Maredsous: des milliers de fidèles pour une première messe electro (Vidéo)
Pour sa première soirée, le Maredsous Sound Festival a attiré la toute grande foule. Croyants, curieux, familles ou amateurs d'électro: qui sont ces milliers de festivaliers à avoir transformé l'abbaye en dance-floor ?
Les hippies rêvent de Woodstock, les metalleux se donnent rendez-vous au Hellfest… Petit nouveau sur la carte des événements musicaux, le Maredsous Sound Festival doit, lui aussi, trouver son public.
Et dans un cadre aussi atypique – et connoté – que l'abbaye bénédictine, certains auraient sans doute parié plus d'une Maredsous à la pompe sur un profil bien particulier de festivaliers.
Alors, à quoi ressemblait la foule réunie ce vendredi pour la journée d'ouverture ? Les quelque 7 500 personnes présentes (NDLR c'est le chiffre qui circulait en fin de soirée mais qui n'était pas encore confirmé par l'organisation) avaient-elles fait le déplacement en fervents croyants et pratiquants, attirés par la dimension spirituelle du lieu et de certains artistes ? Ou, au contraire, le Maredsous Sound Festival avait-il réussi à brasser plus large ?
Loin des clichés
On ne s'attendait évidemment pas à voir débarquer une horde de beatniks s'enlaçant en tenue d'Ève ou d'Adam, ni une armée de personnages un peu démoniaques, vêtus de noir des pieds à la tête – et peut-être jusqu'aux tréfonds de leur âme. De là à croire que le public molignard est forcément branché soutane, sandales et bâton de pèlerin, il y a erreur. Et quand c'est le cas, c'est davantage par clin d'œil."Mes amis m'ont dit que je ressemblais à Padre Guilherme (NDLR: la tête d'affiche du festival).Alors, j'ai mis un col de circonstance. J'ai d'ailleurs fait pas mal de photos depuis mon arrivée. Maintenant, je voudrais le rencontrer", explique Samuel, venu de la région de Charleroi. Habitué de l'abbaye de Maredsous, tant pour ses atouts touristiques que pour sa dimension spirituelle, il apprécie que le lieu fasse preuve d'une telle ouverture. "Tout ce qui peut faire revenir les gens dans les églises est bon", dit-il.
Le public cible, c'est surtout des jeunes. "Nous devons oser aller à la rencontre des jeunes là où ils sont, avec leur culture, leur musique, leur enthousiasme, mais aussi leurs questions et leur recherche de sens, insiste le père abbé François. Notre vocation monastique est aussi une vocation d'accueil et de rencontre. Nous voulons dire aux jeunes qu'ils sont ici chez eux, qu'ils ont leur place dans l'Église et que nous avons besoin de leur joie, de leur créativité et de leur espérance."
Pari gagné pour l'abbaye de Maredsous puisque la jeunesse avait répondu présent, tout comme les familles, pour cette grande première.
Il n'y avait donc pas que des cathos convaincus dans l'assemblée. Renaud, de Walcourt, avait par exemple fait le déplacement pour le cadre avant tout. "J'adore l'endroit et puis je suis fan de musique electro", dit-il. D'autres festivaliers étaient simplement venus pour la programmation ou pour l'ambiance.
"Le David Guetta de l'Église"
Jimi Hendrix avait électrisé Woodstock, Black Sabbath a contribué à bâtir la légende du Hellfest… À Maredsous, la tête d'affiche de rêve s'appelle Padre Guilherme. Curé le jour, DJ la nuit, le Portugais passe de l'autel aux platines avec une aisance déconcertante. Il dispose d'un imposant fan-club: 2,5 millions de personnes le suivent sur les réseaux sociaux. Ses sets, qui mêlent musique électronique et spiritualité, ont déjà fait danser des foules bien au-delà des murs de son église. "Je suis d'origine portugaise et je suis fan. Padre Guilherme, c'est la techno-prière. Le David Guetta de l'Église", raconte un admirateur extatique.
L'abbé DJ a aussi des connexions puisqu'il est même parvenu à définitivement chasser la pluie. Il aurait été impensable qu'à Maredsous, ce soit le ciel qui vienne jouer les trouble-fête.
Padre Guilherme: "J'espère que chacun est reparti heureux"
Padre Guilherme, vous êtes à la fois prêtre et DJ. Se produire dans un lieu comme l'abbaye de Maredsous, doté d'une forte identité spirituelle et historique, revêt-il une signification particulière pour vous ?
C'est quelque chose auquel j'aurais eu du mal à croire lorsque j'ai commencé. Ce lieu est chargé d'histoire : celle de la foi, mais aussi celle de l'enseignement et de la formation. Il abrite une école, où des étudiants développent leur culture. Il est donc à la fois question de foi et de culture. Lorsque j'ai commencé à réfléchir à ce que j'allais jouer, j'ai évidemment tenu compte de toute cette histoire pour construire mon set. Je me suis demandé ce que je pouvais proposer et comment surprendre le public.
Qu'est ce que la musique, a fortiori l'electro, peut apporter à la foi ?
