Marc Wilmots: “À un moment, en sélection nationale, les dés étaient pipés. Or, mon père et moi ne nous sommes jamais laissés manipuler”
"Allô ? C'est Marc… Peut-on retarder l'interview de 24 heures ? Demain, mon chien doit être opéré. Il a des difficultés respiratoires. C'est un bouledogue, il a 9 ans. On se retrouve, non pas chez moi, mais au ...
"Allô ? C'est Marc… Peut-on retarder l'interview de 24 heures ? Demain, mon chien doit être opéré. Il a des difficultés respiratoires. C'est un bouledogue, il a 9 ans. On se retrouve, non pas chez moi, mais au SL16, l'académie du Standard, au Sart-Tilman. De Bruxelles, tu ne mettras pas plus d'une heure."
Le ton est donné. Proche, direct. C'est Louis Michel, son ami, qui a établi le lien pour cette interview.
Lorsque j'ai annoncé que j'avais décroché cette rencontre, ce fut — un peu comme avec Sophie Marceau… — l'enthousiasme dans la rédaction. Les supporters du Standard, journalistes en économie, en politique belge ou internationale, ont quitté leurs dossiers : "Tu as de la chance ! Je viens avec toi ?" Désolé, chacun son job. "Bon alors, demande-lui quand le Standard sera champion…"
Les supporters du Standard sont une "race" particulière : on naît, paraît-il, dans cet état. Même si le club accumule les déboires, le kop y croit toujours.
Nous voici au SL 16 (Standard de Liège, matricule 16), le centre de formation et d'entraînement du club, fondé en 1898 par des élèves du collège Saint-Servais de Liège. L'endroit est boisé, d'un calme absolu. Marc Wilmots, ponctuel, nous attend : pantalon foncé, polo blanc. Une certaine classe se dégage de cet homme élégant et simple, qui a été footballeur, entraîneur… et sénateur ! Il est aujourd'hui directeur sportif du Standard.
Avant d'entrer dans son bureau, nous traversons une salle de détente où les joueurs viennent se retrouver. Un mur des légendes rappelle quelques-uns de ceux qui ont fait l'histoire du Standard : Gerets, Van Moer, Sigurvinsson, Tahamata, Claessen, Nicolay… et, bien sûr, Wilmots, dit le Taureau de Dongelberg, du nom du village où il est né.
C'est Jean-Louis Donnay, journaliste au Soir, qui a inventé ce surnom, raconte Wilmots. Au lendemain d'un match européen de Malines contre l'Eintracht Francfort, disputé le 15 mars 1989 et marqué par un but de Wilmots, il écrivait : "Aiguillonné, sans doute, par la menace d'un remplacement, le taureau de Hesbaye avait vu rouge". Le taureau de Hesbaye allait devenir le "taureau de Dongelberg".
Ce n'est pourtant pas un taureau qui nous raconte sa vie, ses exploits, ses émois. Mais un homme attaché, avant tout, à la terre et à sa famille. Le travail, la rigueur sont les mots qui reviennent souvent dans ses réponses. Au fil des ans, le taureau s'est attendri.

Dans quelle famille avez-vous grandi ?
Dans le Brabant wallon, tranquillement, dans une ferme. Mon père était agriculteur, il avait 80 hectares de terre et 200 têtes de bétail. Il achetait des animaux dans les fermes des alentours, trente ou quarante bêtes chaque semaine, qu'il vendait au marché à Saint-Trond et à Ciney. Je ne me suis pas embêté pendant ma jeunesse.
Travailliez-vous à la ferme ?
Oui. C'était d'ailleurs ce que je voulais faire. Tout simplement. Je suis peut-être un des seuls jeunes qui ne rêvait pas de faire une carrière de footballeur. Mon père ne savait même pas que je jouais au foot. Mes parents avaient énormément de travail et de dettes. Il fallait bosser, bosser, bosser. Ils n'avaient pas toujours le temps de s'occuper de moi.
Quel enfant étiez-vous ?
Courageux, je pense. Toujours là pour aider. Mon père m'a inculqué des valeurs : le respect, la parole donnée et le travail.
Y avait-il de la place pour les marques d'affection ?
Non, pas trop. Mais mes parents n'avaient pas besoin de le dire. Je n'ai jamais manqué de rien. Toujours bien mangé. Ils ne pouvaient pas se couper en six. Mon père faisait trois métiers pour subvenir aux besoins de sa famille : remarquable.
