Montréal 1974 : Eddy Merckx, champion du monde pour la 3e fois, emmerde les Français, tandis que Freddy Maertens “fait trois fois dans sa culotte”
C'est la deuxième fois que Montréal accueille les championnats du monde. Et la première fois, c'est (déjà ?) un Belge qui s'était imposé.En 1974, Eddy Merckx, malade au printemps, n'a remporté aucune grande cla...
C'est la deuxième fois que Montréal accueille les championnats du monde. Et la première fois, c'est (déjà ?) un Belge qui s'était imposé.
En 1974, Eddy Merckx, malade au printemps, n'a remporté aucune grande classique, mais a brillé sur les grands tours puisqu'il a gagné le Giro puis le Tour de France. Le Cannibale n'est pas rassasié. Un peu plus d'un mois après son sacre sur la Grande Boucle, Merckx ne rate pas l'occasion de s'offrir un nouveau maillot arc-en-ciel.
C'est la première fois que les championnats du monde se déroulent hors d'Europe. Merckx veut marquer de son empreinte l'événement, surtout après le dénouement malheureux du précédent Mondial, à Montjuïc en 1973, où, 4e, il avait laissé échapper le titre à Gimondi, et s'était senti trahi par le jeune Freddy Maertens (2e).
Alors, ce 25 août 1974, le Bruxellois a les crocs. "Montréal, c'est un super souvenir, confie Eddy. J'avais eu une saison très chargée. J'avais gagné le Giro puis le Tour de France, et après tous les critériums d'après- Tour, je ne m'étais pas envolé confiant pour le Québec. D'autant qu'on disait le parcours taillé pour un sprinteur."
Mais le Mont-Royal ne pouvait sacrer qu'un homme fort. Bernard Thévenet s'offre d'abord une longue échappée. Un solo à 120 kilomètres de l'arrivée qui ravit les 200 000 spectateurs éparpillés sur le parcours, tous acquis à la cause de leurs cousins français. "Mais l'équipe belge a bien travaillé en ma faveur", avoue Merckx.
Tabarnak, une fois: grâce à leurs exploits à Montréal, cinq Belges sont tombés en amour pour le QuébecD'abord pour contrôler l'avance de Thévenet. Puis, à deux tours du terme, Eddy plante une accélération. Seuls Raymond Poulidor et Mariano Martínez, qui n'ont pas travaillé dans la poursuite de leur compatriote, mais aussi Van Springel et Santambrogio, peuvent le suivre. Thévenet est encore à deux minutes. Les deux Belges du quintette emmènent un rythme d'enfer, alors que le leader français faiblit.
Dans le dernier tour, Van Springel est lâché, puis Thévenet est repris par Merckx, qui accélère encore. "C'est à ce moment-là que j'ai cru en mes chances de devenir champion du monde pour la troisième fois", sourit Eddy. Poulidor est le dernier à pouvoir suivre le rythme. Les deux premiers du Tour de France 74 vont se disputer la victoire. Dans la dernière ascension du Mont-Royal, le Français s'accroche. "J'étais plus rapide que Raymond au sprint, mais je voulais le lâcher, car il peut toujours se passer quelque chose, une crevaison ou autre, dans le dernier kilomètre…"
Au sprint, sur le boulevard Édouard-Montpetit, le Belge règle "Poupou" facilement. "Un souvenir exceptionnel. Je me souviens aussi de cette voiture sans carrosserie qui était à côté de nous (pour filmer l'arrivée), c'était très spécial…"

Mariano Martinez complète le podium, plus de trente secondes plus tard. Thévenet finit 5e. Pas de quartier pour les Français au Québec ! Merckx a conquis l'Amérique…

Personne avant le champion belge n'avait gagné le Tour d'Italie, le Tour de France et les Mondiaux la même année. Seuls Stephen Roche, en 1987, et Tadej Pogacar, en 2024, ont réussi cet exploit depuis.
La chronique d'Axel Merckx : "Le Mondial de Montréal 1974 : une des victoires de mon papa que j'ai le plus regardées en vidéo""Mes trois titres mondiaux ont été des moments spéciaux, conclut Eddy Merckx. Le premier, en 1967, c'était le début de ma carrière. Puis le deuxième, en 1971, c'était une réponse sur le Tour de France que j'avais gagné après la chute d'Ocaña. Et enfin celui de Montréal, c'est peut-être celui que j'attendais le moins et qui me fait le plus plaisir de tous…"

En 1974, à Montréal, la délégation belge était encore marquée par la discorde de 1973, Eddy Merckx et Freddy Maertens se reprochant mutuellement de ne pas avoir joué le jeu d'équipe, ce qui avait profité à l'ennemi. Et le début du séjour québécois avait mal commencé, quand les coureurs découvrirent qu'ils dormaient dans des kots d'étudiant, sur des lits superposés ! Heureusement, les directeurs sportifs dénichèrent une solution de repli, dans un motel à Laval, en banlieue.
Pendant la course, Maertens fut le premier à se lancer à la poursuite de Thévenet. Merckx était de nouveau coincé. Mais le sprinteur fut subitement victime de crampes d'estomac. "Ça ne passait pas, j'ai fait trois fois dans ma culotte ! a-t-il confié dans sa biographie Freddy ! S'en était fini de son Mondial. Dans son livre, Maertens prétendit que Gust Naessens, un soigneur de la délégation proche de Merckx, lui avait avoué quelques années plus tard avoir mis un laxatif dans ton bidon. Une accusation jamais attestée…

Le top 5 du Mondial 1974 : 1. Eddy Merckx 262,5 km en 6h52 : 22 ; 2. Raymond Poulidor (Fra) à 0:02 ; 3. Mariano Martínez (Fra) 0:37 ; 4. Giacinto Santambrogio (Ita) 0:39 ; 5. Bernard Thévenet (Fra) 2:10…
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