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Levée de drapeau et Marseillaise dans les écoles : l’initiative du maire de Nice UDR Éric Ciotti divise

Le maire UDR de Nice veut instaurer la levée des couleurs chaque semaine dans les écoles. Un coup de communication pour la gauche. Pour les juristes rien ne s’oppose à cette mesure dès lors qu’Éric Ciotti « ne passe pas en force ».

Un mât, la bannière bleu-blanc-rouge dans chaque cour de récréation et La Marseillaise au saut du lit ? « Nous allons installer dans chaque cour d’école élémentaire un mât avec le drapeau français », a tranché Éric Ciotti, vendredi. Le maire de Nice veut organiser « au moins chaque semaine une levée des couleurs […] avec La Marseillaise ». La majorité UDR-RN veut ainsi transmettre « dès le plus jeune âge l’amour de la France, de son histoire et de ses symboles ». Ce samedi sur X, le tombeur de Christian Estrosi a précisé avoir eu un échange avec le nouveau recteur à ce sujet. Dès la Toussaint, 89 écoles niçoises seront équipées d’un mât et d’un drapeau…

Cette décision ne sort pas de nulle part. Il y a tout juste un an, en septembre 2025, le député UDR de La Marne, Maxime Michelet, avait formalisé dans un rapport des propositions pour « répondre au défi de l’unité nationale » et réaffirmer les symboles républicains à l’école. Parmi elles : « Un mât des couleurs installé au sein de chaque établissement scolaire. Ce mât est notamment le lieu d’une cérémonie des couleurs organisée dans chaque établissement ».

Par ailleurs, dès 2019, alors député LR de la 1ʳᵉ circonscription des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti avait déposé un amendement qui avait été conservé dans le texte final de la loi Blanquer « pour une école de la confiance », promulguée en juillet 2019. Depuis, chaque classe des établissements du premier et du second degré doit obligatoirement afficher le drapeau tricolore, le drapeau européen, la devise de la République (Liberté, Égalité, Fraternité) et les paroles de l’hymne national.

Les critiques de la gauche et des estrosistes

À droite et à l’extrême droite, l’hommage au drapeau est défendu comme un outil de discipline et un bouclier républicain. La gauche, elle, y voit un coup politique et une posture.

Juliette Chesnel-Le Roux, cheffe du groupe écologiste et de gauche au conseil municipal de Nice, dénonce un arbitrage au détriment des familles : « Quand on supprime les fournitures gratuites, on ne fait pas oublier la facture de la rentrée en agitant un drapeau. […] Les enfants ont besoin de livres, de cantines accessibles, d’enseignants et de bâtiments dignes, pas d’une opération de communication. »

Pour David Nakache, président de l’association Tous citoyens et membre du rassemblement ViVA !, «  le message est clair : le chauvinisme remplace la lutte contre les inégalités sociales ».

L’opposition estrosiste est plus mesurée. Les élus du groupe UDC, Union de la droite et du centre, réaffirment que « l’attachement aux symboles de la République et la transmission de l’amour de la Nation à la jeunesse constituent le socle de notre engagement pour Nice », mais tancent une démarche précipitée et médiatique. Selon eux : « La volonté d’Éric Ciotti d’instaurer à la hâte des mâts et un protocole cérémoniel hebdomadaire […] fait courir le risque d’une désorganisation et d’une banalisation d’un symbole qui mérite toute notre considération ». Eux aussi mettent dans la balance, la suppression du kit scolaire gratuit. « L’école ne peut pas être une politique de symboles d’un côté et de désengagement concret de l’autre », conclut Philippe Pradal, ancien adjoint de Christian Estrosi.

Le drapeau tricolore a été hissé à l'école Garibaldi de Nice, ce vendredi 28 août 2026.

Des antécédents dans le Var et dans les Bouches-du-Rhône

Certaines municipalités ont devancé Éric Ciotti sur le temps périscolaire ou extrascolaire en instaurant la levée du drapeau avant Nice. À Marignane, dans les Bouches-du-Rhône, le maire Éric Le Dissès a mis en place ce rituel il y a 6 mois dans deux écoles primaires, chaque lundi matin. Ex-RPR et UMP, Éric Le Dissès s’est rapproché du député RN Franck Allisio pour cofonder, en juin 2023, une structure baptisée « RPR » qui prône l’union des droites. À Saint-Raphaël, dans le Var, le premier magistrat Frédéric Masquelier - qui a rejoint Nouvelle Énergie, le parti de David Lisnard - l’impose depuis février 2025 chaque matin pour les plus de 6 ans en centre de loisirs.

« Légalement, c’est envisageable »

Du côté de la loi, rien ne semble s’opposer, a priori, a une levée des couleurs en chanson. « Le législateur n’apporte aucune réponse directe sur la possibilité pour une commune d’imposer une levée hebdomadaire du drapeau, la seule contrainte est de ne pas altérer la devise ni transformer ce cérémonial en instrument de pression ou de prosélytisme, analyse Me Thibault Pozzo di Borgo, avocat au barreau de Nice. En pratique, toute initiative communale en ce sens devrait s’inscrire dans une coopération avec les autorités éducatives compétentes, respecter la répartition des compétences et rester compatible avec les exigences de neutralité et le cadre conventionnel tel que dégagé par la Cour européenne des droits de l’homme. Mais personnellement, je ne vois rien dans une telle décision qui contreviendrait aux principes qui précèdent. »

Un juriste reconnu de la région confirme. « Éric Ciotti peut installer des mâts avec des drapeaux, pas de problème. Mais imposer que l’on chante la Marseillaise avec une levée de drapeau, non. En revanche, et c’est ce qu’il est en train de faire, il peut demander poliment au recteur “d’envisager” de mettre en place ce cérémonial, par exemple dans le cadre d’un programme éducatif plus large consacré à l’apprentissage de la citoyenneté, des valeurs et des symboles de la République. Dès lors qu’il ne passe pas en force, et que tous les acteurs concernés sont d’accord, c’est envisageable. Après, est-ce que c’est opportun, ça c’est une autre histoire… »