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“Même à 13 h 30 sur un bout de Brassens, on m’envoie la police” : à Bouzigues, un bar centenaire au cœur de fortes tensions

Unique et historique bar du centre de Bouzigues, Le Globe divise. Entre des voisins excédés par le bruit et des habitants qui signent une pétition pour soutenir leur lieu de vie, c’est la question du vivre-ensemble qui est posée.

Unique et historique bar du centre de Bouzigues, Le Globe divise. Entre des voisins excédés par le bruit et des habitants qui signent une pétition pour soutenir leur lieu de vie, c’est la question du vivre-ensemble qui est posée.

Un bar de village comme il en existe encore, mais plus beaucoup. À Bouzigues, Le Globe est une petite institution. Niché depuis 1910 au cœur de la commune, dans la rue de la République, qui mène au port, il a sa fidèle clientèle. "Un lieu authentique. Comme on les aime pour l’apéro !", écrit Laurence, dans un des commentaires positifs que l’on peut trouver sur internet. "Café de village agréable et patron avec la gouaille sympathique et typique du sud", ajoute Tim.

Problème : l’établissement fait parfois du bruit. Beaucoup de bruit avec sa sono et ses basses. Il arrive que les décibels qui s’en dégagent pourrissent la vie des voisins. "En télétravail, j’ai parfois dû partir de chez moi car le bruit était insupportable", décrit l’un d’eux. Une vidéo a capté la diffusion des Oies sauvages. Il n’était pas 5 h du matin, comme dans la chanson de Michel Delpech. Mais le son, cette fois-là, a dépassé les limites du raisonnable. Et les gendarmes sont venus. Comme pour la police municipale, le lieu leur est désormais familier.

C’est un bar, pas une boîte de nuit !

Sept voisins ont ainsi exprimé leur ras-le-bol, rappelant que Le Globe "est un bar, pas une boîte de nuit".

Mais, a contrario, une partie du village s’est mobilisée pour apporter son appui au Globe. Début septembre, une pétition de soutien signée par 167 Bouzigaudes et Bouzigauds a été déposée en mairie. Les habitants y formulent leur attachement au café, rappellent son antériorité et son ancrage, pointent l’importance du lieu de vie qu’il représente à Bouzigues.

Il n’y a pas de procédure. Il y a un dialogue à avoir

Dans cette polémique de village qui place la question du vivre ensemble au cœur du sujet, le maire tente de maintenir les équilibres et la raison. "J’ai échangé avec le gérant du bar après avoir reçu les voisins en colère. Quand le bruit est fort, ça résonne et ça crée des désagréments assez importants pour les voisins. Il faut l’entendre. Pour autant, il n’y a aucune volonté que l’établissement ferme, ni de procédure en cours. Il y a juste un dialogue à avoir, un pas à faire vers l’autre. Il faut maintenir le lien social", estime Jean-Christophe Pezerat.

Les voisins, qui ont eu parfois à subir des insultes et des menaces de clients du bar en plus du bruit, ne veulent pourtant ni la fermeture du Globe, qu’ils n’ont jamais demandée, ni faire de polémique.

Arrivé de Martigues, Dominique, le gérant, trouve lui que l’affaire a pris trop d’ampleur. "Quand j’ai racheté le bar PMU il y a un an et demi, j’avais prévu de faire des animations, quelques karaokés, pour faire bouger le village. Mais je ne peux pas, alors que je n’ai jamais dépassé les horaires. Même à 13 h 30, sur un bout de Brassens, on m’envoie la police municipale !"

L’équilibre comme chemin de crête

Soucieux de calmer le jeu, Dominique, qui reconnaît l’effet "caisse de résonance" du bruit dans la petite rue et son impuissance face à des clients agités, a stoppé les "extras" pendant tout l’été. Ni fête de la musique, ni 14 juillet. "Sauf que mon comptable vient de m’alerter : je prends une gamelle sur mon chiffre d’affaires. Si je ne peux pas faire d’animation, le bar n’est pas rentable. Et s’il n’est pas rentable, je vais devoir le fermer."

Une perspective qu’une majorité de Bouzigauds ne veut pas. D’un côté, on a donc Dominique : "Qu’on me laisse faire un truc de temps en temps !" Et de l’autre, des voisins : "On veut juste que ça se calme et que ça soit plus raisonnable, comme ça l’est depuis quelques semaines." Un chemin de crête à emprunter pour chacun puisse vivre et que le café centenaire de Bouzigues continue à jouer son rôle social.