“Les racines judéo-chrétiennes de la France” ? D’où vient l’expression ?
Claude Askolovitch nous propose une explication de texte autour de l'expression "racines judéo-chrétiennes". Plusieurs sources et faits historiques éclairent l'évolution et les débats autour de cette notion d'identité nationale.
Claude Askolovitch nous propose une explication de texte autour de l'expression "racines judéo-chrétiennes". Plusieurs sources et faits historiques éclairent l'évolution et les débats autour de cette notion d'identité nationale.
C'est une certitude qui s’est installée dans le paysage et que le candidat présidentiel Édouard Philippe a exprimée dans l'émission l’Heure de Vérité.
Édouard Philippe était interrogé sur l’idée de son rival Bruno Retailleau d’inscrire la référence à nos traditions judéo-chrétiennes dans la constitution.
Édouard Philippe, lui, ne veut pas toucher à la Constitution, mais il partageait avec Retailleau l'idée que nous sommes héritiers du judéo-christianisme, idée exprimée par Nicolas Sarkozy également.
Et des hommes politiques labellisent donc nos origines de manière assez curieuse.
La France n’a pas été judéo-chrétienne
Et non ! La France est une vieille nation chrétienne, remodelée par la République et la laïcité. Belle dispute qui cristallisait il y a trente ans en 1996 quand le pape Jean-Paul II célébrait les 1500 ans du baptême du roi Clovis. Le journal télévisé se faisait l’écho d’une querelle identitaire.
Dans cette histoire, les Juifs de France étaient une petite minorité très souvent maltraitée, les historiens s'en souviennent.
Il y eut des expulsions et le Talmud brûlé sous Louis IX, dit Saint Louis, qui imposa aussi aux Juifs le port d'un signe distinctif sur leurs vetements - annonce de l'étoile jaune... Une histoire assez loin des racines communes. Il fallut les lumières, la révolution, la république pour que, non sans douleur, les Juifs soient citoyens.
Une histoire oubliée
Elle est gommée ou lavée. L’an dernier, l’historienne Sophie Bessis a exploré pour en faire litière le mythe des origines judéo-chrétiennes. À ce blanchiment s’est ajoutée la guerre des civilisations qui opposerait le monde musulman et l’Occident, l'Occident dont le Juif est devenu un supplétif sémantique.
Et c’est ainsi qu’en France des nationalistes identitaires ont changé de vocabulaire.
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