Vous n'étiez pas très scolaire…
L'école, ce n'était pas mon truc. Je suis un manuel. Je voulais continuer à travailler dans la ferme familiale et, éventuellement, faire du foot. Après deux ans d'humanités à Saint-Albert à Jodoigne, je suis parti dans l'enseignement professionnel à Wavre. Je voulais apprendre la mécanique, la soudure, l'électricité, etc., pour savoir tout faire à la ferme. Réparer le matériel coûtait très cher à l'époque. Le jour de mes 18 ans, j'ai arrêté et j'ai travaillé avec mon père.
guillementL'école, ce n'était pas mon truc. Je suis un manuel. Je voulais continuer à travailler dans la ferme familiale et, éventuellement, faire du foot.
Vous aviez commencé à jouer au foot à 6 ans, avec un curé…
Un père blanc d'Afrique, le père Marc. C'était un malade de foot ! J'ai négocié une heure de catéchisme – où je ne voulais pas aller – contre un entraînement ensemble. Et, tous les samedis, j'allais voir Sportschau, l'émission culte footballistique allemande, avec trois pères blancs d'Afrique en train de fumer la pipe. "Écoute l'allemand", me disait le père Marc. "Apprends les langues, c'est très important." Je regardais le Sportschau avec lui et, vingt ans après, me voilà dans le Sportschau !
Quand avez-vous compris que vous aviez un don particulier pour le foot ?
D'abord, j'aimais ça : c'était ma récréation. Je n'ai jamais joué au foot pour faire une carrière. Je ne voulais faire qu'une chose : aider mon père à réussir ce qu'il avait entrepris. Mais j'avais un don du ciel : le sens du but. Pendant mes quatre années à Jodoigne, de 10 à 14 ans, je marquais entre 120 et 80 buts par saison. Je jouais le samedi avec mon équipe, et je renforçais l'autre le dimanche matin. C'est là que j'ai été repéré.
Mais le club de Jodoigne ne voulait pas vous laisser partir…
À l'âge de 13 ans, le club était en radiation. Mon père a proposé au président de payer sa dette et, en contrepartie, de me rendre ma liberté. Il m'a donc racheté. Cela a coûté l'équivalent de 8 000 euros. Une grosse somme. Ma mère l'a traité de fou, cela a été la bagarre à la maison ! Mais mon père m'avait vu jouer, et il m'a dit qu'il allait investir sur moi.
Il ne vous avait pas vu jouer avant ?
Non, et cela ne me perturbait pas du tout, j'étais tranquille ! C'est en allant acheter une bête qu'un fermier lui a dit : "Il y a un fameux joueur à Jodoigne". Il lui a demandé qui c'était. "Ton fils !"
"Marc Wilmots venait à l'entraînement avec ses vêtements de la ferme"Et votre père a négocié votre transfert sur un marché aux bestiaux à Saint-Trond…
Saint-Trond m'avait repéré et avait été trouver mon père à 6h du matin, au marché. C'est là qu'ils ont signé. Je n'étais au courant de rien ! Quand il m'a annoncé que j'allais à Saint-Trond, je lui ai dit : "Mais je ne parle pas le flamand !" Mon père était flamand mais ne l'a jamais parlé avec moi. Il m'a répondu : "Tu te démerdes !". Et je me suis démerdé. L'Allemand Karl-Heinz Wissmann était entraîneur, le courant est très bien passé. À 17-18 ans, j'ai été champion de Belgique de division 2 avec Saint-Trond. J'avais mis 22 buts sur 30 matchs : meilleur buteur. À partir de là, les offres sont venues évidemment…
Comment avez-vous géré ?
J'ai eu énormément de difficultés à prendre la décision. Il faut imaginer : mon père n'était pas habitué à avoir autant de personnes – le gratin du football belge – tourner autour de nous, Anderlecht, le Standard, Malines, etc. Il m'a demandé : "Que veux-tu faire, toi ?"Je lui ai répondu : "Continuer à travailler avec toi". Et donc, rester à Saint-Trond qui montait en division 1. J'avais 18 ans.
Avez-vous eu le sentiment d'avoir eu une adolescence normale ?
