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SaGa Frontier : pourquoi ce RPG “cassé” de Square est devenu plus culte que certains Final Fantasy

À l'image d'une grande partie de sa propre licence, SaGa Frontier a fini par acquérir un statut d'œuvre culte après avoir été longtemps banni des projecteurs. Commercialisé la même année que Final Fantasy...

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SaGa Frontier

À l'image d'une grande partie de sa propre licence, SaGa Frontier a fini par acquérir un statut d'œuvre culte après avoir été longtemps banni des projecteurs. Commercialisé la même année que Final Fantasy VII, il s'impose à bien des égards comme son parfait opposé : un titre aussi inachevé que profondément déstabilisant.

On aurait pas aimé sortir notre jeu en 1997. C'est l'année de moult événements majeurs du jeu vidéo, à commencer par l'ogre Final Fantasy VII, qui permet à Square de débuter l'année par un bang, puis de la terminer de la même façon avec la sortie européenne en novembre. Ce sont les grandes heures du studio, l'année de Final Fantasy Tactics, de Bushido Blade, de Front Mission 2... et d'un projet bien plus clivant, comme une ode à l'idiosyncrasie : SaGa Frontier. Dérivé d'une série déjà marginale, l'épisode poursuit l'héritage de Kawazu et l'émule en rompant avec tous les codes habituels de ce que l'on appelle alors JRPG. Aussi inachevé que déroutant, SaGa Frontier est, quelque part, devenu culte malgré lui. Car le but n'est pas ici de convaincre : il est de bousculer, de remettre en question les fondements d'un genre. Et forcément, avec un tel projet, on attend pas le succès : il vient à lui avec les années et la maturité des joueurs.

L'OVNI cassé et culte de Squaresoft

SaGa Frontier, c'est avant tout l'histoire d'une déception : celle des joueurs américains et européens qui, investis d'un intérêt nouveau pour le genre grâce à Final Fantasy VII, se sont essayés au jeu d'Akitoshi Kawazu, espérant y trouver la même dimension scénaristique, le même gameplay au tour par tour, la même science du lore. Et à la place, qu'ont-ils trouvé ? Un conte en 7 parties mettant la narration au second plan, le tout au profit d'une sacro-sainte liberté dérangeante. Ici, le joueur est complètement libre de ses agissements, il ne se contente pas d'un carcan scénaristique bien défini. SaGa Frontier s'aborde comme une randonnée, seul, hors des pistes déjà tracées : si vous vous attendez à ce qu'on vous tienne la main, vous auriez dû plutôt vous tourner vers un guide (Final Fantasy VII).

La progression, non-linéaire et à la limite du chaotique, met en avant divers arcs scénaristiques à la longueur et à la qualité éparses : certains arcs se bouclent en 2 heures, d'autres en une dizaine. Et le jeu n'a aucune foutre envie de vous aider à vous balader dans ce monde : c'est confus, bordélique, vide et rempli à la fois. Et pourtant, dans ce chaos intentionnel brillent certains aspects : le gameplay de SaGa Frontier est une énorme avancée par rapport aux précédents Romancing SaGa. En réalité, c'est une sorte de combinaison entre l'aspect multi-arcs et multi-protagonistes des Romancing SaGa et la customisation de personnages/le mélange science-fiction et fantasy de Final Fantasy Legend. C'est aussi ambitieux que casse-gueule, et pourtant, le titre s'en sort vraiment bien dans ses systèmes : son combat au tour par tour mêle les types de personnages (humains, mystiques, monstres, robots) à des logiques d’apprentissage différentes. Les humains acquièrent des techniques au hasard en les exécutant, les robots s’équipent de pièces pour gagner des stats, les monstres absorbent leurs ennemis pour évoluer. Et la mécanique de combos offre des moments de grâce imprévisibles, lorsque cinq personnages enchaînent leurs coups dans une chorégraphie meurtrière.

Mais SaGa Frontier, comme Romancing SaGa 3 avant lui, est un jeu incomplet. On y trouve des donjons qui ne semblent avoir aucun lien avec la narration (ils sont juste là, sans explication). Le scénario de Fuse, le huitième personnage jouable initialement prévu, fut coupé, au même titre que de nombreuses quêtes secondaires, ce faute de temps et de budget (voilà qui résume toute l'histoire de la série). Et pourtant, c'est aussi cet aspect inachevé qui contribue à son charme, car derrière ses nombreux défauts, SaGa Frontier prend l'allure d'une expérience artisanale, à rebours des productions millimétrées et du grand rival de l'année Final Fantasy VII. Autant dire que passer de l'un à l'autre, c'était un choc pour beaucoup. La bonne nouvelle, c'est qu'une version retravaillée du jeu (sortie en 2021) aura permis à Square Enix d'enfin sortir le fameux scénario de Fuse, et ainsi parachever ce jeu qui ne sera apprécié qu'avec le bon état d'esprit. Il faut s'affranchir des codes du genre, pour mieux accepter l'inévitable : SaGa fait du SaGa. Diviser, c'est dans l'ADN de la licence, et si vous n'y voyez qu'un prototype mal foutu, vous auriez à peu près aussi raison que celui qui le considère comme un petit chef d'oeuvre. Mais n'est-ce pas là le but d'un artiste ?

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