Auto Modellista reste un jeu unique dans le catalogue de Capcom
Au début des années 2000, Capcom était un éditeur respecté pour déjà pas mal de choses. La plateforme (Mega Man, Ghosts'n Goblins), l'action (Resident Evil, Onimusha, Devil May Cry) et bien entendu le...
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Au début des années 2000, Capcom était un éditeur respecté pour déjà pas mal de choses. La plateforme (Mega Man, Ghosts'n Goblins), l'action (Resident Evil, Onimusha, Devil May Cry) et bien entendu le combat (Street Fighter, Final Fight). Du côté de la course, par contre, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Mega Man Battle & Chase n'est pas franchement ce qu'on peut appeler un classique. Mais voilà que la PlayStation 2 donne envie à Capcom de se mettre au bitume. Gran Turismo fait déjà la loi, vous dites ? S'essayer au jeu de course sans expérience serait trop risqué ? Peut-être, mais nous sommes en 2002 et les éditeurs tentent encore des choses. Pas forcément parce qu'ils étaient plus audacieux, mais parce que le marché permettait encore de prendre des risques de temps en temps. Ainsi est né Auto Modellista. Le jeu grâce auquel Capcom peut dire « au moins, on aura essayé ».
Faute de compter des spécialistes de la course dans ses rangs, Capcom avait confié la réalisation d'Auto Modellista à Hideaki Itsuno. Oui madame. Avant de se faire connaître comme cadre des franchises Devil May Cry et Dragon's Dogma, l'homme était un spécialiste des jeux de combat (Rival Schools, Power Stone, Capcom vs. SNK 2). Parmi les concepteurs du jeu, Ryozo Tsujimoto, futur taulier de Monster Hunter mais à l'époque simple jeunot qui venait de faire ses gammes sur Battle Circuit et Tech Romancer.

Le premier souvenir qui remonte à la surface quand on évoque le nom Auto Modellista c'est certainement son graphisme en cel shading. Capcom n'était pourtant pas le premier à utiliser cette technique visuelle pour un jeu de course, mais jusqu'ici on l'avait surtout vue sur des jeux destinés aux plus jeunes, comme Cel Damage et Looney Tunes Space Race. Auto Modellista, c'était quand même autre chose. On y pilote de la Mitsubishi Lancer Evolution, de la Toyota Celica, de la Nissan 350Z, sur un circuit réel comme Suzuka, à travers l'emblématique périph' de Tokyo ou encore en sinuant sur le mont Akagi popularisé par Initial D. Il a de la gueule, cet Auto Modellista, même en 2025, le cel shading étant un antirides de choix pour les jeux de cette époque. Et puis comme ça, pas moyen de le confondre avec Gran Turismo 3 : A-Spec, déjà venu conquérir le terrain sur PS2 un an plus tôt.
Capcom à contresens
Bon, par contre, il y a un autre domaine dans lequel on ne pouvait pas confondre le jeu de Sony et celui de Capcom : le contenu. Le manque de contenu, plus exactement, c'est bien la principale faiblesse qui fut pointée du doigt à la sortie d'Auto Modellista, Capcom s'étant en outre limité aux constructeurs et aux environnements purement japonais. L'éditeur a tenté de rectifier le tir en sortant une nouvelle édition, Auto Modellista : US Tuned. Cette version était enrichie de nouvelles voitures américaines (Chevrolet, Dodge, Ford) et de deux circuits ovales pour se la jouer Daytona. Attention, grosse subtilité : c'est cette édition qui est sortie directement en Amérique en mars 2003, alors que la version européenne, parue en décembre 2002, est calée sur le jeu japonais original (note : les portages GameCube et Xbox sont tous basés sur US Tuned, quelle que soit la région).
Et ce n'est pas un petit détail, car ce qui fait encore débat aujourd'hui, c'est que la conduite de cette version occidentale diffère radicalement de la version japonaise. Et dans les deux cas, Capcom manque de nuance : quand les voitures du jeu de base sont clouées au sol, la relecture US Tuned présente une conduite ultra-flottante en raison d'une grosse baisse d'adhérence. En conséquence, l'accélération est plus lente, la perte de vitesse plus importante dans les virages et le tout est globalement plus difficile. Pas facile de donner raison à l'une ou l'autre des versions : dans tous les cas, Auto Modellista n'a jamais su conquérir ni les fans d'arcade, ni les fans de simulation. Et son contenu faiblard, avec un mode solo qui se boucle en cinq heures douche comprise, était un épouvantail pour le grand public face à l'ogre Gran Turismo 3.
Au plus haut d'essieux
Capcom misait beaucoup sur son mode en ligne à 8 joueurs, mais la fonctionnalité n'était pas disponible sur GameCube ni sur la version européenne PS2. En fait, Auto Modellista faisait partie d’une initiative du Capcom Production Studio 1 visant à tester les promesses du jeu en ligne sur PlayStation 2, aux côtés de Monster Hunter et Resident Evil Outbreak (deux autres jeux sortis en Europe sans mode en ligne). L'objectif de Capcom était qu'au moins un de ces jeux dépasse le million d'exemplaires vendus. Monster Hunter et Resident Evil Outbreak ont atteint cet objectif. Pas Auto Modellista. Le titre d'Hideaki Itsuno était pourtant loin d'avoir tout raté. Outre sa direction artistique et les bonnes vibes apportées par les musiques du prolifique Tetsuya Shibata, la richesse de ses options cosmétiques et réglages mécaniques était plus que louable pour l'époque. Type de pneus, freins, suspensions, turbines, pots d'échappement, ordinateur de bord, poids, le tout en tenant compte de l'impact de la météo.

Le test de Gamekult, réalisé par le tandem Nanark & Boone, reconnaît les qualités de la direction artistique, apprécie la sensation de vitesse apportée par les effets visuels (et le 60 Hz !), la conduite accessible ainsi que l'important degré de personnalisation, mais cale devant la faible durée de vie du jeu, qui compte en tout six circuits. « Trois sur les autoroutes japonaises dont une sous la pluie, deux tracés sinueux en pente dans la veine des jeux de rallye, et le célèbre Suzuka, voilà un bien maigre bilan pour un jeu d'arcade sans grande profondeur. Amputé de son mode online sur notre continent, l'Europe n'étant pas encore équipée de modem PS2, il faudra forcément se rabattre sur le multijoueurs à deux en écran splitté pour trouver des adversaires dignes de ce nom, l'ordinateur étant bien souvent loin derrière sur les circuits dès la première accélération. » C'est dur, mais c'est 5.
23 ans plus tard, Auto Modellista fait partie de ces échecs sympathiques, cités de temps en temps au détour d'un article commémoratif ou d'une vidéo rétrospective. Mais si Capcom cultive l'art de capitaliser sur son passé, Auto Modellista reste un petit morceau d'histoire perdu en chemin qui n'est proposé sur aucune plateforme moderne. Il y a bien sûr l'éternel problème des licences à renégocier, mais aussi le fait qu'Auto Modellista est un enfant unique dans l'arbre généalogique de Capcom. Un jeu orphelin, sans frère, ni cousin avec lesquels il pourrait ressortir dans le cadre d'une compilation, comme Capcom Fighting Collection ou Capcom Beat'Em Up Bundle. Mais ça le rend d'autant plus unique.
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