Je pense que la musique peut transmettre la foi et semer quelques graines d'espoir dans des endroits où, sans elle, cela ne serait pas possible. La musique permet de partager la foi avec de nombreuses personnes qui sont complètement éloignées de l'Église. Partager la foi, c'est aussi quelque chose qui peut toucher le cœur de ceux qui se trouvent sur la piste de danse. On entend parfois dire que cette musique est très sombre, qu'elle semble nous prendre notre énergie. La foi fait exactement l'inverse : elle donne de l'énergie à la piste de danse. Cela peut paraître curieux, mais c'est ainsi que je le ressens. Il ne s'agit pas seulement de savoir ce que la musique peut apporter à la foi mais aussi ce que la foi peut apporter à la musique.
Vos concerts rassemblent souvent des personnes qui ont des rapports très différents avec l'Église. Quelle expérience espérez-vous avoir fait vivre au public de Maredsous ?
Avant tout, j'espère que chacun est reparti heureux. Si c'est le cas, c'est déjà une réussite. Cela veut dire que les gens ont passé un bon moment ensemble, qu'ils ont dansé avec des inconnus, comme cela arrive souvent avec la musique. Je suis certain qu'il y avait aussi des personnes de religions différentes, ainsi que des personnes sans religion. Mais toutes ont dansé ensemble et ont vécu le même voyage. Je trouve que c'est une belle image de notre monde : si nous pouvons danser ensemble, nous devons également pouvoir vivre ensemble. Nous devons vivre avec nos différences, car ce monde est notre maison.

Louis Desclée, alias Loutch, est passé des bancs de l'école aux platines
Il n'y a pas si longtemps, Louis Desclée arpentait les couloirs du collège Saint-Benoît de Maredsous… en tant qu'élève. Ce vendredi, changement de programme : le jeune homme est revenu sur les lieux, par sur les bancs de l'école, mais derrière les platines. Sous le nom de Loutch, le DJ de 20 ans a eu l'honneur d'ouvrir le tout premier Maredsous Sound Festival, à quelques mètres à peine de son ancienne école.
Une rentrée un peu particulière, donc. "J'ai étudié ici pendant mes trois dernières années de secondaire. J'y ai vécu une super-expérience, j'ai vraiment adoré", confiait-il juste avant de monter sur scène. Le lien avec Maredsous ne s'arrête d'ailleurs pas à ses années de collège. Son nom résonne forcément dans la région puisque Louis appartient à une famille historiquement implantée dans la région. S'il a passé une grande partie de sa vie à l'étranger, notamment aux États-Unis et au Japon, il est resté très proche de Maredsous et de son abbaye.
"Ça a toujours été un peu mon rêve"
Lorsque l'organisation lui a parlé du projet d'un festival à l'abbaye, destiné notamment à soutenir la rénovation de la basilique, le jeune DJ n'a pas hésité longtemps. "J'ai immédiatement répondu avec beaucoup d'enthousiasme. Je trouvais ça super de pouvoir soutenir l'abbaye et, en même temps, de la faire vibrer à travers une passion qui est la mienne."
L'idée d'installer une scène dans ce décor ne lui était pas totalement étrangère. "Ça a toujours été un peu mon rêve. J'adore imaginer des scènes dans des endroits insolites et me dire : "Tiens, ça pourrait être dingue de faire un festival ici." Comme j'étais tous les jours à Maredsous, évidemment, j'y avais déjà pensé."
Quelques années plus tard, le rêve a donc pris une forme très concrète. Et l'ancien élève s'est retrouvé chargé de lancer les festivités, avec un rôle bien précis. "Il faut préparer la foule à ce qui va suivre et s'adapter aux réactions du public."
Minimal house à la sauce Maredsous
Musicalement, Loutch navigue plutôt du côté de la house britannique et de la minimal house. Pas nécessairement la bande-son que l'on associe spontanément à une abbaye bénédictine. Mais au-delà de la musique, Loutch voit aussi dans le festival une manière d'ouvrir les portes de l'abbaye – et peut-être celles de la foi – à un public qui ne les pousserait pas spontanément. Une démarche qu'incarne particulièrement la vedette du festival, Padre Guilherme. "Au-delà de sa représentation de la foi, il a cette capacité de rassembler des gens qui ne sont pas forcément catholiques, chrétiens ou pratiquants. Il arrive à les connecter à travers sa musique et, quelque part, à redynamiser un peu la foi, surtout chez les jeunes. Je trouve ça assez unique."
Dans son set, le jeune DJ avait tout de même glissé quelques références spirituelles. Il avait notamment préparé un remix construit à partir d'une homélie du père Charles Delhez, décédé au printemps dernier, et avec lequel il entretenait une relation particulière. "J'ai fait ma première communion avec lui. C'était une manière de lui rendre hommage et d'apporter ma petite pierre à l'édifice."
Une initiative personnelle, et non une consigne imposée par l'organisation, assure cependant le jeune DJ. "Je voulais qu'il y ait cette petite touche spécifique pour l'événement, mais je n'allais pas jouer des sons grégoriens pendant une heure", conclut-il sur le ton de la boutade.

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