, reproduction difficile

D'autant que les conséquences de la chaleur et de la sécheresse ne se limitent pas à la surmortalité. "Nous remarquons par exemple une diminution de la production de lait, mais aussi de sa qualité avec un plus faible taux de matières grasses et de protéines", détaille Anne-Sophie Rao. Cette baisse de production pèse directement sur la rentabilité des exploitations. De manière générale, le coût total de ces canicules est estimé entre 5000 et 15 000 euros, selon la ferme.

"Nous constatons également une plus grande mortalité embryonnaire, des bêtes qui ont été déclarées gestantes et qui ont perdu leur embryon", ajoute Anne-Sophie Rao. Cette mortalité embryonnaire varie notamment selon les mesures mises en place pour limiter l'exposition des animaux à la chaleur, comme la ventilation des bâtiments ou l'installation de systèmes de douche."

Les agriculteurs attendent toujours que la ministre wallonne concrétise ses promesses : "Nous avons besoin du soutien des politiques"

Ventiler les bâtiments, faire de l'ombre

L'adaptation devient donc un enjeu central. Un enjeu d'autant plus crucial que les bovins "ressentent déjà la chaleur et une situation inconfortable dès 22 à 24 °C", lance François Claines, vétérinaire et membre d'Arsia, une ASBL qui encadre les éleveurs dans la réalisation de leurs obligations en matière d'identification et de santé animales. "Les exploitations vont devoir se doter de dispositifs permettant de mieux ventiler les bâtiments et d'y maintenir une température plus adaptée aux animaux. Ces adaptations sont déjà adoptées par une partie des éleveurs. Il y a une prise de conscience, qui était déjà en cours depuis plusieurs années, mais qui s'accélère à mesure que les événements extrêmes se succèdent", ajoute, en substance, ce vétérinaire. Ces transformations auront sans aucun doute un coût pour les exploitants. "Des dispositifs plus simples peuvent déjà être mis en place pour quelques centaines d'euros. Pour des chantiers plus importants cela peut se chiffrer à plusieurs milliers d'euros."

La foire de Libramont met en avant les agricultrices : "Je n'aurais jamais choisi ce métier si c'était pour n'avoir qu'un semi-statut"

À cela s'ajoutent des adaptations à réaliser au niveau des prairies. "Il faudra planter des arbres ou des haies, pour faire de l'ombre dans les prairies, c'est certain", assure Anne-Sophie Rao même si elle rappelle que de nombreux éleveurs ont déjà pris le pas.

Par manque de nourriture dans les prairies en conséquence de la sécheresse de cet été, les éleveurs ont également dû recommencer à nourrir leurs vaches. "Les stocks ne sont pas toujours suffisants, beaucoup vont donc devoir prévoir cela à l'avance."

Nombreux sont donc les défis qui attendent les éleveurs et le monde agricole dans les années à venir. "Comme l'humain, les animaux vont s'adapter. Opérer des petits changements dans le management du bétail peut grandement les aider à faire face aux fortes chaleurs. C'est loin d'être la fin de l'élevage en Belgique, mais il va être nécessaire d'analyser finement les données au fur et à mesure que l'année avance pour pouvoir anticiper et alerter plus vite les éleveurs", nuance Anne-Sophie Rao.

Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.