Mélenchon, bouc-émissaire ou apprenti sorcier ?
L'ensemble du corps politique reproche au leader insoumis d'attiser les violences. Mais qu'y a-t-il vraiment dans le dossier d'accusation ? Publié le mercredi 21 octobre 2026 à 07:42 A 6 mois de l’élection ...
L'ensemble du corps politique reproche au leader insoumis d'attiser les violences. Mais qu'y a-t-il vraiment dans le dossier d'accusation ?
Publié le mercredi 21 octobre 2026 à 07:42
A 6 mois de l’élection présidentielle, ils sont deux candidats que rien n’atteint, qu’aucune polémique ne fait vaciller, et qui continuent de galoper en tête des intentions de vote. Marine Le Pen, que les violences du 17 octobre propulsent à un niveau stratosphérique, au-delà des 35%, d’après la dernière vague de sondages. Jean-Luc Mélenchon, loin derrière, mais qualifié pour le second tour dans tous les cas de figure.
Mélenchon-Le Pen, le parti de la rue contre celui de l’ordre, comme le note Jérôme Fourquet… ces deux-là qui ne cessent de mettre en scène leur combat (et de le souhaiter) ont aussi la particularité de faire l’unanimité contre eux. Mais plus avec le même degré d’hostilité. Les critiques sont maintenant bien plus fortes contre Jean-Luc Mélenchon.
Le leader insoumis accusé d’attiser les violences. Accusé par tout le monde : droite, centre, gouvernement, gauche modérée, extrême-droite. Au point que le président du Sénat Gérard Larcher, après Bruno Retailleau, parle d’interdire LFI, comme on dissout un groupuscule violent ou raciste.
À y regarder de près, le dossier d’accusation semble bien mince
Une note de renseignement révélée par Le Figaro indique qu’une vingtaine d’élus nationaux LFI sont allés soutenir des lycéens en grève : et alors ? Est-ce que cela fait des Insoumis les marionnettistes d’un mouvement dont chacun admet la légitimité, y compris le président dans son allocution de dimanche ?
En réalité, les adversaires de Mélenchon devraient être jaloux de sa capacité à flairer les colères. La lecture de son blog nous montre qu’il a saisi très tôt le potentiel politique de la crise lycéenne et étudiante : « il faut (…) accompagner cette période de mobilisation et de prise de conscience politique, en lui ouvrant un débouché sur 2027 », écrivait-il dès le 3 octobre. Mais cette implication dans un mouvement de jeunesse, ces appels à la révolte -ou même les liens de LFI avec le groupe dissous La jeune garde ou avec le NPA de Philippe Poutou- suffisent-ils à faire de Mélenchon un complice des désordres ? Il a expliqué 10 fois, et encore hier soir, son refus de la violence.
Mais - les mots ont leur importance - il ne veut pas la condamner.
La « violence aveugle » qu’il dénonce est celle de la police. Jamais celle des casseurs. « Toutes les sociétés sont en proie à des pulsions », a-t-il minimisé sur LCI. Les attaques contre les forces de l’ordre, les policiers blessés ? Cela fait partie (je cite) « des risques du métier ». Jean-Luc Mélenchon est donc le seul à refuser de choisir « entre les policiers et les pillards », ce que lui demandait Sébastien Lecornu. Il est en vérité le seul à tenir un discours qui peut être entendu, approuvé par les émeutiers, les violents, les délinquants. C’est aussi une clientèle électorale.
D’autres mots importants pour finir : ceux que Mélenchon a posté hier en réaction aux réquisitions du parquet de Paris contre l’eurodéputée Rima Hassan, poursuivie pour apologie du terrorisme, 10 mois avec sursis. Je cite : « La macronie sombre dans la honte de tous les abus de pouvoir et de la servilité, devant les demandes de Netanyahu. » Si on résume : nos gouvernants et nos juges sont aux ordres d’Israël. Cela aussi, est à verser au dossier Mélenchon.