J'ai eu une adolescence extraordinaire. La plus belle. J'avais mes trois chiens, l'espace, la liberté ! La liberté a toujours été très importante pour moi. On ne m'enferme pas. Je me suis toujours battu pour garder ma liberté.
guillementLa liberté a toujours été très importante pour moi. On ne m'enferme pas.
Vous finissez par quitter Saint-Trond l'année suivante…
J'avais mis 10 buts en division 1. Je savais que j'avais passé l'échelon. Et là, Malines est venu.
Avec un beau petit chèque ?
Oui, c'est la logique de la négociation, il y avait un peu d'argent qui pouvait nous aider. Mais moi, ce n'est pas l'argent qui m'importait. Malines savait tout sur moi, le club avait des espions partout et le manager m'a dit : "toi, c'est fini, la ferme !" On a décidé d'y aller pendant trois ans et de voir ensuite. On a été champion la première année, on a gagné la Supercoupe d'Europe, j'ai marqué plein de buts dans les matchs les plus durs.
Mais vous êtes freiné dans votre élan par les blessures…
La deuxième année aurait dû être mon année, mais j'ai eu six mois de blessures, je n'arrivais pas à remonter sur le terrain. Malines a voulu me faire un tour de cochon pour pouvoir me racheter à un prix très bas. Mais mon caractère était déjà assez trempé et j'ai dit au manager : "Si je reste encore un an et demi dans la cave, plus jamais je ne signerai de contrat à Malines, vous avez ma parole d'honneur."
Il ne faut pas seulement savoir jouer au foot, finalement, pour s'imposer…
Si on veut faire sa place, il faut y aller. Soit on se rebelle, soit on tombe. Dans notre monde, c'est comme ça.
"Je n'ai jamais voulu aller à Anderlecht"
Après Malines, le Standard…
Je voulais y aller depuis des années, mais le Standard était chaotique. Les supporters déchiraient leur abonnement. Malines m'avait proposé un projet de carrière stable, que je préférais, mais je gardais dans un coin de ma tête l'envie de jouer à Sclessin. J'ai le sang rouge depuis que je suis tout petit.

Vous n'avez jamais, au grand jamais, voulu aller à Anderlecht en revanche…
Non, jamais. Ce qui a conduit à une nouvelle entourloupe du foot. Après deux ans au Standard, j'avais marqué un tiers des buts pour qualifier la Belgique au Mondial aux États-Unis en 1994. Michel Verschueren m'a appelé pour me demander si j'avais prolongé au Standard. Non, mais j'avais donné ma parole et cela revenait au même pour moi. Il a insisté. Je lui ai répondu que je n'irais jamais à Anderlecht : ce n'est pas un club pour moi. Et là, il m'a dit qu'il s'arrangerait pour que je n'aille pas aux États-Unis. Tout a été mis en scène par Alain Courtois, qui était à la direction, et Paul Van Himst, qui était entraîneur.
Lors de la Coupe du monde aux États-Unis, vous ne jouez donc qu'un seul match…
Oui, 45 minutes contre l'Arabie saoudite. Les gens ne sont pas au courant de ce qui se passe en coulisses : les manipulations faites avec les clubs qui ont leurs relais médiatiques.
Vous décidez alors de ne plus jouer avec les Diables rouges. Défendre les couleurs de la Belgique sur le terrain était votre rêve pourtant, n'était-il pas plus fort ?
Je sentais que les dés étaient pipés. On ne voulait pas me laisser jouer, parce que j'avais refusé d'aller jouer à Anderlecht. Ils ont naturalisé en vitesse Josip Weber, pour que je ne vienne pas. Ni mon père, ni moi ne nous sommes jamais laissés manipuler. Représenter mon pays était la chose la plus importante pour moi. Le Graal. M'empêcher d'y aller pour de telles raisons n'était bon ni pour mon pays ni pour moi. J'ai donc pensé qu'il était mieux de faire une pause, de 24 à 27 ans. Pendant un an, je n'ai pas dit pourquoi. Je ne voulais pas faire de tort à l'équipe nationale.
guillementReprésenter mon pays était la chose la plus importante pour moi. Le Graal.
Puis vient votre transfert à Schalke 04 : pourquoi ce club ?
