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Loisy. Cet éleveur bressan loue une partie de ses vaches : « Ça évite d’augmenter mon taux d’endettement »

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Depuis le début de l’année, Nicolas Ravat, éleveur bovin de Loisy, a pu augmenter son cheptel grâce à une solution inhabituelle : il loue ses vaches à Gestel, une société spécialisée basée dans la région lyonnaise. Comment ça marche ?

Patrick Audouard -

Aujourd’hui à 07:00

Nicolas Ravat a augmenté son troupeau d’une trentaine de vaches depuis le début de l’année 2026.  Photo Patrick Audouard
Nicolas Ravat a augmenté son troupeau d’une trentaine de vaches depuis le début de l’année 2026.  Photo Patrick Audouard

En 2024, Nicolas Ravat décidait de prendre un gros virage pour son élevage de bovins basé au hameau de La Grange Gaule, à Loisy. L’exploitation familiale qu’il avait reprise il y a une vingtaine d’années allait alors dans le mur. « Je produisais du lait, j’étais en bio, mais c’était voué à l’échec. On vendait moins cher qu’en conventionnel », raconte l’agriculteur. Nicolas Ravat a alors choisi de se reconvertir dans la production de viande, d’autant plus qu’il avait déjà un petit troupeau de vaches allaitantes.

Mais pour lancer réellement sa nouvelle activité, l’exploitant avait besoin d’augmenter rapidement son cheptel pour être rentable le plus vite possible. Problème : l’investissement nécessaire était conséquent : environ 90 000 € pour l’achat d’une trentaine de bêtes. « Peu de banques m’auraient prêté cette somme », affirme-t-il aujourd’hui. Son frère, qui est technico-commercial, lui a alors parlé d’une alternative : la location de vaches.

Un loyer de plus de 800 € pour 30 génisses

Ce service est proposé depuis une bonne cinquantaine d’années par l’entreprise Gestel, basée à Dardilly, dans la région lyonnaise. Cette « régie de gestion de cheptel » confie aux agriculteurs des bovins financés par des épargnants privés via le dispositif Mymarguerit. Il s’agit, pour les épargnants, d’une façon de placer son argent : l’éleveur exploite les bêtes dans lesquelles ils ont mis leurs billes, touche le revenu de sa production, et verse en contrepartie un loyer à Gestel.

Convaincu par ce système, Nicolas Ravat s’est mis en lien avec Gestel, qui a acheté pour lui 30 génisses dans deux élevages situés dans l’Ain et en Belgique, pour porter son troupeau de 60 à 90 vaches allaitantes. « Ils m’ont financé à hauteur de 2 370 € par bête et je leur paie un loyer de 28 € par vache. Ça fait à peu près 820 € par mois pour les 30, en comptant les assurances. Le contrat porte sur dix ans. » Nicolas Ravat a reçu ses bêtes dans le courant du mois de janvier.

Et depuis, l’ancien 1er adjoint au maire de Loisy ne regrette pas son choix. « Le fait de louer, ça évite d’augmenter mon taux d’endettement. Je n’ai pas eu besoin d’emprunter. Ça va me permettre d’investir dans des bâtiments, puisque ces vaches, il va bien falloir les mettre à l’abri. Les frais (alimentation, vétérinaire…) sont à ma charge, mais quand la bête sera réformée, le montant de la vente sera pour l’exploitation. » Nicolas Ravat estime que le dispositif peut notamment être idéal pour la création d’un élevage agricole. « Je pense que c’est un très bon système pour les agriculteurs qui veulent s’installer, à une époque où les fermes sont de plus en plus chères. »

Une solution quand la banque ne suit pas, mais…

Pourquoi alors sont-ils si peu d’agriculteurs à en profiter ? Selon Laurent Lefevre, conseiller technique sur le secteur de la Bresse pour la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire , ce système « reste à la marge » parce qu’il est moins avantageux financièrement. « C’est une possibilité quand on a déjà beaucoup d’encours bancaires et que la banque n’est pas favorable à un nouvel emprunt. Mais si l’emprunt est possible, ça coûtera toujours moins cher que de louer. Je le vois plus comme une solution pour pérenniser son troupeau, pour augmenter son cheptel, surtout dans le contexte actuel avec le prix de la viande qui est plus important. »

La société Gestel achète des bovins pour agrandir un troupeau, ou rachète ceux d’un éleveur pour lui.  Photo Patrick Audouard

Gestel, la régie de location de bovins qui se veut complémentaire des banques

Gestel existe depuis 1972 et pourtant, « beaucoup d’agriculteurs ne le savent pas », admet Fabien Vallaud. Directeur de la relation éleveurs au sein de la société basée à Dardilly, en région lyonnaise, il revendique néanmoins quelque 3 000 éleveurs qui ont fait appel à ses services, soit environ 40 000 bêtes en location sur l’ensemble du territoire français.

La société travaille dans « un système bicéphale » avec la solution d’épargne financière Mymarguerit, qui permet à des particuliers d’investir leur argent dans des têtes de bétail. Gestel est la régie technique qui gère les bovins achetés, puis confiés en location à des agriculteurs. « Nous intervenons principalement dans deux cas. D’une part, nous rachetons des animaux chez les éleveurs qui ont besoin de trésorerie pour des raisons diverses, comme un temps de maladie, le besoin d’une nouvelle machine de traite, etc. Ils continuent à les exploiter mais nous paient un loyer. Et par ailleurs, nous finançons des apports d’animaux pour les éleveurs qui ont besoin de se développer. Ils les choisissent avec l’aide de nos techniciens. » L’éleveur de Loisy Nicolas Ravat est notamment dans ce deuxième cas.

Pour Fabien Vallaud, le système de location de bétail est complémentaire du schéma classique, à savoir le financement bancaire. « Si vous voulez vous installer en tant que jeune agriculteur, il faut entre 700 000 € et un million d’euros d’investissement. Si vous avez des cautions solides, les banques suivent, mais jusqu’à une certaine hauteur. Il manque souvent la dernière ligne financière. » Le responsable l’assure, l’idée est de permettre aux éleveurs de respirer financièrement. « On ne leur crée pas d’endettement, on leur fait des loyers abordables. Et le contrat de location sur dix ans nous permet de nous adapter à leur situation. »

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