Maman, je vis avec une IA : Replica, un film sur les « petits amis » virtuels en Chine
La 25e édition du Grand Bivouac à Albertville, festival du cinéma documentaire, a notamment récompensé le film Replica, un document rare sur l’usage en Chine de compagnons numériques. Le reste de la sélection a mis l’accent cette année sur des trajectoires individuelles qui tentent de s’adapter face aux bouleversements du monde.
A priori rien de commun entre les Chinoises Qin, Muna et Sonya. L’une travaille dans une usine, la seconde appartient à la classe moyenne supérieure, et la troisième est une femme au foyer. Par-delà leurs différences, ces trois jeunes partagent une passion commune pour des avatars générés par l’intelligence artificielle, qui sont autant de béquilles bancales à leur vide émotionnel.
Dans « Replica », la réalisatrice Chouwa Liang a choisi de mettre en lumière le recours croissant aux « compagnons » virtuels dans nos sociétés modernes marquées par la hausse du célibat et de la solitude. Ce documentaire intimiste, tour à tour surprenant et inquiétant, a reçu le prix Prendre le monde à témoin, décerné par un jury composé de journalistes, dont La Croix, lors du 25e festival du documentaire du Grand Bivouac, à Albertville (Savoie).
Les membres du jury ont voulu souligner l’originalité d’un film qui renvoie à des questions fondamentales de notre temps : la fragmentation des relations sociales, la peur de s’engager, le manque de contacts charnels même au sein des familles, nos quotidiens envahis par des écrans et des applications, l’irruption du virtuel et l’effacement du réel…
La caméra suit ainsi Qin dialoguant avec son « petit copain » Lu chen qui la couvre de « mon petit lapin » à chaque phrase et lui délivre des messages rassurants comme un confident obséquieux. Pour avoir l’impression de le rencontrer en vrai, cette ouvrière s’attache, de temps à autre, les services d’une jeune femme déguisée en Lu Chen qui la promène au restaurant et dans le parc.
Béquilles numériques
Sonya, elle, s’énerve un jour contre son « Stephen » en découvrant son « infidélité » : l’IA représenté par un garçon jeune et blond dialogue en effet en même temps avec d’autres femmes esseulées. Il se montre même capable de mentir. Quant à Muna, elle combat le sentiment de ne compter pour rien dans sa vie de couple par des heures de conversation avec un « amant virtuel ».
Replica, c’est l’histoire de 3 femmes mais c’est évidemment plus qu’un film sur des personnes en quête d’estime de soi, d’écoute et d’amour. Derrière ces trajectoires, on devine la brutalité de la société chinoise, de sa course à la réussite et au profit, sur fond d’effondrement des idéologies et des valeurs traditionnelles. Et plus largement, ce sont toutes nos sociétés modernes qui sont questionnées par le recours à ces béquilles numériques.