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« Ma plus grande angoisse, c’est de faire face à un incendie » : la maire de Bendejun, dans l’arrière-pays niçois, se confie

La maire de Bendejun, Christine Beille-Tourscher, pilote une commune singulière : 971 habitants, disséminés sur 16 hameaux, s’étageant de 240 m à 1 100 m d’altitude. Ancienne policière de la brigade criminelle à Nice, l’édile sans étiquette de 65 ans a pris la relève du maire communiste Joël Gosse e

Bendejun, longtemps rattaché à la commune de Châteauneuf, a pris son « indépendance » en 1911. Surplombant la vallée du Paillon dans l’arrière-pays niçois, les 971 Bendejunois sont répartis sur 16 hameaux, la commune s’étalant de 240 m à 1 100 m d’altitude.

Le seul commerce du village est une épicerie associative, A Capella, qui organise quelques animations les soirées d’été. Surnommée le « village des sources », Bendejun reste marqué par l’incendie du 24 juillet 1986, qui avait détruit des centaines d’hectares de végétation.

Christine Beille-Tourscher, 65 ans, ancienne policière de la brigade criminelle à Nice, est à la tête du village depuis 2022. Sans étiquette, elle a pris la relève du maire communiste Joël Gosse, dont elle était adjointe.

Comment s’est passée la période estivale ?

Plutôt bien. On n’a pas eu d’incendie, ce qui reste mon angoisse majeure, même si nous avons la chance d’avoir un petit centre de pompiers, qui a été créé après les incendies dévastateurs de 1986. Bendejun est un village rural, très étalé et boisé, et la sécheresse rend les choses complexes. Bien sûr, il a quand même fait très chaud cet été, mais on a fait attention à nos seniors qui sont parfois isolés. Et nous n’avons pas eu non plus de pénurie d’eau, même si nous restons extrêmement vigilants.

Justement, comment se porte l’eau au « village des sources » ?

En 2023, comme partout, nous avons subi une baisse importante des débits de nos sources à la suite d’une importante sécheresse. Nous avons donc lancé des études pour mieux les canaliser et avoir un peu plus de débit. Les résultats sont tombés fin 2025, donc nous allons pouvoir maintenant lancer les travaux. Le problème, désormais, c’est de trouver des financements, c’est le nerf de la guerre…

Christine Beille-Tourscher, maire de Bendejun, devant le blason de la commune.
Christine Beille-Tourscher, maire de Bendejun, devant le blason de la commune.
Photo : Romain Béal / Nice-Matin

Deux candidats issus de votre communauté de communes du Pays des Paillons se présentent aux sénatoriales. Vous avez fait un choix ?

Je ne vous répondrai pas spécifiquement sur cette question. Nous avons deux candidats avec des sensibilités différentes (Francis Tujague, PCF, maire de Contes ; et Cyril Piazza, LR, maire de Peille, n°4 sur la liste de Dominique Estrosi Sassone, Ndlr). Ce sont deux élus proches des administrés, qui méritent tout autant l’un que l’autre de représenter nos villages ruraux au Sénat, je n’ai donc pas de parti pris sur ce scrutin.

Aux élections législatives de 2024, le RN a dépassé les 60 % à Bendejun. Comment analysez-vous ce score dans un village où il n’y a, a priori, ni insécurité ni problème d’immigration ?

C’est une question que je me suis posée, car ça nous a surpris. Je pense que les gens angoissent par rapport à ce qui se passe à l’échelle nationale ou dans les grandes villes voisines. C’est une sorte d’incompréhension, de peur. La sécurité, c’est une priorité pour moi. Il y a deux ans, on a eu quelques cambriolages, mais c’est tout. On a installé 10 caméras de vidéoprotection sur la commune, mais c’est surtout pour éviter les nuisances, comme les dépôts sauvages de déchets.

Les transports et la mobilité restent un point noir ?

C’est notre principal problème. La mobilité dépend de la Région. Et le problème, c’est qu’on nous applique des normes conçues pour les grandes agglomérations. Pour créer un nouvel arrêt de bus par exemple, la Région exige des aménagements de 8 m de long sur 2 m de large. Sur nos routes de montagne étroites, c’est impossible. Résultat, des arrêts sont supprimés, et des jeunes se retrouvent à attendre le bus au bord de la route, dans le noir quand c’est l’hiver. On n’a pas assez d’arrêts de bus, et pas assez de rotations de bus. Et sur le plan financier, pour aller à Contes, c’est 3 km, 2,50 euros le ticket, donc 5 euros l’aller-retour. Les gens trouvent ça un peu cher par rapport à ce qui se fait en ville…

La mairie de Bendejun avec l’épicerie associative A Capella.
La mairie de Bendejun avec l’épicerie associative A Capella.
Photo : Romain Béal / Nice-Matin

Si vous aviez carte blanche pour faire ce que vous voulez à Bendejun, que feriez-vous ?

J’achèterais des terrains pour pouvoir proposer plus de logements, car la commune est très pauvre en foncier, et j’ai pas mal de demande de logements. Mais je n’ai ni le budget, ni la possibilité sur le plan de l’urbanisme. Notre carte communale est très limitée au niveau de la construction, et parfois, les administrés ne comprennent pas que des terrains ne soient pas constructibles. Donc si nous pouvions avoir un peu plus de logements, je ne serais pas contre, mais dans la limite de nos ressources. On avait fait faire une étude, et par rapport à nos infrastructures, on pourrait accueillir sans problème 1 200 habitants.

Ses trois priorités

Préserver le service public. Je suis très attachée au maintien des services publics dans nos villages. C’est pourquoi nous avons fait le choix, par exemple, de garder la mairie ouverte tous les jours, afin de préserver le contact humain avec les administrés. On a aussi fait le choix de conserver la gestion de l’eau et de l’assainissement au niveau municipal, pour maintenir un service de proximité et réactif. Et garder nos quatre classes ouvertes à l’école (85 élèves, de la maternelle au CM2, Ndlr), c’est aussi une priorité. Parce que l’école, c’est la vie d’un village, il ne faut pas se leurrer.

La culture. Nous avons souhaité transformer la vieille chapelle, avec son clocher à trois pans, en salle culturelle, ce qui permet en plus de préserver notre patrimoine. Le bâtiment, désacralisé, accueillera des expositions, des pièces de théâtre, et des concerts. Les travaux devraient être livrés en décembre, avec pour l’inauguration, une exposition des aquarelles d’Alexis Mossa, un peintre niçois qui a vécu à Bendejun. En décembre, ce sera le centenaire de sa mort.

Le tourisme. On veut essayer de développer le tourisme, mais de façon maîtrisée. Plutôt orienté vers le patrimoine, et vers la découverte de nos chemins pour faire des randonnées…

Coup de cœur

La culture. C’est important de pouvoir investir dans ce domaine, comme on a fait avec la rénovation de la vieille chapelle. C’est une fierté d’amener la culture au village, notamment pour certaines personnes qui ne peuvent pas se déplacer. Nous avons pas mal de Bendejunois qui sont des artistes, et qui attendent ça avec impatience.

Coup de gueule

Les dépôts sauvages de déchets. C’est incompréhensible. La communauté de communes dispose d’une déchetterie gratuite et nous proposons même un service de collecte à domicile. Malgré cela, il y a de plus en plus de dépôts sauvages. Plutôt des artisans extérieurs à la commune qui montent jeter leurs encombrants ici. Les caméras ont un peu amélioré les choses, mais il ne faut pas rêver, les dépôts continuent là où il n’y a pas de caméra.