J'avais refusé des clubs anglais, parce que mes chiens auraient dû aller en quarantaine. J'avais le choix entre Monaco, Benfica et Schalke. Décision difficile. J'ai choisi le club le plus fou. Parce que je sentais que le manager, Rudi Assauer, qui avait été un grand joueur et entraîneur, avait un projet de construction. Il ne m'avait pas caché qu'il avait un million de dettes. Cela m'a donné confiance. Il faut sentir les gens. Rudi et moi avons vécu une histoire avec Schalke pendant six ans. Là, j'ai explosé. On a gagné la Coupe d'Europe et deux Coupes d'Allemagne. Finalement, l'Allemagne m'a donné ce dont j'avais besoin.
C'était un endroit aussi où l'on travaillait très dur, il fallait avoir envie de se faire mal…
J'ai toujours choisi des clubs où les gens travaillent très dur. Où il y a de la ferveur. L'histoire d'un club comme Schalke ou le Standard est liée à la sidérurgie. Il ne faut pas l'oublier. Des gens de toutes les cultures sont venus ici et ont travaillé dur. C'est magnifique. Il faut connaître l'histoire. On l'explique aux joueurs. Ici, tu peux mal jouer, mais tu dois donner ton cœur. Si tu ne fais pas cela, tu n'as pas l'esprit Standard. On ne ment pas aux gens. Le public de Sclessin sait si quelqu'un se bat pour ses couleurs ou pas. Ici, on ne triche pas. Un joueur peut avoir un jour sans, mais on le lui pardonne si l'on sent qu'il a fait tout pour l'équipe et pour le club.
Marc Wilmots de retour au Standard: l'homme de la situation?C'était différent à Bordeaux, où vous n'êtes pas resté très longtemps…
Oui, c'est vrai, je me suis énervé à Bordeaux. Parce que, pardon pour l'expression un peu vulgaire, ce sont vraiment des branleurs, partisans du moindre effort. Moi, j'aime travailler, faire le maximum pour atteindre mes objectifs. Parfois, je ne les atteins pas, mais si j'ai fait le maximum, alors il n'y a pas de problème.
Dans quel club avez-vous été le plus heureux ?
J'ai donné autant à chaque club. Et, dans tous les clubs, j'ai été heureux. Mais j'ai un regret : avec le Standard de l'époque, je n'ai pas atteint le niveau que j'espérais.
Vous avez retrouvé la Sélection belge quand Paul Van Himst s'en est allé…
Je n'ai rien eu contre lui, qui était un grand joueur. Mais je savais que les dés avaient été pipés. Puis vient la Coupe d'Europe. À l'époque, Schalke et l'équipe nationale pouvaient jouer le même jour et je voulais donner la priorité au club qui m'avait reconstruit. Mais j'étais prêt à dépanner si besoin. Et un dimanche, dans l'après-midi, Georges m'appelle : "Enzo Scifo est blessé, peux-tu venir jouer mercredi contre le Pays de Galles ?" J'étais à la ferme, tranquille, je suis allé chercher mes chaussures en Allemagne, je suis arrivé le lundi sur place, j'ai joué le mercredi, j'ai marqué, on a gagné 3-2 et je suis reparti.
Mais vous revenez ensuite vraiment en équipe nationale…
La question des calendriers s'est arrangée et Georges Leekens a vu que, si je revenais, ce n'était pas trop mal. Je suis donc parti faire ma troisième Coupe du monde en 1998, en tant que titulaire pour la première fois. Malheureusement, on est rentré à la maison au premier tour.
"De temps en temps, les dés sont pipés"
Le 17 juin 2002 restera à jamais dans votre esprit. Lors du match de Coupe du monde contre le Brésil, vous mettez le premier goal, l'arbitre Peter Prendergast l'annule et le Brésil l'emporte. Qu'avez-vous ressenti ?
De temps en temps, les dés sont pipés. Dans la politique de la Fifa, les grands doivent passer. L'Italie, l'Espagne et la Belgique se sont fait voler. On en a parlé pendant deux jours et puis, fini. On a eu le prix du fair-play, 500 maillots. C'est dégueulasse.
Selon vous, la Belgique ne pouvait pas gagner, pour des raisons autres que footballistique ? Comment cela se joue-t-il ?
Tout simplement par l'influence et le choix des arbitres. Un arbitre sent à un moment donné comment tourne le match. Le match ne se passait pas bien pour le Brésil, alors que nous étions très bien. Nous n'avions rien à perdre, on était relâchés, on dominait. Le Brésil était à côté de la plaque et l'arbitre l'a senti. Il fallait ajouter le petit coup.
