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Les super héros déjantés font recette

Le regard affûté de Laurent Delmas sur le cinéma tel qu'il se joue dans les salles.La devinette du matin : dans quel film très récent peut-on entendre le personnage principal déclarer "J'incarne tout ce que les...

Le regard affûté de Laurent Delmas sur le cinéma tel qu'il se joue dans les salles.

La devinette du matin : dans quel film très récent peut-on entendre le personnage principal déclarer "J'incarne tout ce que les Américains détestent. Je suis faible et je tiens tête."

Il s’agit bien du général de Gaulle dans le film d’Antonin Baudry LA BATAILLE DE GAULLE, avec Simon Abkarian dans le rôle-titre. L’un des films phares de cet été de cinéma dont je veux ce matin vous tirer le portrait tant il m’a paru singulier cet été. Tandis qu’on suffoquait partout ailleurs ou presque, les salles de cinéma ont offert des havres de paix climatisé, comme cela ne vous aura pas échappé. Et même si ce serait faire injure aux spectateurs et aux cinéphiles de leur prêter des pensées purement climatiques dans leur fréquentation estivale des salles obscures et plus encore réfrigérées, on ne peut s’empêcher de penser que c’est ainsi que les très bons chiffres du box office de juillet puis d’août justifient en partie leur excellence. Mais l’essentiel est ailleurs assurément. Quelles sont donc les trois histoires qui ont été plébiscitées durant ces deux mois passés ? Récapitulons, si vous le voulez bien. D’abord, celle d’un général français en exil qui entend sauver son pays à la radio avec une première armée composée de trois pelés et quatre tondus. Ensuite, celle d’un roi grec qui met pas moins de dix ans à retourner chez lui à la voile pour s’étonner de retrouver sa femme entourée d’amants potentiels et de péter alors les plombs. Enfin, et surtout si l’on en croit les chiffres, la énième invraisemblable aventure d’un jeune type américain qui, mordu par une araignée, finit par se prendre lui-même pour l’une d’entre elles, prouvant ainsi toute la pertinence de l’expression « avoir une araignée dans le plafond ». Oui LA BATAILLE DE GAULLE, L’ODYSSEE et SPIDERMAN ont fait les beaux jours du box office avec ces trois destins improbables.

Quelles conclusions en tirez-vous ?

Qu’au cinéma au moins, la raison des plus fous est toujours la meilleure. Qui sérieusement pouvait parier sur ces trois fêlés dont on voit bien par exemple que de nos jours, chacun, la folie en tête, pourrait se présenter à la prochaine élection présidentielle, en pensant sérieusement être élu dès le premier tour ? Vous me direz que l’un d’entre eux en son temps le fit avec succès, mais c’est un autre problème… Il n’en reste pas moins qu’avec de tels super-héros déjantés, le cinéma a manifestement encore de beaux jours devant lui et on ne peut que s’en réjouir. Rappelons au passage que le vertueux système français, dit système « Robin des bois », prélève sur chaque billet vendu pour tous les films, y compris étrangers, une petite part reversée ensuite à des films qui en ont besoin pour exister. Certains films français qui naîtront demain pourront donc remercier de Gaulle, Ulysse et Spiderman de leur aide, même involontaire. J’ai oublié de vous dire que, durant ce même été, on a aussi pu voir Virginie Effira, en championne, je cite, de « l’humanitude », diriger un EHPAD, tout en écoutant un cours sur la nécessaire destruction du capitalisme international donné par une amie japonaise. Ca se confirme, le cinéma , c’est dingue !