Menacés sur le terrain, les partis adverses attaquent Éric Duhaime
La perspective que le Parti conservateur du Québec (PCQ) gagne du terrain à leurs dépens commence manifestement à inquiéter les rangs adverses. À six jours du vote, les chefs sont allés à la charge pour s’en pr...
La perspective que le Parti conservateur du Québec (PCQ) gagne du terrain à leurs dépens commence manifestement à inquiéter les rangs adverses. À six jours du vote, les chefs sont allés à la charge pour s’en prendre à la crédibilité du programme d’Éric Duhaime.
Alors qu’il n’avait qu’un seul siège au salon Bleu à la dissolution du Parlement, le PCQ pourrait faire une percée importante lundi prochain. Les dernières projections de l’agrégateur de sondages Qc125 lui accordent la victoire dans 13 circonscriptions de la région de Québec et de Chaudière-Appalaches, en plus de le placer dans des luttes serrées dans six circonscriptions pivots.
Le chef libéral, Charles Milliard, n’y est pas allé de main morte mardi matin, répétant que le cadre financier du PCQ « ne tient pas la route ». Il ciblait notamment les engagements phares du chef conservateur, qui promet de sabrer 47 milliards de dollars dans le budget et d’abolir 20 000 postes de fonctionnaires « sans toucher aux services publics ».
« C’est le pays des Calinours sur le plan financier au Parti conservateur du Québec. Je ne comprends pas pourquoi on voudrait mettre ces gens-là au pouvoir », a-t-il lâché lors d’un point de presse à Montréal.
L’offensive du PCQ auprès de l’électorat francophone et fédéraliste semble avoir fait monter d’un cran la nervosité du chef libéral. Lundi, Éric Duhaime invitait les électeurs au vote stratégique, affirmant que son parti constitue le seul rempart en mesure de barrer la voie à une majorité du Parti québécois (PQ).
Le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, a lui aussi décoché des flèches à l’endroit de M. Duhaime — avec qui il est engagé dans de chaudes luttes dans plusieurs circonscriptions —, remettant en cause sa promesse de rapatrier tous les pouvoirs en immigration du gouvernement fédéral à Québec.
« Il tente de faire croire que son autonomisme, qui est un copier-coller de ce que François Legault nous disait il y a quatre ans, change quoi que ce soit sur Roxham, à la frontière et aux aéroports, comme si le gouvernement du Québec avait une quelconque influence », a déploré le chef péquiste depuis Sainte-Thérèse, en matinée.
Un bras de fer en vue avec Ottawa
Alors que tout pointe vers l’élection d’un gouvernement péquiste lundi prochain, Paul St-Pierre Plamondon commence déjà à tracer les lignes de fracture avec le gouvernement de Mark Carney.
Le premier ministre canadien a récemment ouvert la porte à une « augmentation contrôlée » de l’immigration après la baisse du nombre de demandeurs d’asile dans le pays. « La question qui commence maintenant à se poser est la suivante : quand recommencerons-nous à augmenter progressivement et de manière contrôlée la population, ce qui est dans la nature même du Canada ? » a-t-il déclaré lors d’une récente entrevue au New York Times.
La réplique de PSPP n’a pas tardé. « Un gouvernement du PQ s’opposera dès le jour 1 à toute hausse des seuils d’immigration imposée par le fédéral et à toute tentative de contourner la démocratie québécoise pour y arriver », a-t-il déclaré sur X.
Un gouvernement du PQ s'opposera dès le jour 1 à toute hausse des seuils d'immigration imposée par le fédéral et à toute tentative de contourner la démocratie québécoise pour y arriver.
Mark Carney laisse entendre qu’une hausse de l’immigration se profilehttps://t.co/x6LcXPwrjj
— Paul St-Pierre Plamondon (@PaulPlamondon) September 29, 2026
L’immigration ne risque pas d’être le seul point de friction dans les premières semaines d’un gouvernement péquiste. De passage dans la circonscription de Papineau, en Outaouais, mardi après-midi, PSPP a également promis de déposer rapidement un projet de loi visant à abolir la monarchie sur le territoire québécois.
Santé Québec, Québec Santé
À six jours du scrutin, Paul St-Pierre Plamondon a aussi été contraint de s’expliquer sur l’une des promesses phares de sa campagne : l’abolition de Santé Québec.
Alors qu’il s’était engagé à démanteler l’ensemble de la structure, le chef du PQ affirme désormais qu’il en conserverait une partie. « Il y a des choses que Santé Québec fait qui vont être utiles », a-t-il soutenu mardi. Il envisage plutôt de créer une agence, ou une « task force », moins lourde, qui relèverait du ministère de la Santé et devrait rendre des comptes à l’Assemblée nationale. Il a détaillé cette proposition lors d’une entrevue éditoriale à La Presse.
Ses adversaires n’ont pas tardé à s’emparer de ce changement de position. Le chef libéral Charles Milliard a tourné en dérision l’idée de remplacer Santé Québec par une nouvelle agence. « Donc, au lieu d’avoir Santé Québec, on va avoir Québec Santé », a-t-il ironisé.
De passage en Abitibi, la cheffe de la Coalition avenir Québec, Christine Fréchette, a pour sa part reproché à PSPP de vouloir « ramener le politique dans la gestion de la santé ».
Éric Duhaime, seul autre chef à s’être prononcé en faveur de l’abolition de Santé Québec, a quant à lui accusé PSPP de « renier sa parole ». « Je ne pense pas qu’il change un petit peu de cap. Je pense qu’il change totalement de cap », s’est-il indigné.
Duhaime persiste sur les demandeurs d’asile
La journée de mardi a aussi été marquée par la récente déclaration du chef conservateur, qui a qualifié de « frauduleux » le tiers des demandeurs d’asile lors du débat des chefs à Radio-Canada.
Une vérification des faits du diffuseur public révélait mardi que les demandes reposant sur de fausses prémisses ne représentent que 2,6 % du total. La co-porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, a demandé à M. Duhaime de se rétracter dans la foulée du reportage.
Le chef conservateur n’a toutefois pas démordu de sa position. Il a soutenu qu’une proportion significative des demandes rejetées s’explique par le fait que plusieurs demandeurs abandonnent le processus, sachant que leur demande sera jugée inadmissible. « On peut jouer avec les mots, mais la réalité, c’est qu’il y a plus du tiers [des demandeurs] qui fout le camp ou qui sont rejetés avant la fin du processus », a rétorqué M. Duhaime depuis Saint-Joseph-de-Beauce.