Pour quelle raison le Brésil devait-il gagner face à la Belgique ?
Cela représente déjà un peu le rêve. Et puis il y a un marché brésilien. Si le Brésil gagne, les agents gagnent plus, les joueurs gagnent plus. Tout le monde va aller au Brésil chercher des talents. Et ils ont 200 millions de personnes qui suivent, pas 10 millions, c'est bon pour les marques, Nike, Adidas.
Donc les arbitres sont aux ordres de la Fifa…
Évidemment. En 2006, une enquête du journal L'Équipe a établi que, sur les 25 arbitres choisis, trois avaient été suspendus par leur propre fédération, notamment pour falsification d'une finale. Comment peut-on sélectionner quelqu'un comme ça ?
Avez-vous discuté ultérieurement avec Peter Pendergast ?
Non. Mais, quand a commencé la deuxième mi-temps, on est sorti ensemble, sa tête dit qu'il a fait une erreur. En conférence de presse, j'ai donc dit que l'arbitre avait fait une erreur. Tout le monde peut se tromper. Mais, dans les instructions de la Fifa, un arbitre ne peut jamais reconnaître son erreur sous peine d'être radié. Donc, que s'est-il passé ? J'ai reçu un courrier de la part de la Fifa et de M. Pendergast m'assignant au tribunal. Ma femme est juriste. On a répondu, le dossier a été rangé dans un tiroir. Je n'en ai jamais parlé. Pourquoi ? Pour permettre aux enfants de continuer à rêver, donner l'impression que ce n'est pas manipulé.
Quoi qu'il en soit, vous finissez votre carrière internationale sur 2002… N'est-ce pas un peu triste de terminer sur ce que tout le monde a considéré comme une injustice ?
Sincèrement, j'ai fait la meilleure Coupe du monde que je pouvais faire. On avait montré une belle image de notre petit pays. Le Brésil avait une fameuse équipe à ce moment-là. Le peuple belge a retenu qu'on avait été volés. On me parle plus de ce but-là que si je l'avais mis finalement !
guillementJ'aime travailler, faire le maximum pour atteindre mes objectifs. Parfois, je ne les atteins pas, mais si j'ai fait le maximum, alors il n'y a pas de problème.
"Je sais ce qu'un joueur vit quand il a raté une occasion"
Abordons à présent votre carrière d'entraîneur. Un bon joueur fait-il un bon entraîneur ?
À Schalke, j'étais le premier joueur qui soit devenu entraîneur. Il faut évidemment rappeler le contexte. Je pensais terminer la saison et repartir. Ma femme était déjà revenue en Belgique et moi j'avais accepté la proposition de Louis Michel d'entrer en politique. Je ne pouvais évidemment pas le dire à la presse. Je suis devenu entraîneur alors qu'il restait huit matchs à jouer. Et nous avons terminé par une victoire contre le Bayern de Munich. Énorme !
Résultats insuffisants et tensions internes : pourquoi Marc Wilmots ne s'est pas imposé comme directeur sportif à SchalkeEnsuite, Roland Duchâtelet, ce riche homme d'affaires qui avait pris la direction de Saint-Trond, m'a fait revenir au club qui était, je l'ignorais, pratiquement en faillite. L'équipe a été sauvée. Nous avons effectué un travail physique et mental incroyable.
Ensuite, vous entraînez les Diables rouges. Une consécration ? On dit que vous êtes un "motivateur exceptionnel". Y a-t-il une recette Wilmots ?
Je crois simplement que je sais de quoi je parle. Je connais mon métier. J'ai été footballeur, je sais transmettre aux autres. Je connais l'équipe nationale par cœur. J'observe énormément. Je peux dire rapidement si un joueur est bien, s'il a du potentiel. Je sais ce que l'on ressent après une défaite, ce qu'un joueur vit quand il a raté une occasion. J'ai essayé de créer un esprit, une sorte de patriotisme.
Vous avez connu la période glorieuse des Diables, la génération dorée… Courtois, Kompany, Jan Vertonghen, Meunier, De Bruyne, Hazard, Witsel, etc.
