Mort d’Émile au Haut-Vernet : pourquoi l’enquête pourrait être transférée au pôle cold-case de Nanterre
Et si l'enquête sur la mort d'Émile changeait un jour de mains ? Depuis le 8 juillet 2023, date à laquelle le garçon de deux ans et demi a disparu au Haut-Vernet, dans les Alpes-de-Haute-Provence, les investiga...
Et si l'enquête sur la mort d'Émile changeait un jour de mains ? Depuis le 8 juillet 2023, date à laquelle le garçon de deux ans et demi a disparu au Haut-Vernet, dans les Alpes-de-Haute-Provence, les investigations ont mobilisé d'importants moyens sans permettre d'établir précisément les circonstances de son décès. Malgré de nouvelles analyses ADN et plusieurs pistes étudiées, aucune mise en examen n'est intervenue. Une situation qui pousse aujourd'hui la journaliste judiciaire Peggy Poletto, qui travaille chez Nice-Matin, à évoquer une possibilité : l'intervention du pôle national des crimes sériels ou non élucidés de Nanterre, couramment appelé pôle cold-case.
L'autrice d'Émile Soleil, le silence et le bruit, publié en août, ne révèle pas l'existence d'une procédure de transfert déjà engagée. Elle estime en revanche que le dossier répondrait aux critères permettant de saisir cette juridiction spécialisée. Cette proposition intervient alors qu'une autre partie de son livre a beaucoup fait parler ces derniers jours : la piste d'un possible accident impliquant un cheval. Un scénario qui avait bien été envisagé par les enquêteurs, mais qui est aujourd'hui "refermé à l'heure actuelle", précise Peggy Poletto.
Mort d'Émile : dix-huit mois sans résolution, le critère qui pourrait tout changer
Pourquoi Nanterre pourrait-il entrer dans l'équation ? Contrairement à ce que son surnom laisse penser, le pôle cold-case ne serait pas uniquement destiné aux très vieilles affaires oubliées dans des cartons. Peggy Poletto explique avoir abordé le cas d'Émile avec Jacques Dallest, un ancien magistrat qui a notamment travaillé sur la question des crimes non élucidés. "Échangeant assez régulièrement avec Jacques Dallest (ancien magistrat français, NDLR), il a confirmé que la situation correspondait parfaitement aux conditions de saisine de cette juridiction."
La journaliste met notamment en avant deux caractéristiques du dossier : la durée des investigations et l'absence de mise en examen. "On a souvent l'impression que le pôle ne traite que des dossiers datant d'il y a 50 ans. En réalité, il nécessite un délai minimal de dix-huit mois d'enquête sans résolution et l'absence de mise en examen, ce qui est le cas ici. Logiquement, c'est aux magistrats saisis ou aux parties civiles de faire la demande d'un transfert ou d'un soutien. Puisque l'enquête piétine, le but est d'évoquer cette opportunité pour enfin connaître et dévoiler la vérité." Il s'agit donc, à ce stade, d'une piste proposée par Peggy Poletto et non de l'annonce d'une saisine effective du pôle de Nanterre.
La piste du cheval avait bien été examinée par les enquêteurs
Cette proposition arrive au moment où une ancienne piste connaît un nouvel écho. Émile présentait un "violent traumatisme facial" et la présence de chevaux dans l'environnement familial avait conduit les enquêteurs à vérifier l'hypothèse d'un coup de sabot. "Ce n'est pas une hypothèse nouvelle, elle a été abordée par les services d'investigation dès le départ. Dans ce secteur, le grand-père réparait une barrière parce que la famille a des chevaux. Lors de la garde à vue des grands-parents, un van de transport a été saisi, ce qui indique que des vérifications devaient être menées", explique Peggy Poletto.
La journaliste rappelle pourquoi ce scénario avait retenu l'attention : "Nous n'avons retrouvé qu'une partie du crâne de l'enfant et nous savons que le coup reçu par Émile a été violent et qu'il ne s'agit pas d'un choc avec un véhicule. Dans ce cadre, les enquêteurs ont envisagé la possibilité d'un impact de sabot puisqu'il y avait des chevaux dans les parages. Les traumatismes constatés étaient compatibles avec un coup violent." Compatible ne signifie toutefois pas démontré et cette piste n'a débouché sur aucun résultat concluant. Les nouveaux prélèvements ADN n'ont pas davantage apporté, pour l'instant, la réponse tant attendue. C'est précisément face à ces impasses successives que l'idée de confier ou d'adosser un jour le dossier au pôle spécialisé de Nanterre est désormais mise sur la table.
À propos de l’auteur
Ses derniers articles