Oui, pour la plupart, c'est moi qui les ai lancés… À ce moment-là, personne ne voulait être entraîneur. Au début, j'ai fait deux matchs gratuits, j'y suis allé pour les gamins. J'étais seul, sans entraîneur adjoint. Cela me rendait malade que mon pays ne soit plus au plus haut niveau. C'est pour ça que j'ai accepté. Et ce fut la meilleure équipe que la Belgique ait jamais eue.
Y a-t-il des joueurs que vous n'aimiez pas ?
J'aime tous les joueurs, mais certains comportements me déplaisent. Celui qui se plaint tout le temps, qui ne fait rien mais qui veut avoir tout. Il faut donner le maximum, se discipliner. Arrêter de pleurer sur son sort, se regarder dans le miroir et se demander si l'on a tout donné. C'est la première base pour être un sportif de haut niveau.
Comment y arriver ?
J'aime les conversations entre quatre yeux. Depuis que je suis directeur sportif au Standard, je regarde tous les entraînements. Les joueurs savent que je suis ici tous les matins. Celui qui ne marche pas droit vient une fois dans mon bureau. Une deuxième fois, si c'est nécessaire. Puis il comprend. Pour moi, il n'y a que l'intérêt du club qui compte. Là, on est en train de créer un entourage collectif. Parce qu'en football, il y a des individualités et il y a un collectif. Le collectif sera toujours plus fort que les individualités. Si l'on parvient à retrouver cet esprit, ce cœur Standard, avec les supporters, nous aurons déjà gagné quelque chose.
Quand cela se traduira-t-il par des résultats concrets… ?
Déjà, il faut savoir qu'au Standard de Liège, on est sur des cendres.
Et le phénix renaît-il de ses cendres ?
C'est ce que je fais maintenant. Le cadre est connu. Parlons chiffres : chaque année, je dois vendre pour 15 millions d'euros. Et la moitié de ces 15 millions sert à éponger les dettes. Ma logique est simple : je rajeunis l'équipe pour avoir plus de matières de vente. Et plus de qualité. À présent, nous avons un noyau de 22 joueurs qui appartiennent au Standard de Liège. Nous avons doublé les postes avec de la qualité, tout en réduisant l'endettement. Moi, je m'occupe du domaine sportif. Je fais le maximum avec le minimum. Et je ne me plains pas.
Les coulisses de l'arrivée de Marc Wilmots au StandardDonc, c'est l'argent qui fait la valeur d'un club ?
Ce n'est pas l'argent qui fait la valeur d'un club. Mais si vous n'avez pas l'argent pour acheter des joueurs, c'est compliqué. La qualité d'un joueur se paie.
Globalement, l'argent ne pourrit-il pas l'esprit sportif ? Le prix de certains joueurs atteint des montants indécents, les droits de télé sont exorbitants, la Fifa ressemble à une entreprise presque mafieuse…
Indécent par rapport à quoi ? Voyez les autres sports : le golf, la Formule 1. Que signifient ces sommes folles ? Que, finalement, cela rapporte. Cet argent vient de quelque part. Si les télévisions investissent, c'est qu'elles ont, via la publicité, un retour sur capital.
"J'aurais sans doute dû être ministre des Sports pour faire bouger les choses…"
Vous avez aussi connu une parenthèse politique, et avez été élu sénateur. Mais vous n'êtes pas resté. Pourquoi y avoir été et pourquoi être parti ?
Pour Louis Michel… Vous connaissez sa capacité de conviction. Ça m'a permis d'apprendre beaucoup de choses sur mon pays, la manière dont il était gouverné. J'y suis allé parce que je voulais faire progresser certains dossiers : le sport, la jeunesse, le niveau médical. Nous avons, avec Alain Courtois, réalisé un très gros travail. Nous avons étudié la manière d'améliorer la santé des jeunes par le sport car aujourd'hui, deux gosses sur quatre ont une tendance à l'obésité. Mais cela a été compliqué. Dans d'autres partis, certains voulaient accrocher une plume à leur chapeau, comme on dit en politique. Moi, je n'étais pas entré pour ça. Je n'avais pas d'ambition politique. C'est peut-être l'erreur que j'ai commise, j'ai sans doute été trop naïf.
Vous avez quitté le Sénat après deux ans…
Quand j'ai vu que l'on ne parviendrait pas à mettre en place le programme sur lequel Alain Courtois et moi avions travaillé, j'ai décidé de partir. J'avais l'impression de parler à un mur quand je défendais notre projet. Moi, ou je reste pour aller au bout, ou je dégage. J'aurais sans doute dû être ministre des Sports pour faire bouger les choses…
La politique, est-ce un monde aussi dur ou plus dur que le foot ?
C'est un peu comparable, oui. C'est parfois plus de la com' qu'autre chose. Mais la critique est facile : moi, je dis chapeau aux hommes et aux femmes politiques qui restent. Parce que ce n'est pas évident de faire passer des idées avec des gens qui sont contre vous. Si vous devenez un peu trop populaire, vous commencez à ramasser des critiques de partout. C'est un peu similaire au foot. Il faut avoir une peau d'éléphant.
"J'ai été superstitieux, mais je me suis dit que cela ne servait à rien"
Quelle est votre plus belle victoire, finalement ?
Ma famille.
Comment vous ressourcez-vous ?
Me ressourcer ? Pas tellement… À la maison, on me dit que je ne m'arrête jamais. J'aime mon travail, j'ai le sentiment d'être en vacances. C'est quand je n'ai rien à faire que ça m'énerve.
En qui ou en quoi croyez-vous ?
L'honnêteté et le travail.
Vous avez eu une éducation plutôt catholique…
Ma mère était très croyante. Moi, je me suis éloigné de tout cela. Je trouve que l'Église ne fait pas assez pour les pauvres. Je ne crois pas qu'il y ait un dieu.
guillementJe trouve que l'Église ne fait pas assez pour les pauvres.
Beaucoup de joueurs sont superstitieux, et vous ?
Superstitieux, oui, je l'ai été. J'ai joué avec mes jambières de junior très longtemps encore quand j'étais à Schalke. Puis, je me suis dit que cela ne servait à rien.
Pensez-vous à la mort, parfois ?
Elle ne me fait pas peur.
Qu'y a-t-il après la mort ?
Rien.
Peut-être dites-vous cela parce que votre vie a été un cadeau…
C'est possible. J'ai atteint tout ce que je voulais atteindre, au niveau professionnel, sportif, familial. J'ai circulé partout dans le monde. Quand je vois d'où je suis parti…
Qu'est-ce qui vous a construit ?
Le football m'a tout donné.
Vous avez très bien gagné votre vie. Comment se manifeste votre générosité ?
J'essaie d'aider mes enfants. Je suis devenu un passionné d'immobilier. J'ai investi dans des bâtiments que je rénove à Liège. Mais les parents ne sont pas là que pour aider les enfants sur le plan financier. J'essaie aussi de transmettre des valeurs plus personnelles.
En quelle année le Standard sera-t-il champion ?
Ouille ! Question impossible à répondre. Trop de facteurs entrent en ligne de compte. La première étape sera de retrouver l'Europe. Si l'on y arrive et si l'on se stabilise financièrement, ce sera déjà bien. Et finir dans les cinq premiers du championnat belge.
Êtes-vous un homme heureux ?
Oui. J'ai tout ce qu'il me faut.
Du côté de chez Proust
La qualité que vous préférez chez un homme ? L'honnêteté.
Chez une femme ? Pareil.
Votre principal défaut ? La passion.
Votre principale qualité ? La persévérance.
Votre rêve de bonheur ? Rester en bonne santé.
Quel serait votre plus grand malheur ? Perdre un de mes proches.
Votre auteur préféré ? Je lis très peu.
Votre compositeur préféré ? Michel Sardou.
Votre héros préféré dans la fiction ? Silvester Stallone dans Rocky. Il est le symbole du dépassement de soi-même.
Que détestez-vous par-dessus tout ? L'injustice.
Quel don auriez-vous aimé avoir ? Mixer de la musique à Tomorrowland !
Comment aimeriez-vous mourir ? Le plus vite possible.
Quelle est la faute, chez les autres, qui vous inspire le plus d'indulgence ? Les erreurs que l'on commet sans le faire exprès.
Avez-vous une devise ou une phrase qui vous inspire ? Non, pas vraiment. Cela signifie simplement que l'interview s'est faite en direct !
En quelques dates
1969 : naissance le 22 février.
1996 : mariage civil le 24 mai.
1997, 1999, 2007 : naissance de Reno, Marten et Léna.
1997 : vainqueur de la Coupe de l'UEFA avec Schalke 04.
2002 : Brésil-Belgique le 17 juin et Trophée national du mérite sportif le 2 décembre.
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